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jeudi 16 juillet 2026

L’IA va-t-elle remplacer l’intelligence humaine ? Non ! L’IA n’est pas plus intelligente qu’un chat

Temps de lecture : 4 minutes

Je trouve les chatbots d’IA incroyablement utiles pour organiser mes voyages. Ainsi que pour m’assister dans mon travail : j’en ai d’ailleurs utilisé un pour les recherches initiales de cet article et je lui ai demandé d’en rédiger certaines parties, que j’ai pour la plupart réécrites par la suite.

Cette technologie a évidemment des applications de plus grande portée dans divers domaines, de la logistique à la recherche en politiques publiques en passant par la médecine.

Cependant, à mon avis, qui est aussi celui de plusieurs observateurs avisés, l’IA n’est pas « intelligente ». Du moins, pas au sens heuristique du terme. Elle imite l’intelligence de façon impressionnante grâce à son incroyable mémoire, sa maîtrise du langage et sa puissance brute, mais elle n’est pas intelligente en soi.

Avant d’aller plus loin, définissons précisément ce que j’entends par « intelligence » : quelque chose qui est incarné en nous et qui favorise la résolution autonome de problèmes, quelque chose d’essentiel à notre survie et à notre épanouissement dans un monde imprévisible.

Les bots d’IA en sont dépourvus car ils n’ont aucun intérêt personnel dans l’issue des événements. La véritable intelligence a évolué parce que les organismes meurent lorsqu’ils font de mauvais choix. On apprend de ses erreurs parce qu’elles sont douloureuses. Un bot d’IA ne peut ni mourir ni ressentir la faim. L’absence de conséquences signifie l’absence d’enjeux réels et, en fin de compte, elle ne  représente aucune véritable compréhension des enjeux.

De plus, l’IA n’a pas d’objectifs propres. L’intelligence, telle que définie précédemment, se fixe ses propres fins : survivre, se reproduire, protéger ses proches, rechercher un statut. Un bot n’a pas de fins propres. Il ne « veut » rien. Il exécute les objectifs que les humains programment. Éteignez le serveur et il ne « veut » plus rien. Les IA sont des perroquets brillants, et souvent incroyablement brillants, mais pas des esprits.

La vache, le robot et l’enfant

Les bots d’IA peuvent reconnaître une vache, par exemple, car on leur a donné un grand nombre d’images de vaches, mais placez par exemple une vache sur une plage, et la plupart des bots seront incapables de la reconnaître. Un enfant en bas âge, lui, le saurait. En d’autres termes, l’IA comprend l’apparence d’une vache et possède des définitions précises de ce qu’est une vache, mais elle n’a pas de compréhension intrinsèque ou intuitive de sa véritable nature.

L’éminent expert, le professeur Yann LeCun, a notamment affirmé que l’IA actuelle est moins intelligente qu’un chat domestique. LeCun a été directeur scientifique de l’IA chez Meta Platforms avant de cofonder Advanced Machine Intelligence Labs en décembre 2025. Il est lauréat du prix Turing, une récompense annuelle décernée par l’Association for Computing Machinery, et professeur d’informatique à l’Institut Courant des sciences mathématiques de l’Université de New York. LeCun ne dit évidemment pas que les grands modèles de langage (LLM) sont inutiles. Il affirme plutôt qu’ils sont dépourvus même de l’intelligence de base d’un animal de compagnie.

Sur le terrain, un chat battrait un robot même nommé Mbappé

Un chat, souligne-t-il, possède une compréhension minimale du monde physique qui lui permet de planifier son comportement. Placez une balle sur une table, et le chat saura ce qui se passera s’il la frappe. Il peut anticiper son saut et poursuivre la balle lorsqu’elle tombera au sol. Il possède une compréhension rudimentaire de la gravité et de la permanence de l’objet.

À l’inverse, un robot peut, si on le lui demande, rédiger un texte décrivant la chute de la balle, mais il n’en comprend pas la raison. Il se contente de prédire le mot suivant, puis le suivant, en se fondant sur l’immense quantité de textes sur lesquels il a été entraîné, sans aucune connaissance réelle. Même contrôlé par un robot, il serait incapable d’élaborer un plan et de l’exécuter de manière autonome comme le fait un chat.

LeCun ajoute qu’un chat possède une mémoire persistante et un certain bon sens. Il se souvient de l’emplacement de sa nourriture, de la signification (probablement) du bruit de l’ouvre-boîte électrique, de l’endroit où fuir celui, beaucoup moins engageant, de l’aspirateur, etc. Les modèles linguistiques logiques (LLM) possèdent une capacité de mémoire certes bien plus grande, mais limitée à la simple restitution des données ayant servi à leur entraînement. Ils sont dépourvus du bon sens fondé sur l’expérience du monde physique, la motricité ou le raisonnement spatial.

De l’utilisation des synapses

Il est vrai que les LLM possèdent un nombre considérable de paramètres, GPT-4 en comptant plus d’un billion. Or, chose intéressante, ce nombre est à peu près équivalent à celui des synapses du cerveau d’un chat. Pourtant, une synapse est bien plus complexe qu’un paramètre de LLM. Un chat utilise ses synapses pour traiter les informations visuelles, maintenir son équilibre, chasser, décoder les signaux sociaux et accomplir d’autres activités sophistiquées. Un LLM, nous rappelle LeCun, utilise ses paramètres pour prédire le mot suivant.

De plus, un chat raisonne réellement, même si son raisonnement est plus primitif que celui des humains. Les LLM n’excellent qu’à paraître intelligents, grâce à leur aisance à manipuler le langage. Cela pose un problème si vous leur demandez d’effectuer une analyse financière, par exemple, et qu’ils vous donnent avec assurance une réponse plausible, mais fausse. Un chat ne vous tromperait pas ainsi.

Un outil puissant mais qui reste un outil

En grande partie à cause de ces limitations intrinsèques des LLM, les scénarios apocalyptiques que l’on entend souvent à propos de l’impact que pourrait avoir l’IA sur l’emploi sont très probablement exagérés. Et je ne suis pas le seul à le penser. Un sondage mené par l’Université de Chicago auprès d’économistes de renom a révélé que… seulement 11 % d’entre eux estiment que l’utilisation de l’IA au cours de la prochaine décennie entraînera une hausse substantielle du chômage dans les pays industrialisés.

Encore une fois, l’IA est indéniablement un outil puissant, dont la puissance ne cessera de croître. Le reconnaître n’implique pas pour autant de céder à ce courant (parfois hystérique) qui affirme qu’elle est sur le point de devenir plus intelligente que les humains. Elle est de plus en plus capable d’accomplir certaines de leurs tâches spécifiques beaucoup mieux qu’eux. Mais cette aptitude ne doit pas être assimilée à de l’intelligence, au sens strict du terme, et encore moins à de la conscience.

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.

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15 réponses

  1. Tous les avis éclairés sont bons à prendre, les pessimistes comme les optimistes. Ce qui est certain c’est que la réalité dans 20 ans ne correspondra à aucun d’entre ceux qui sont aussi émis aujourd’hui. L’intelligence humaine est elle aussi limitée, personne n’a prédit il y a 20 ans ce que serait vraiment l’impact d’Internet aujourd’hui, et pourtant Internet n’a aucune intelligence, même pas celle d’un chat, ce n’est qu’un outil très performant devenu indispensable. Les algorithmes de l’IA sont à un autre niveau.

    1. Ne pas prévoir ce qu’il y aura dans 20 ans n’est pas une question d’intelligence, mais d’interderrminisme. On ne peut pas prévoir le futur puisque que l’on ignore des événements qui n’ont pas encore eu lieu.

      1. @Dominique On peut tout de même poser les questions suivantes : – Sur quels principes fondamentaux (dogmes) fonctionne un IA donné, une IA de guerre par ex peut elle prendre la décision seule? , peut elle ou non décider de tuer un civil ? Bref , qui décide , l homme ou l IA? Par ailleurs les IA ne nous appartiennent pas , nous ne sommes pas souverains . Nous n’aurons pas les réponses ci dessus . L’Europe va t elle décider de nous doter d’ un IA performante et souveraine? Les réponses que nos dirigeants donneront a ces questions vont décider de notre avenir.

  2. Certes et je m’interroge sur la teneur de l’intelligence de ceux qui pensent pouvoir être remplacés par des IAs. Cette question est très sérieuse. En effet nos études françaises conduisent les plus brillants vers les études scientifiques, avec pour objectif leur capacité à résoudre des problèmes complexes, et pour les littéraires , à engranger des masses de connaissances et à les restituer sous certains éclairages . Ces deux modes d’apprentissages sont presque couverts par les IAs , d’où la panique des élites. En France nous avons privilégié le tête au dépens du coeur .Dans les milieux dans lesquels j’évolue , artisanaux ou bien spirituels , aucune panique en vue. Pour moi les IA vont redessiner la manière d’apprendre de nos élites . Ce faisant le risque est grand de la dépendance à l outil . De même que l’agriculteur d’hier s’est mis à dépendre de son tracteur ; le scientifique et l énarque de demain dépendra de l IA . Et cette dépendance va générer du stress . Car le tracteur peut tomber en panne , être volé , tout comme l IA . Peut être aussi l’intelligence purement humaine et relationnelle , l’empathie , va t elle être recherchée et rémunérée , peut être l’artisanat se mettra à être mieux valorisé . Nous verrons.

  3. Lorsque j’ai commencé à travailler on ne connaissait que l’informatique mécanographique avec des fiches perforées que l’on extrayait avec de longues aiguilles…
    La généralisation des ordis faisait prédire à certains un séisme dans le monde du travail avec la disparition de plein d’emplois et surtout « la disparition du papier »…
    Il me semble que certains jouent à se faire peur avec l’IA !
    S’il ne faut pas sous-estimer l’impact, je suis persuadé que cette technologie permettra de rationaliser certaines tâches, mais créera aussi des emplois en parallèle et un besoin d’équipement, maintenance, informatique !

    1. Candide ? Pas tant que celà. Je crois que votre vision des choses est plus réaliste que bien des discours fumeux de quelques uns qui démontrent le côté artificiel de leur intelligence et de leur raisonnement.
      ceux là peut être ont raisons d’avoir peur . Pas les autres

  4. Merci pour votre article très intéressant qui donne à l’I.A. la place qui lui revient: un outil certes puissant. Je pense qu’utiliser le mot « intelligence » au sens français du terme a pu égarer certains admirateurs inconditionnels de celui-ci.

  5. Je suis globalement d’accord avec ces bémols que vous décrivez sur la puissance des IA actuelles. Mais il est vraisemblable que ces IA apportent des modifications majeures sur nos organisations quand on pense aux quantités phénoménales de capex mis sur la table par les acteurs américains . Lors de l’audit parlementaire Dr Alexandre a eu une position beaucoup plus positive sur l’intelligence de ces systèmes.

  6. Le problème, avec l’IA, C’est qu’elle ne cessera d’évoluer !!
    Le tout, c’est de savoir dans quel sens ! Les progrès, sous entendu ses AUTO-PROGRÈS, seuil qui sera forcément atteint, Le danger est LÀ !
    Quand elle sera capable d’écrire ELLE-MÊME, ses propres lignes de code dans un langage qu’elle aura ELLE-MÊME décidé, incompréhensible par l’humain, à vôtre avis, que se passera-t-il ??
    Déjà, certains logiciels, sont capables d’ajouter quelques lignes de code, compréhensible par l’humain, OUF , pour l’instant !

  7. Les LLM n’excellent qu’à paraître intelligents, grâce à leur aisance à manipuler le langage.
    Voilà la définition pour qualifier la plupart de nos politiques. Sont-ils des robots ? Oui puisque la trame de leurs expressions leur est imposée par un autre robot, le PARTI.
    Mon député est de ceux là. On l’écoute avec délice en le laissant nous charmer avec un concept nébuleux : la demarchandisation !! En plus il a une jolie femme et il drague les associations caritatives et les relais des traditions de mon pays. Cherchez l’apport politique qu’il promettait en 2017, 2022 et 2024.

    1. Un robot ne peut avoir conscience qu’il est un robot !
      Cette « petite »différence souligne l’importance du choix des mots.
      L’homme n’est qu’un roseau, mais en tant que roseau « pensant »il reste dans une certaine mesure libre de ses choix dont il est le SEUL responsable.

  8. L’IA est moins dangereuse que ceux qui y croient ou les maîtres à penser qui l’invoquent pour asseoir leur pouvoir.

    Ceci n’a rien de nouveau; de tous temps les despotes ont fait parler les haruspices, le vol des oiseaux, les errances des planètes et autres présages divins pour induire le peuple crédule en erreur.
    Ce qui est curieux dans l’IA moderne. c’est qu’elle transforme le barycentre des opinions récoltées en néo-vérité; la réalité n’est plus que la résultante des psittacismes les plus vociférants. Elle marginalise très efficacement l’originalité, le talent et la dissidence. Simplisme démocratique idéal pour les potentats incultes.

  9. Il suffit de remarquer les sérieuses limites des chatbots qui répondent de manière stéréotypée aux questions pointues demandant des interprétations et analyses de situations complexes.
    Le supplément d’âme et la subjectivité,véritables plafond de verre, resteront pour trés longtemps le propre de l’humain et non ceux de l’I.A.
    L’insuffisance avérée de l’I.A.pour la traduction de livres ou de discussions en direct, représente à cet égard un cas d’école,et le métier de traducteur reste plus que jamais d’actualité.
    l’I.A n’est pas prête de mettre au chômage les physiciens car elle n’est pas capable d’élaborer des théories,ce qui limite ses possibilités en mathématiques en dépit de son efficacité remarquable puisqu’elle apprend mais ne comprend pas, comme l’exprime parfaitement cet excellent article avec la comparaison sigificative de l’intelligence du chat.
    N’oublions pas que l’homme peut faire des mathématiques ,mais aussi ses courses!!!
    Penser que le silicium puisse battre le neurone d’une infinie complexité reste bien du domaine de la fiction.
    L’I.A. utilisée à bon escient reste évidemment un formidable outil :
    N’a-t-elle pas mis en évidence le génie et l’ intelligence humaine la plus pure ayant permis la reconstruction de Notre-Dame de Paris en un temps record ?
    Comme quoi science peut aussi rimer avec conscience !

  10. L’IA est un superbe outil que j’utilise avec plaisir et profit. Mais ce n’est qu’un outil, un super-calculateur. Souvent je suis impressionné des résultats, et elle m’aide à structurer mon travail. De même que ma voiture développe une puissance mécanique qui dépasse largement ma force musculaire, l’IA mobilise une puissance de calcul qui dépasse la mienne. Mais à aucun moment je n’ai le sentiment d’être « remplacé ». En revanche, il est certain que l’IA met à ma disposition certaines fonctionnalités d’assistance intellectuelle (vérifier des dossiers, synthétiser un projet, etc.) qui remplace en partie un traditionnel secrétariat.

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