Pierre Assouline n’en finit pas de séduire. Son dernier livre comporte autant de réalité historique que de vérité humaine, d’humour que de drame, d’analyse sociale que d’émois personnels. Sa plume court vite tandis que le célèbre paquebot Georges Phillipar avance lentement vers un aller-retour entre Marseille et le Japon. On est en 1932 quand le narrateur Jacques-Marie Bauer, libraire de livres anciens, y embarque avec une double mission : l’une personnelle, acquérir l’« Opéra » de Platon ; l’autre secrète, révéler en primeur le reportage du célèbre journaliste Albert Londres pour le compte du directeur du « Matin », son plus gros client. Cette croisière permet, au grand bonheur de Bauer, de discerner les fêtards, les peureux, les snobs, les nationaux-socialistes invétérés et les défenseurs de la liberté. Certes le paquebot est propice aux « tertulias » et aux « disputationes », mais les dangers de Mein Kampf comme les dysfonctionnements de l’embarcation ne seront jamais pris en considération.
Pourtant dès les premières pages s’immiscent les indices du risque encouru. Et si ce microcosme n’était autre que la représentation de l’humanité, « une nef de fous » dans ce paquebot tout aussi flambant neuf que fragile, allégorie d’une Europe aveugle et insouciante qui court sciemment à sa perte ? Livre très poignant dont le lecteur appréciera les portrait variés et le style intimiste de l’auteur. Loin d’être fataliste, celui-ci prévient seulement que tout naufrage peut être évité quand la vérité est affrontée de face…
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