Deux cent cinquante ans. C’est l’âge qu’a aujourd’hui La Richesse des nations d’Adam Smith, publiée le 9 mars 1776. Il suffit d’en ouvrir quelques pages pour comprendre qu’il n’a rien perdu de sa vitalité. Adam Smith ne parle pas seulement du 18ième siècle, il parle encore de nous.
Ce qui frappe encore aujourd’hui dans son Å“uvre, c’est la profondeur ainsi que la justesse de son regard sur la nature humaine. Smith ne décrit pas un monde d’anges altruistes. Il sait que les individus poursuivent leurs intérêts : « Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais plutôt du soin qu’ils apportent à la recherche de leur propre intérêt ».
Mais lorsque les règles du jeu sont ouvertes et que les échanges sont libres, cette multitude d’intérêts particuliers peut produire un ordre spontané extraordinairement fécond. La « main invisible », selon la fameuse formule, guide les aspirations et la créativité de millions d’individus, contribuant au bien commun plus efficacement qu’aucune autorité centrale ne pourrait le faire.
Relire Smith aujourd’hui est aussi une expérience presque troublante. Beaucoup des débats qu’il menait au XVIIIᵉ siècle sont encore les nôtres. Les tentations protectionnistes, notamment aux États-Unis, reviennent régulièrement, comme si les importations appauvrissaient un pays au lieu d’enrichir ses habitants, et les chiffres le montrent. À son époque, Adam Smith était déjà un fervent opposant au système mercantile, ainsi qu’un défenseur du libre-échange : « Le Travail annuel d’une nation est le fonds primitif qui fournit à sa consommation annuelle toutes les choses nécessaires et commodes à la vie ; et ces choses sont toujours, ou le produit immédiat de ce travail, ou achetées des autres nations avec ce produit. »
C’est peut-être cela, au fond, la véritable modernité d’Adam Smith. La Richesse des nations n’est pas seulement un traité d’économie ; c’est une leçon de modestie politique. Elle nous rappelle que la prospérité naît de la liberté des individus, de leurs échanges, de leur inventivité quotidienne.
Deux cent cinquante ans après sa publication, ce livre n’est donc pas une relique intellectuelle. C’est un miroir. Et si nous avons parfois l’impression qu’Adam Smith parle encore directement à notre époque, c’est peut-être tout simplement parce que nous continuons, obstinément, à affronter les mêmes tentations que celles qu’il avait déjà si brillamment dénoncées.
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3 réponses
D’une manière générale, ce qui est frappant chez les libéraux de cette époque, comme Tocqueville ou Bastiat, c’est leur connaissance de la nature humaine qui permet à leur pensée d’être toujours très actuelle.
C’est effectivement ce qui me frappe le plus personnellement dans l’Å“uvre d’Adam Smith. La justesse de sa vision de l’Homme, que ce soit dans ses vertus comme dans ses travers, est assez fascinante.
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