Les dépenses de sécurité municipales et privées s’envolent. Voilà des décennies que les libéraux réclament à cor et à cri que l’État se recentre sur sa mission première, celle qui est censée en assurer la légitimité : la sécurité intérieure et extérieure du territoire. Malgré le déni selon lequel régnerait un simple « sentiment d’insécurité » sans réalité profonde, force est de constater aujourd’hui l’incapacité de notre État central à faire régner l’ordre.
Le Parisien (26 juin 2025) parlait récemment de « la grande peur des cambriolages », la crainte numéro un des Français s’agissant de leur logement. Or, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, 218.700 cambriolages ont été perpétrés en 2024, un total élevé encore en hausse de 1 % par rapport à l’année précédente. Si nous calculons bien, cela fait 600 cambriolages par jour sur notre territoire ou encore 25 cambriolages par heure. Ce sont les agglomérations de plus de 200.000 habitants qui sont les plus touchées. L’Ile-de-France concentre 26,30 % des faits, la région Rhône-Alpes 15,8 % et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur 10,5 %.
Mais que font la police et la gendarmerie ? C’est la question que se sont posées les 7 à 8 % de foyers qui se sont équipés d’un système de télésurveillance. Le secteur est particulièrement dynamique puisque la croissance est supérieure à 10 % chaque année. En 2023, le chiffre d’affaires de la télésurveillance résidentielle dépassait les 850 millions d’euros (Le Figaro, 15 mars 2024).
De nouvelles expressions sont apparues ces derniers temps : car jacking, home jacking, et le phénomène ne concerne plus seulement les vedettes ou les « riches ». Le Journal du dimanche (22 juin 2025) a consacré un article au « boom de la sécurité privée ». Pour exemple, les séquestrations ont cru de 32 % à Paris en 2024. Aussi des personnes bénéficient-elles d’un service de professionnels de la sécurité par le truchement d’une application qui leur permet de requérir une escorte ou des maraudes. La croissance du secteur, qui entend de plus en plus se démocratiser, est de 7 % par an.
De leur côté, confrontées aux incivilités et à une délinquance de plus en plus décomplexée, les communes « investissent dans leur sécurité » (Le Figaro, 23 juin 2025). En effet, les effectifs et les budgets alloués à la sécurité municipale ne cessent de croître. Selon l’Observatoire des finances et de la gestion publique locales, le coût des polices municipales s’est élevé à 2,2 milliards d’euros.
Le fait que les polices municipales se renforcent n’a rien d’anormal, bien au contraire. Il n’y a pas de raison pour que la subsidiarité ne joue pas aussi en la matière. Mais le fait que les polices municipales se renforcent parce que la police nationale et la gendarmerie ne font pas convenablement leur travail, ou peut-être plus vraisemblablement n’ont pas les moyens de faire leur travail, est problématique. De même, si l’État remplissait de manière correcte sa mission fondamentale, les particuliers ne se trouveraient pas dans l’obligation de dépenser des sommes folles pour assurer eux-mêmes leur sécurité et celle de leurs biens.
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