Dans le Journal des Libertés n°30, Jean-Philippe Delsol, président de l’IREF, retrace l’histoire du bien commun comme une construction progressive du droit visant à sortir du règne de la force et de la vengeance. Dans les sociétés primitives, la loi du plus fort domine, sans véritable cadre juridique. Peu à peu, les premières civilisations introduisent des règles de proportionnalité des peines, comme la loi du talion ou les codes mésopotamiens, qui marquent une première étape vers la limitation de la violence. Ces dispositifs cherchent déjà à organiser la vie collective autour d’une forme d’équilibre et de stabilité, que l’auteur associe à une première idée du bien commun.
Cette évolution se poursuit avec l’émergence de principes moraux universels, notamment la règle d’or (« ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse »), présente dans de nombreuses traditions religieuses et philosophiques. Ces principes ne définissent pas positivement le bien, mais fixent des limites à ne pas franchir, permettant ainsi la coexistence pacifique. Dans la Grèce antique, avec Solon puis Clisthène, apparaissent ensuite des principes structurants comme l’égalité devant la loi (isonomie), qui contribuent à l’émergence d’un droit commun fondé sur la justice et la reconnaissance des individus. Chez Aristote, le bien commun est alors associé à la justice et à l’intérêt général de la cité, sans effacer complètement les droits individuels. Le droit romain renforce cette logique en combinant protection de la propriété, liberté contractuelle et reconnaissance d’espaces communs inappropriables (air, mer, etc.). Avec le christianisme, la séparation progressive des pouvoirs spirituel et temporel contribue aussi à individualiser le rapport au salut et à renforcer l’idée que la justice doit s’exercer de manière autonome. Au Moyen Âge, notamment avec Thomas d’Aquin, le bien commun devient une notion centrale : il est conçu comme ce qui permet l’harmonie sociale, la paix et la coexistence des individus, sans se réduire à la somme des intérêts particuliers. Il constitue ainsi une première forme de préfiguration de l’État de droit.
Cependant, Jean-Philippe Delsol souligne que cette notion va progressivement se transformer et se diffuser dans le langage politique. Au Moyen Âge tardif et à l’époque moderne, le « bien commun » devient un argument utilisé par les pouvoirs politiques pour justifier leurs décisions, notamment fiscales et administratives. Il sert à légitimer l’impôt, l’organisation des marchés ou encore certaines interventions économiques, en se présentant comme une finalité supérieure. Cette extension s’accompagne d’une interprétation de plus en plus large et parfois contradictoire du bien commun, allant jusqu’à justifier des politiques opposées selon les circonstances. À l’époque moderne et contemporaine, cette évolution se poursuit avec l’essor de l’État centralisé et de l’État providence. Le bien commun tend alors à être assimilé à l’intérêt général défini par le pouvoir politique, ce qui ouvre la voie à une intervention croissante de l’État dans la société et l’économie. L’auteur critique cette dérive, qu’il considère comme une instrumentalisation du concept initial : au lieu de protéger les droits et la liberté des individus, le bien commun devient un prétexte à l’extension du pouvoir public et à la réduction des responsabilités individuelles.
En conclusion, Jean-Philippe Delsol distingue deux sens du bien commun : un sens originel, lié à la construction du droit, à la limitation de la violence et à la garantie d’un cadre de coexistence pacifique ; et un sens dérivé, où il devient un outil rhétorique permettant de justifier l’intervention croissante de l’État. Selon lui, la véritable fonction du bien commun devrait rester celle d’un cadre juridique protecteur des libertés, plutôt qu’un principe servant à imposer une vision politique globale de la société.
Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral
Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.
Pour offrir les meilleures expériences, nous utilisons des technologies telles que les cookies pour stocker et/ou accéder aux informations des appareils. Le fait de consentir à ces technologies nous permettra de traiter des données telles que le comportement de navigation ou les ID uniques sur ce site. Le fait de ne pas consentir ou de retirer son consentement peut avoir un effet négatif sur certaines caractéristiques et fonctions.
Fonctionnel
Toujours activé
L’accès ou le stockage technique est strictement nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de permettre l’utilisation d’un service spécifique explicitement demandé par l’abonné ou l’utilisateur, ou dans le seul but d’effectuer la transmission d’une communication sur un réseau de communications électroniques.
Préférences
L’accès ou le stockage technique est nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de stocker des préférences qui ne sont pas demandées par l’abonné ou l’internaute.
Statistiques
Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement à des fins statistiques.Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement dans des finalités statistiques anonymes. En l’absence d’une assignation à comparaître, d’une conformité volontaire de la part de votre fournisseur d’accès à internet ou d’enregistrements supplémentaires provenant d’une tierce partie, les informations stockées ou extraites à cette seule fin ne peuvent généralement pas être utilisées pour vous identifier.
Marketing
L’accès ou le stockage technique est nécessaire pour créer des profils d’internautes afin d’envoyer des publicités, ou pour suivre l’utilisateur sur un site web ou sur plusieurs sites web ayant des finalités marketing similaires.