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samedi 18 avril 2026

Les jeunes au travail : et si le problème était aussi économique ?

Temps de lecture : 2 minutes

« À 17 h 50, ils commencent à ranger leur bureau, à 18 h 01 il n’y a plus personne », témoigne un manager désabusé parmi tant d’autres. Les salariés de la génération Z (nés entre 1997 et 2012) accordent plus d’importance, en moyenne, à l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle et se montrent moins enclins que leurs aînés à prolonger leurs journées de travail. Une majorité d’entre eux (52 %) préfère gagner moins d’argent en échange de plus de temps libre, indépendamment de leur milieu social.

Ce décalage générationnel existe-t-il donc bel et bien ? Les moins de 30 ans semblent moins attachés à leur carrière, moins attirés par les responsabilités hiérarchiques et plus mobiles sur le marché du travail. Est-ce à dire qu’ils seraient intrinsèquement paresseux ? Qu’ils n’ont pas été suffisamment formés aux réalités du monde de l’entreprise ? Faut-il y voir un rejet des pratiques managériales réputées pour leur verticalité ? Les trois à la fois ? Parmi tous ces facteurs, il y en a un autre, plus rarement mis en avant, et qui n’est probablement pas étranger à ce phénomène dans des pays comme la France : le coût du travail.

Entre les charges patronales et salariales, une part considérable du salaire brut disparaît avant d’arriver dans la poche du salarié. En 2024, la France était le troisième pays de l’OCDE ayant le « coin fiscal » le plus élevé (47,2 %), un indicateur qui mesure la différence entre les coûts de main-d’œuvre pour l’employeur et la part correspondante de la rémunération nette après impôt. Pour s’en rendre compte de manière très simple, il suffit de calculer soi-même la différence entre le coût total d’un salaire pour l’employeur et le net payé. Quand l’État ponctionne près de la moitié du salaire, quand le travail ne paie pas autant qu’il ne le devrait, comment s’étonner que les plus jeunes générations ne s’investissent pas davantage ? Où est l’incitation économique ? Cette lourde fiscalité se répercute d’ailleurs sur la lisibilité des fiches de paie, jugées incompréhensibles par la plupart des salariés, incapables d’expliquer où vont leurs prélèvements.

Quant aux politiques d’allégement des prélèvements des cotisations patronales, notamment dans les années 90, elles étaient orientées vers les bas salaires uniquement (de 30,4 % en 1991 à 4,2 % au début des années 2000 pour un salarié au SMIC) – ce qui a renforcé le phénomène de smicardisation. Ce phénomène s’est aggravé dans les années qui ont suivi. En témoigne la plus forte progression du SMIC (+ 26,35 %) par rapport au salaire médian net dans le secteur privé (+ 22,83 %) entre 2014 et 2024.

Plutôt que d’opposer les générations, il serait sans doute plus pertinent de s’interroger sur les incitations économiques créées par notre modèle social. Depuis des décennies, ceux qui nous gouvernent ont choisi de financer un État-providence par des prélèvements massifs sur le travail. Ce choix a une conséquence très simple : plus le coût du travail augmente, moins le travail est rentable.

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9 réponses

  1. « moins le travail est rentable », certes mais sauf pour le travail au noir qui prospère toujours autant en France. Plutôt que travailler avec un salaire de smicard, combien font du noir tout en touchant le RSA ? Si vous vivez dans une maison avec jardin, combien de coups de sonnette pour vous proposer toutes sortes de services, avec prix spécial si vous payez en espèces ? Ce qui confirme votre article : quand le gain est intéressant, il n’y a pas de paresseux !

  2. La nouvelle société des fainéants et des loisirs ne cherchez pas autre chose. D’ailleurs si vous ne prennez que tant soit peu les médias devenus imbuvables, il ne se passe pas un jour sans entendre parler de Vacances ou des ceux passés ou de ceux à venir. Faites aussi le décompte du nombre effectif de vacances tout au longs de l’année sans oublier le public le parapublic et beaucoup d’autres principalement administratifs, des vacances toutes les 6 semaines sans compter les RTT, jours fériés, ponts divers, et maux programmées payés par la sécu. Et avec cela vous voulez faire un pays d’avenir ?!! Le pire est a venir regardez les listes électorales pour les prochaines municipales pour certaines bien trop nombreuses 90 % des candidats issus du public ! Certains disent que la France est un pays communiste, NON un pays de fainéants ou seul compte les loisirs pour lesquels il faut beaucoup de « fric » et par conséquence un pays de voleurs.

    1. Eh oui… Du pain, des jeux, comme du temps des Romains… Et, pendant ce temps-là, on ne parle pas des chôôôses qui fâââchent…

  3. En Allemagne, les charges réduisent à partir d’un certain niveau de salaire, ce qui incite à l’augmentation des salaires…
    Mais nous vivons en Absurdistan socialiste, ce qui est un pléonasme, et nous savons parfaitement que le socialisme n’a jamais incité au travail.

  4. Merci jeune Élodie… le coin fiscal a fortement augmenté depuis les années 60-70, notamment pour payer les retraites des boomers par des actifs qui ne sont plus que 1/3 de la population (au lieu du bon 50 % d’autre pays ou d’autres fois).

    En plus, le potentiel de croissance est quasi nul… peu motivant !

    Il faut massivement reporter l’effort sur les non-actifs (taxes et moindres hausses des redistributions).

  5. Analyse qui manque selon moi cruellement de pertinence, puisqu’il faudrait interroger aussi le comportement de la même génération ailleurs qu’en France (le phénomène est-il national ou international ?) et en se basant sur une comparaison non pas du salaire net, mais du reste à vivre (parce qu’à la fin des fins, c’est ce dont le travailleur dispose en banque une fois toutes ses charges contraintes payées qui importe, pas le seul taux de prélèvements obligatoires sur son salaire).

    Et je suis convaincu qu’une telle analyse mettrait en évidence que si, le phénomène est bien générationnel, et ne découle d’aucun des trois facteurs que vous évoquez mais d’un simple renversement des priorités : la vie personnelle passe avant la vie professionnelle. Cette génération a fait son choix, un choix qui ne m’apparaît pas plus discutable que celui de ses aînés.

    1. Le phénomène se remarque aussi dans d’autres pays occidentaux (comme aux US) mais à mon sens, ce serait réducteur de le réduire à un facteur purement culturel. Vous ne pouvez pas faire fi des mécanismes économiques et des spécificités du modèle socialo-étatiste français qui n’incite pas au travail et à la création de richesse. J’aurais pu évoquer aussi notre système de retraite qui redistribue massivement la richesse créée par les actifs au profit des retraités actuels, au risque de faire grincer des dents.

      Au final, c’est votre analyse à vous qui est bornée.

  6. Les jeunes en question sont les premiers à souhaiter que l’Etat décide du salaire de chacun, se charge de payer les oisifs, et stigmatise ceux qui sortiraient du rang en gagnant plus.
    Ils ne perçoivent que ce qu’ils méritent…

  7. Faisant partie de la fin de la « génération Y » (parfois nommée Zillenial), je me reconnais parfaitement dans cette analyse. Le travail DOIT payer. Ce n’est plus le cas à cause de cet État voleur. Ajoutez à cela l’explosion des prix de l’immobilier, surtout dans les grandes villes. Il y a certes d’autres opportunités d’investissement qui n’existaient pas il y a trente ans mais le logement est situé plus bas dans la pyramide des besoins. Comment être motivé ?

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