La politique économique du premier ministre japonais Shinzo Abe doit s’intensifier. C’est le message du FMI en août, assez rapidement repris et mis en œuvre par le gouvernement nippon et la Banque du Japon à la fin septembre. L’« ABEnomics », lancée en 2013 en grande fanfare, était censée combiner trois « flèches » afin de sortir le Japon d’un cycle déflationniste de croissance molle de plus de deux décennies : politique monétaire fortement accommodante, politique budgétaire expansionniste et réformes structurelles. À l’époque, l’ABEnomics avait été saluée par Paul Krugman comme un « modèle ». Pourtant, au vu des piètres résultats de cette politique, on peut fortement s’interroger. Il semblerait que seules les deux premières flèches aient été tirées. Le Japon pourra-t-il tirer la troisième et se tirer d’affaire ? Quelles leçons tirer de cet épisode ?
La politique économique du premier ministre japonais Shinzo Abe doit s’intensifier. C’est le message du FMI en août, assez rapidement repris et mis en œuvre par le gouvernement nippon et la Banque du Japon à la fin septembre. L’« ABEnomics », lancée en 2013 en grande fanfare, était censée combiner trois « flèches » afin de sortir le Japon d’un cycle déflationniste de croissance molle de plus de deux décennies : politique monétaire fortement accommodante, politique budgétaire expansionniste et réformes structurelles. À l’époque, l’ABEnomics avait été saluée par Paul Krugman comme un « modèle ». Pourtant, au vu des piètres résultats de cette politique, on peut fortement s’interroger. Il semblerait que seules les deux premières flèches aient été tirées. Le Japon pourra-t-il tirer la troisième et se tirer d’affaire ? Quelles leçons tirer de cet épisode ?
La politique monétaire a fait tourner la planche à billets de la banque centrale (Quantitative Easing ou QE). Malheureusement, pour que ça fonctionne, il faudrait que la monnaie créée par les banques prenne, elle aussi, le relais, ce qui n’est pas le cas du fait des réglementations internationales (Bâle III) ou nationales, et d’un environnement incertain et de compression des marges (du fait de la compression des taux par la banque centrale). En dépit du QE, la création monétaire totale connaît une croissance molle elle aussi, se répercutant sur la croissance économique… Les taux d’intérêt négatifs on généré des distorsions dans l’allocation des ressources dans l’économie. Les rachats d’actifs par la banque centrale se transforment peu à peu en une nationalisation rampante de la bourse nipponne et une monétisation de la dette de l’État (à 229% du PIB…).
D’ailleurs, la politique budgétaire a atteint de son côté les limites du rationnel : les plans de relance se succèdent, avec le succès que l’on sait. Reste alors la troisième flèche, celle des réformes structurelles : ouverture à la concurrence, intérieure et internationale, et déréglementation de nombreux secteurs. Pour les 40 % de travailleurs jetés dans le « précariat » par les réglementations des secteurs et emplois protégés, l’ABEnomics ne change en effet rien pour l’instant. Les réformes structurelles qui auraient pu les libérer font l’objet de belles annonces depuis 2014 mais les actions ne suivent pas. Y a-t-il un espoir ?
Le changement se heurte a une première donnée naturelle : le Japon est un pays qui vieillit très rapidement. Depuis 2010, la population s’est réduite d’un million de personnes. L’âge moyen d’un agriculteur est de 65 ans. Un tiers de la population a plus de 65 ans. Concentration urbaine du fait de politiques d’industrialisation centralisées, forte soumission à l’entreprise-famille système public de crèches inefficace et insuffisant : autant de raisons qui ont pu inciter les japonais à moins se reproduire. Au vu du modèle de protection sociale, l’enjeu est de taille puisque, comme ailleurs, il est difficile d’échapper aux énormes déséquilibres financiers qui sont induits par ce vieillissement. Aujourd’hui, il n’est bien évidemment pas question pour les retraités et ceux proches de la retraite d’accepter de changer de modèle…
Sur le plan culturel le changement entre également en conflit avec les valeurs traditionnelles japonaises de stabilité et d’harmonie. Voilà qui peut sembler paradoxal au vu de la capacité innovatrice dont ont pu témoigner des grandes firmes comme Sony, Sharp, Korg, Honda ou Yamaha par le passé. Mais le changement technologique que les grands industriels de l’électronique ou de l’automobile avaient impulsé au vingtième siècle était inséré dans un modèle culturel assez rigide, quasi-bureaucratique, avec d’ailleurs des liens forts avec l’État « stratège ». Le Japon a pu connaître un succès temporaire, non du fait de cette forme de centralisme et de rigidités, mais en dépit de cet autre « modèle ». Remettre en cause ce dernier, culturellement et historiquement enraciné de surcroit, va à l’encontre de trop nombreux intérêts.
Le changement sera donc extrêmement difficile à mettre en œuvre afin de redonner ses couleurs d’antan au pays du Soleil Levant. Les rigidités institutionnelles, produits de la culture et des politiques publiques, conduisent à une agrégation d’intérêts et de coalitions qui ne veulent pas du changement, en dépit des déséquilibres créés. Voilà sans doute la leçon du Japon. Il est alors extrêmement difficile pour la société de se sortir de l’impasse. Elle se dirige lentement mais sûrement vers son déclin, comme l’avait bien décrit Mancur Olson. Les mesures « menées avec détermination » en politique monétaire ou budgétaire ne sont que des anesthésiants, emplâtres sur des jambes de bois qui ne changeront rien à l’affaire. Une leçon pour les pays « jeunes », et moins jeunes, qui voudraient s’embarquer dans la voie de ce soi-disant « modèle »…
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