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dimanche 10 mai 2026

Les mauvais comptes de France TV

Temps de lecture : 4 minutes

L’audiovisuel public est dans la tourmente. Depuis novembre dernier, il est en effet l’objet d’une commission d’enquête de l’Assemblée nationale visant à faire le point sur sa neutralité, son fonctionnement et, point qui m’importe aujourd’hui, son financement.

Il est vrai que ce type d’investigation parlementaire ne garantit nullement que le futur rapport éclaircira intelligemment les tenants et aboutissants de l’affaire examinée. Prenez les aides aux entreprises, soi-disant décortiquées par le Sénat à l’initiative du groupe communiste. On a rarement vu rapport si complètement à côté de la plaque.

Il est vrai aussi que l’absence de majorité à l’Assemblée incite les députés de tous bords à se rattraper du côté des commissions d’enquête sans jamais négliger la médiatisation dont ils pourraient bénéficier personnellement en mettant sur la sellette des personnalités à haut profil médiatique, économique et/ou politique – écueil que n’évite pas le rapporteur de la commission sur l’audiovisuel public, Charles Alloncle (UDR).

Il n’empêche que le financement de l’audiovisuel public nous concerne, nous, les citoyens de ce pays, à travers nos impôts et la dette publique (impôts futurs). Or il n’y a vraiment pas de quoi se réjouir ni se féliciter, ainsi que nous le rappelait la Cour des comptes cet automne (septembre 2025) dans un rapport consacré spécialement à France Télévisions.

Précisons les chiffres. Si l’on en croit les déclarations de l’ex-ministre de la Culture Rachida Dati devant les sénateurs lors de la préparation de la loi de finances pour 2026, le budget du ministère de la Culture se montera cette année à 8,3 milliards d’euros – un budget en hausse par rapport à 2023, mais inférieur à ses niveaux de 2024 et 2025. Au sein de cette enveloppe, l’audiovisuel public, qui comprend principalement France Télévisions, Radio France, France Médias Monde, Arte, TV5 Monde et l’INA, bénéficiera de 3,9 milliards, dont un peu moins de 2,5 milliards iront à France Télévisions.

France Télévisions dispose en outre de recettes publicitaires de l’ordre de 285 millions d’euros et d’autres recettes commerciales (production, distribution) pour environ 120 millions d’euros. À noter qu’à la suite d’une réforme de Nicolas Sarkozy datant de 2009, les antennes de France Télévisions ne sont plus autorisées à diffuser de la publicité entre 20 heures et 6 heures du matin, ce qui limite leur potentiel publicitaire.

Il y a dix ans, la Cour des comptes pointait déjà « un modèle économique non soutenable dans la durée ». Elle parle aujourd’hui d’une « situation financière préoccupante ». Les mots utilisés sont toujours très policés, mais l’on se tromperait fort si l’on se laissait abuser par l’urbanité du phrasé. Car très concrètement, explique la Cour : « Entre 2017 et 2024, ses résultats nets présentent un déficit cumulé de 81 millions d’euros. Sa trésorerie s’est fortement érodée. Ses capitaux propres sont passés en huit ans de 294 à 179 millions d’euros. »

Préoccupant, en effet, quand on sait que son capital social se monte à 425 millions d’euros, soit plus du double de son capital effectif, que ses dettes atteignent 1,24 milliard d’euros à la fin de 2024 et que l’exercice 2025 a toutes les chances de se conclure sur une perte nette de 40 millions d’euros. Et bien sûr, inutile de compter sur un accroissement des concours publics. La dolce vita est terminée, ou en tout cas elle devrait l’être, car l’État français n’a plus d’argent. Il a du déficit chronique et des dettes qui s’amoncellent, mais il n’a plus aucune marge de manœuvre.

Dans ces conditions, pas étonnant qu’un certain mécontentement saisisse l’opinion publique quand elle apprend que les quatre principaux dirigeants de France Télévisions ont séjourné pendant une dizaine de jours à l’hôtel Majestic pour la coquette somme de 73 600 euros, soit à peu près 1 700 euros par personne et par nuit, à l’occasion du Festival de Cannes 2023, alors que les règles internes de l’entreprise publique plafonnent le coût des nuitées d’hôtel à 350 euros dans de telles circonstances. Une plainte émanant d’un syndicat des médias a été déposée et une enquête a été ouverte.

Pour sa défense, France Télévisions souligne que ces dépenses n’ont pas été financées par l’argent des contribuables, mais par un échange de services (ou système du « barter »), en l’occurrence un hébergement au Majestic contre des espaces publicitaires invendus. La pratique serait courante dans le milieu des médias, nous explique-t-on.

Mais sérieusement, quand on est une entreprise en grande difficulté financière qui a déjà perdu plus de la moitié de ses fonds propres et qui ne pourra plus compter sur des renflouements systématiques d’argent public, n’a-t-on pas le devoir de chercher à accroître ses ressources propres tout en limitant ses dépenses ? N’a-t-on pas le devoir de se contenter de la chambre à 350 euros et de faire tous les efforts possibles pour engranger le maximum des recettes publicitaires autorisées ? De même, n’a-t-on pas le devoir d’éviter les projets hasardeux dont on sait dès le départ qu’ils vont être confrontés à la concurrence intense et très professionnelle de géants internationaux qui dominent le marché ?

C’est précisément l’aventure qui est arrivée à Salto, plateforme de vidéos à la demande lancée par France Télévisions en partenariat avec TF1 et M6 en 2020 et fermée en 2023. Parmi les causes de cet échec fracassant, les contenus, qui devaient être inédits, résolument originaux et tellement représentatifs de la divine « exception culturelle française », furent surtout des reprises de séries ou émissions déjà programmées sur les chaînes des entreprises fondatrices. Au final, un trou supplémentaire de 58 millions d’euros dans les comptes de France Télévisons qui pèse lourd sur la nécessaire transformation numérique du groupe.

Parallèlement, la Cour des comptes met en cause l’accord collectif d’entreprise en vigueur depuis 2013 et pointe la rigidité de la gestion des ressources humaines qui en découle. Face à 160 métiers définis de façon étroite et pointilleuse, face à des dispositions salariales et des avantages en nature plus favorables que dans le droit commun, face à un régime de licenciement très avantageux et face à des comités d’entreprise « généreusement dotés », il est difficile d’obtenir de la polyvalence et de la flexibilité au travail. En conséquence, la masse salariale augmente structurellement, même en période de baisse des effectifs, et l’on observe une « sous-performance structurelle de l’activité ».

La Cour recommande donc de renégocier au plus vite cet accord social paralysant, alors que France Télévisions évolue dans un contexte concurrentiel et technologique en pleine transformation. Il est à noter que le conseil d’administration a donné son feu vert pour une telle renégociation qui pourrait durer deux ans. Inutile de dire que les syndicats maison s’y opposent de toute la sublime force de leurs avantages acquis.

Face à ce qu’il convient d’appeler une vraie gabegie financière, restent la question du contenu des programmes ainsi que celle de la neutralité de l’information. Sur ce sujet, chers lecteurs, permettez-moi de vous renvoyer à mon article « L’information n’est jamais neutre. Mais elle pourrait être libre… »….

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.

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6 réponses

  1. La mutualisation des pertes et des dettes avec , en même temps, la privatisation des profits et des salaires extravagants ?
    Est il possible de revoir cette gestion socialiste, par ailleurs unique à l’échelle de l’Europe, vu qu’il est déjà difficile de la faire admettre dans sa diversité par les personnes très intéressées ?
    Nous le saurons dans un avenir proche.

  2. Pour qu’on remette en question la gestion de FT il faut vraiment qu’il y ait eu de très graves abus, nos amis socialistes ayant l’habitude de se protéger entre-eux de toutes vagues !
    Toutes les dépenses devraient être passées au crible… ça doit pas être triste !

  3. Comme le PR a renouvelé récemment pour la 3ème fois la présidente de FT…..ce rapport n aura aucune suite….

  4. par souci d’économie on coupe l’eau lors du brossage des dents etc…dans la même optique l’état ferait bien de resserrer le robinet des dépenses inutiles voire abusives

  5. Le député UDR Charles Alloncle a fait un travail est remarquable par sa tenue, sa prose et toutes les questions posées.
    Surtout son calme face aux attaques en tous genres y compris celles de son président et la vice-présidente.
    Le plus navrant est le refus de communiquer les chiffres concernant les salaires respectifs de ceux payés par nos impôts et ceux des bénéfices reçus.
    Ce gouffre financier ne devrait plus être subventionné mais privatisé au plus vite car Bolloré critiqué par eux engrange des millions d’euros.

  6. La solution est simple : vendre les trois-quarts des chaînes publiques aux milliardaires « de gauche » Legrain, Niel et Pigasse. Deux avantages :
    – Cela fera pendant à Bolloré le « grand méchant »
    – Ces médias ne pèseront plus sur le contribuable
    On s’y met quand ?

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