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jeudi 16 avril 2026

Le Congrès des maires de France : une lueur de liberté dans la nuit démocratique

Temps de lecture : 4 minutes

Deux scènes politiques bien différentes ont occupé l’actualité de la semaine passée. Tandis que la farce budgétaire se poursuivait à l’Assemblée nationale, un autre grand forum d’élus se tenait au même moment, du 18 au 20 novembre : le Congrès de l’Association des maires de France (AMF), porte de Versailles. Deux lieux, deux ambiances et deux messages opposés.

Au bord de la Seine, fragmentation, polarisation et vociférations ont continué d’abîmer le climat de ce qui devrait être le temple de la délibération démocratique. Ce qui n’a pas empêché, une fois de plus, les accords de circonstance et les coalitions improbables, dont les membres se vouent habituellement aux gémonies. La gauche et une partie du centre, toujours prompts à pousser des cris d’orfraie à la moindre ombre de soupçon de rapprochement entre la droite et l’extrême droite, ont mêlé une fois de plus leurs voix à celles du RN, sur fond de démagogie sans complexe et de passion étatiste partagées. D’où le déluge d’impôts supplémentaires tombant à l’Assemblée comme à Gravelotte. Et ce, avec une facilité d’autant plus grande que personne ne semble prendre au sérieux son propre vote, comme l’a montré le rejet final et unanime (à une voix près) de la partie « recettes » du budget pourtant abondamment amendée.

Aux antipodes de ce comportement erratique et de cette irresponsabilité où la représentation nationale achève de se discréditer, une tout autre atmosphère régnait et un bilan bien plus positif émergeait du côté de la porte de Versailles, une dizaine de stations plus au sud sur la même ligne 12 du métro parisien.

Le Congrès des maires, métonymie d’un vrai débat national

Le spectacle d’une foule de 70 000 visiteurs, parmi lesquels plus de 12 000 élus locaux, rassemblée dans les immenses salles du palais des Expositions avait de quoi impressionner. Tout comme l’accueil et l’organisation impeccables de la très professionnelle équipe de l’AMF, l’ambiance conviviale de « la France des terroirs » et le climat studieux des quelque 60 tables-rondes sur les grands enjeux collectifs : de la sécurité à la transition écologique et à l’intelligence artificielle en passant bien sûr par les finances publiques. La démocratie locale en action a ainsi fonctionné comme une métonymie du débat national, mais débarrassé des postures, des vœux pieux et de la surenchère partisane. Les élus de terrain étaient venus visiblement chercher, auprès de leurs collègues et des très nombreux exposants du Salon, des solutions pragmatiques à leurs problèmes quotidiens et des idées pour leur projet de mandat à l’approche des élections municipales de mars.

Cette proximité d’une échéance électorale capitale et le contexte politique anxiogène expliquent sans doute que le débat national se soit directement invité à ce congrès : notamment avec l’intervention du général Mandon, chef d’Etat-major des armées, qui a suscité la polémique que l’on sait sur la perspective de « perdre nos enfants » dans une guerre avec la Russie annoncée pour 2030. On n’entrera pas ici dans le débat de fond mais l’on a du mal à croire que, vu son statut, le général n’était pas en service commandé. Il n’en reste pas moins que sa présence, comme celle de plusieurs personnalités au message très politique, montrent que beaucoup ont pris le chemin du congrès des maires pour être entendus parce que l’on y est d’abord écouté, loin du tohu-bohu du Palais-Bourbon.

Rituel républicain, acteurs efficaces

A quoi s’ajoute la dimension nationale des deux personnalités majeures de la dernière séance : David Lisnard, à la fois président de l’AMF et d’un parti en plein essor, Nouvelle Energie, auquel a répondu le Premier ministre Sébastien Lecornu, dans un échange final désormais rituel au congrès, depuis que le président de la République a décidé d’éviter un exercice moins confortable que les rencontres très « encadrées » qui ont sa préférence.

La qualité rhétorique des discours n’a pas été la moindre satisfaction ressentie par l’immense auditoire. On y a retrouvé l’ethos affirmé d’un David Lisnard mariant la force de la conviction, la traduction concrète des dossiers et la formule acérée trempée dans un humour corrosif contre sa bête noire : la techno-bureaucratie d’un Etat aussi obèse qu’impotent. En réponse, Sébastien Lecornu a rappelé son passé de maire de Vernon pour capter la bienveillance du public et assumé avec une humilité aussi sincère qu’habile sa position de « Premier ministre le plus faible de la Ve république ». Avant de répondre sur le vif à ses interlocuteurs (« sans lire le discours préparé », on le croira sur parole). D’où une énumération longue et précise de mesures imminentes pour réduire l’avalanche des normes qui entravent et démotivent les élus locaux ; et l’engagement de proposer avant la fin de l’année au Parlement une nouvelle étape de la décentralisation : mais une décentralisation heureusement repensée dans son principe et ses modalités.

Forum Libertatis

L’important ici est de noter que ces avancées ont été rendues possibles non par le mantra du « compromis » (aussi rituellement invoqué que factuellement introuvable à l’Assemblée), mais par le partage d’un principe fondamental : un principe qui s’appelle la liberté.

Cette liberté était le mot d’ordre de ce congrès, présent sur tous les murs, sur toute la signalétique, dans tous les discours, comme dans la résolution finale lue avec le talent et la malice d’un vieux routier par André Laignel, vice-président (pourtant socialiste) de l’AMF. On y a retrouvé bien sûr la marque de David Lisnard, libéral décomplexé dans une classe politique socialo-étatiste ; il ne faisait que rappeler le principe constitutionnel de la « libre administration » des communes, écrasé sous le « cent mille-feuilles administratif ». Et remettre enfin à l’honneur le premier terme de la devise républicaine, dont ce congrès des maires, au moment même où la folie égalitariste ravageait l’Assemble nationale, a salutairement rappelé l’éminence.

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.

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Une réponse

  1. Il resta à l’auteur à indiquer les actions concrètes qui résultent de ce grand congrès.
    Nous sommes gavés de paroles et attendons les ACTIONS

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