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dimanche 10 mai 2026

Pour vaincre le chômage des jeunes, il est urgent de reconnecter l’école au monde de l’entreprise et de baisser le coût du travail

Temps de lecture : 2 minutes

En février 2026, le taux de chômage des jeunes (15-24 ans) était de 15,3 % au sein de l’UE selon Eurostat (qui a également inclus la Suisse). L’Allemagne, la Suisse et les Pays-Bas connaissent les taux les plus faibles, inférieurs à 10 %, et contrastent avec la France, l’Espagne ou la Finlande, dont les taux sont supérieurs à 20 %. Comment expliquer un tel écart ?

En Allemagne, le système dual structure l’ensemble de la formation professionnelle : près d’un jeune sur deux passe par l’apprentissage, combinant école et travail en entreprise. Les Hauptschulen, les Realschulen et les Werkrealschulen offrent ainsi des débouchés directement connectés au marché du travail. À la sortie du système éducatif, une large part des jeunes a donc déjà une expérience professionnelle. La Suisse suit une logique similaire, avec un apprentissage encore plus valorisé socialement : plus des deux tiers des jeunes de 15 à 20 ans choisissent l’apprentissage à la fin de leur scolarité obligatoire. Quant aux Pays-Bas, l’intégration des jeunes sur le marché du travail passe par l’emploi à temps partiel. En 2023, 56,8 % des 15 à 29 ans étaient concernés – un taux deux fois supérieur à celui de l’Allemagne et de l’Espagne, et plus de trois fois supérieur à celui de la France.

À l’inverse, dans des pays comme la France, les filières professionnelles et technologiques sont dévalorisées, et souvent présentées à des élèves en difficulté scolaire. Résultat : seulement 8,6 % des 16 à 29 ans sont en apprentissage. Une majorité des jeunes suivent des études supérieures tout en n’ayant aucune appétence particulière, voire s’engagent dans des parcours académiques déconnectés du monde de l’entreprise. L’entrée sur le marché du travail se fait alors tardivement, dans un contexte où le coût du travail et la rigidité des contrats dissuadent l’embauche des profils peu qualifiés. Le problème est plus ou moins le même en Espagne et en Finlande : l’entrée sur le marché du travail est tardive et l’apprentissage est moins développé que dans les pays d’Europe centrale.

L’explication ne s’arrête toutefois pas à l’école. Elle tient aussi au fonctionnement du marché du travail. Si on prend le cas de la France, l’écart avec les pays les plus performants s’explique aussi par le coût du travail, qui n’incite pas à l’embauche des profils jeunes, peu qualifiés et peu productifs. Les charges patronales en France sont parmi les plus élevées d’Europe. Par rapport à l’Allemagne, elles sont près de deux fois supérieures (35,73 % du coût total pour l’employeur, contre 18,91 %). Même chose par rapport à la Suisse et aux Pays-Bas (respectivement 15 % et 20 %). Le salaire minimum constitue également un frein dans la mesure où il impose un prix minimum à l’employeur, indépendamment des qualifications.

Réduire durablement le chômage des jeunes suppose donc un changement de paradigme : revaloriser l’apprentissage, abaisser le coût du travail peu qualifié et lever les obstacles à l’embauche. À défaut, les écarts observés ne feront que se creuser.

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16 réponses

  1. Euh… En dehors des chiffres soulevés, ce constat a déjà été observé il y a plusieurs années. Multi repetita.

    Tous vos articles exposent une stagnation ou déclin du pays. Avec des argumentaires étayés, dont les chiffres. D’ailleurs, les chiffres parlent mieux que les mots. C’est quoi la France demain ? Les plus avisés ont quitté le Titanic. Les autres (nous) guettent le naufrage en espérant cette fois, un nombre suffisant de Zodiac.

    1. Le déficit public existe aussi depuis 50 ans : faut-il arrêter d’en parler pour autant ?
      Si personne n’alerte, peut-on espérer un changement ? C’est un petit peu notre rôle à Contrepoints. Nous préférons nous répéter tous les jours que de guetter le naufrage silencieusement !

      1. En parfait accord Élodie. Nous sommes gouvernés par des incapables depuis 50 ans ! nous avons à la barre des collectivistes. Je rappelle les faits; sous le Président Pompidou, la France n’avait aucune dette ! A ce jour, 3500 milliards + 5000 milliards d’engagements hors bilan dont personne ne parle ?? Les français sont pourtant « caution solidaire » de ces 5000 milliards ! Et que font les français ?? Rien pour remplacer nos minables ???

        1. A la question « Que font les français », je vous répondrais… Qu’ils économisent… Mais je n’avais pas connaissance de « 5 000 milliards d’engagements hors bilan »… 3 500 + 5 000 = 8 500 milliards ? (Ici un smiley épouvanté) Notre épargne (parmi les élevées d’Europe) n’est « que » de 6 600 milliards. Allez.. Encore un effort… (Ici pictogramme accablé)

      2. Je ne vous reproche pas d’en parler. Au contraire, c’est la raison pour laquelle je vous lis.
        Je me demande seulement qui, dans les hautes sphères, vous écoutent, puisqu’aucun changement n’intervient.

    1. Il n’y aurait pas forcément besoin de juristes s’il n’y avait pas d’inflation législative.

    2. La majorité des ingénieurs qu’on forme ont ensuite pour la plupart envie de travailler dans la finance ou dans le conseil, ce qui est aisé à comprendre car ces jours-ci, Renault vient d’annoncer son intention de se débarrasser de milliers d’ingénieurs…

  2. L’analyse est pertinente mais le problème et ses causes sont connus depuis 5 décennies. Financer plus de 90% de bacheliers qui s’engouffrent dans des filières ne débouchant sur rien n’est pas la solution, surtout lorsque l’on privilégie la main d’oeuvre étrangère dans les secteurs dits tendus.

    1. Dans les secteurs dits tendus les français préfèrent le chômage plutôt que d y aller bosser
      Donc il reste la main d oeuvre étrangère

  3. Si, en France, les lycées techniques étaient appréciés à leur juste valeur et attiraient des élèves motivés et performants , comme c’est le cas dans des pays voisins, le pays ne serait pas aussi mal en point aujourd’hui, et pas seulement dans le domaine de l’emploi !

    1. Les lycées techniques sous l emprise néfaste de l EN ne servent strictement a rien car ils font doublons avec les CFA mieux gérés localement soit par les entreprises soit par les métropoles

  4. Si cette situation perdure c’est qu’elle convient à notre élite : nos jeunes sont au chômage et on fait appel à la main d’oeuvre étrangère. Cette situation permet de faire plaisir à nos élites immigrationistes, c’est pourquoi cela ne changera pas. Il faut faire croire que les Français ne veulent pas occuper certains métiers, ce qui est faux, c’est juste que tout est mis en place pour qu’ils ne les occupent pas, laissant la place à l’entrée en nombre dans le pays d’une certaine immigration.
    La seule question est « en échange de quoi » ? Pétrole ? Ce qui expliquerait le sabotage en parallèle (« en même temps » ?) de nos centrales nucléaires.

  5. Pour dénoncer le déficit il faudrait commencer par le nommer ! On trompe les citoyens en disant 5,1% de déficit …par rapport au PIB!. demandez aux français ce qu’est le PIB et vous serez surprise. La vérité que nous cache cet état fourbe c’est que le déficit, le vrai, est de plus de 40% (des recettes évidemment, comme l’usage veut que l’on definisse un déficit). Dites 45% et les français mesureront l’ampleur du scandale.

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