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dimanche 10 mai 2026

Michel Onfray dénature la pensée d’Ayn Rand

Temps de lecture : 3 minutes

Tout à sa dénonciation du « fascisme » d’Elon Musk, le philosophe massacre allègrement au passage les idées d’Ayn Rand. Contrepoints a fréquemment tapé sur les doigts du philosophe Michel Onfray, ancienne gloire de l’extrême gauche devenue le chouchou du souveraino-populisme. Le titre de notre pendule, « Michel Onfray et la bêtise antilibérale », était à cet égard dénué d’ambiguïté. Un peu moins d’un an et demi après, nous devons toujours constater son ignorance crasse en matière de libéralisme.

C’est à l’occasion de la sortie d’un numéro de sa revue Front populaire -deux mots qui appellent à la réflexion…- que Michel Onfray livre un entretien au Figaro sur une pleine page. Nous ne nous intéresserons pas vraiment ici au sujet de sa revue : « Le monde selon Elon Musk » qui, comme nos lecteurs peuvent le subodorer, n’est guère élogieux puisqu’il est traité sous l’angle d’un « fascisme muskien ».

Ce qui retiendra notre attention, c’est l’analyse qui est faite de la pensée d’Ayn Rand, la romancière et philosophe américaine, autrice notamment de Atlas Shrugged, monumental roman de 1957 traduit en français sous le titre La Grève, et bible de beaucoup d’entrepreneurs de la Silicon Valley.

Le journaliste du Figaro pose une question surprenante à Michel Onfray : « Paradoxalement, Musk a été influencé, notamment en matière de liberté d’expression, par l’idéal libertarien, idéal dans lequel vous vous reconnaissez. Diriez-vous qu’il a dévoyé cet idéal ? ».

Evidemment, notre philosophe récuse toute filiation avec le libertarianisme et il précise qu’il se reconnaît dans « l’idéal libertaire proudhonien ». Mais c’est la suite qui vaut son pesant d’or (si nous pouvons user de cette expression s’agissant d’un anticapitaliste pathologique…) : « Le libertarien est un libéral radical et forcené : pas d’État, pas de social, pas de fraternité ou de solidarité, pas de police, pas d’armée, pas de monnaie commune, pas d’Education nationale. La loi de la jungle ! La philosophe de ce courant, une idole aux Etats-Unis, est Ayn Rand. Musk ne dévoile pas cet idéal, il l’incarne. »

De deux choses l’une : soit Michel Onfray n’a pas lu Ayn Rand, soit il ne l’a pas comprise.

Comme nous ne mettrons pas en doute les qualités intellectuelles de notre éminent philosophe, nous devons en conclure qu’il commente ce qu’il n’a pas lu, ce qui, au demeurant, n’est guère plus reluisant.

En effet, où diable a-t-il vu que Rand serait anarchiste, elle qui a étrillé l’anarchisme dans un article de 1971 ? Rand n’a jamais plaidé en faveur d’une disparition de l’État. Par conséquent, elle n’a pas plus été en faveur d’une disparition de l’armée ou de la justice ! Elle était en fait une libérale classique, attachée à un Etat minimal, doté et doté simplement des fonctions dites régaliennes -armée, police et justice -, et adepte tant du laissez-faire que du laissez-passer. C’est ce qu’elle dit clairement dans Nous les vivants, où elle compare l’État à un « domestique », dans un article de 1964 ou elle l’assimile à une « agence », surtout dans un article de 1963 où elle loue la Déclaration d’indépendance de 1776 pour avoir fait passer la fonction du gouvernement du « rôle de dirigeant à celui de serviteur ». C’est ce qu’elle écrit encore avec la célèbre tirade de John Galt dans Atlas Shrugged où le « seul objectif légitime d’un gouvernement » est de défendre les droits consubstantiels de l’homme, idée qu’elle reprendra dans La vertu d’égoïsme en 1964.

Nous ne disposons pas de la place pour critiquer plus avant l’analyse de Michel Onfray, à commencer par l’idée selon laquelle Rand aurait rejeté la fraternité et la solidarité, alors que, comme tous les libéraux, elle dénonçait la fraternité et la solidarité légales, et nullement les sentiments spontanés, ou encore l’idée selon laquelle Rand aurait été une adepte de la « loi de la jungle », critique aussi courante qu’inepte des conceptions économiques des libéraux.

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14 réponses

  1. « … la romancière et philosophe américaine, autrice notamment de Atlas Shrugged… »

    Vous utilisez ici le substantif phonétiquement abominable d' »autrice » (sans doute pour complaire à la bonne pensée ) alors qu’auteur serait du bon usage de la langue, en parfait accord avec philosophe qui lui est ici accolé.

  2. Quand un litteraire prétend avoir tout compris, il se doit d’avoir un avis sur tout …même sur ce qu’il ne connaît pas!

  3. Merci pour cet article qui clarifie une fois pour toutes (je rêve) ce qu’est le libéralisme face à des personnes intellectuellement malhonnêtes comme M.Onfray. J’écris malhonnête car comment pourrait il en être autrement de la part de personnes aussi intelligentes que ce monsieur ? Je pense avec force que pour eux reconnaître objectivement ce qu’est le libéralisme mettrait en péril toute leur idéologie, c’est pourquoi ils en travestissent le sens.

  4. Sans même clter Ayn Rand,
    ça déjà, c’est complètement faux :
    – Le libertarien est un libéral radical et forcené : pas d’État, pas de social, pas de fraternité ou de solidarité, pas de police, pas d’armée, pas de monnaie commune, pas d’Education nationale.

    Comment Onfray peut-il se tromper à ce point ?!

  5. Onfray est complètement bloqué pour ce qui concerne ses convictions de gauche. Il n’a toujours pas réussi à comprendre que le libéralisme c’est la défense des libertés des citoyens. Il ne mérite pas le terme de philosophe car il ne l’est absolument pas. Musk n’est pas un fasciste, qu’il se livre à ce genre de niaiserie grotesque le ridiculise!

  6. Merci pour cet article qui clarifie une fois pour toutes (je rêve) ce qu’est le libéralisme face à des personnes intellectuellement malhonnêtes comme M. Onfray. J’écris malhonnête, car comment pourrait-il en être autrement de la part de personnes aussi intelligentes que ce monsieur ? Je pense avec force que pour eux, reconnaître objectivement ce qu’est le libéralisme mettrait en péril toute leur idéologie, c’est pourquoi ils en travestissent le sens.

  7. Onfray vient de la gauche, et comme disait ma grand-mère, « la caque sent toujours le poisson »…

  8. Merci pour cet article éclairant. Je n’avais plus guère de doutes sur la « clairvoyance » de Mr Onfray, après avoir suivi de temps à autre sa chronique du samedi. Maintenant , je n’en plus aucun.

  9. J’adhère à votre article dans les grandes lignes. Pour moi Onfrey reste quand une enigme. J’aime bien l’écouter. Il décrit très bien l’extrême gauche radicale qui pour lui est le vrai fascisme d’aujourd’hui avec l’islamisme radical qui vont de paire. Sur Gaza il n’est pas tombé dans la moraline à deux balles et dénonce un anti- semitisme sous couvert d’anti- sionisme. Il est contre Poutine et les dictatures. On ne peut pas lui reprocher de ne pas être du côté du monde libre.

    Mais quand il évoque le libéralisme, il est vraiment à côté de ses pompes. Pour lui le libéralisme ne se limite qu’au mercantilisme. Et pourtant sur les questions sociétales, Onfrey partagent et defend ce que les libéraux défendent également. J’ai souvent eu envie de la caser dans les libéraux qui s’ignorent. Je dirai en partie qu’il en est un ou presque.

    Ceci dit, pour moi il est un allié. Il a certes ses incohérences que je comprend pas, mais il défend certaines valeurs du monde libre.

    1. Onfray s’exprime bien et il est un peu contre tout. Donc il plaît a une majorité de gens modérés. Il y a bien chez Rand un radicalisme et une personnalité « clivante » (clivante = la revanche du terme autrice, qu’elle aurait certainement récusé…). Rothbard n’appréciait pas trop son sectarisme et son histoire personnelle est assez chaotique. Pour moi, ses romans sont le meilleur de son oeuvre. On lui reproche l’ absence de profondeur, mais comme disait Valéry, le plus profond c’est la peau. Je recommande beaucoup la version audio anglaise de Atlas Shrugged, mais attention, il y en a deux. L’une très bonne, l’autre d’une médiocrité rare…

  10. J’apprécie Onfray quand il dénonce le gauchisme et l’islamo-gauchisme qui sont les véritables dangers totalitaires de notre époque. Sur ce sujet, il fait preuve d’un admirable courage semblable à celui d’un Ferghane Aziari. Sur ce plan, beaucoup de libéraux pourraient prendre des leçons de courage et de clairvoyance chez Michel Onfray. Mais à part cela, il reste un genre d’anti-capitaliste à la sauce proudhonienne. D’une manière générale, je reste ébahi par l’ignorance de nos intellectuels sur le libertarianisme : ils semblent ignorer que le libertarianisme a été formulé en France au XIXème siècle par Bastiat (La Loi) et Molinari (De la production de la sécurité). J’attends le jour où un journal à grand tirage republiera ces deux petits pamphlets qui méritent d’être connus du grand public.

  11. Article salutaire . Onfray est un individu intéressant : il fait le constat des problème qu a notre pays. Mais comme beaucoup de gens de gauche, la solution pour lui est : plus d État . C est pourquoi tout ce qui veut limiter l État est à abattre pour lui. Quand ce grand pourfendeur d idoles v a t il s attaquer à la sienne cad l État ? J attends.

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