L’information n’a pas fait beaucoup de bruit : l’agence Moody’s a abaissé la note des États-Unis, la faisant passer sous son niveau maximal (de Aaa à Aa1). En cause : l’augmentation depuis plus d’une décennie des ratios de dette et de paiement des intérêts des administrations publiques à des niveaux nettement plus élevés que ceux des États souverains de notation similaire. Moody’s rejoint ainsi Standard & Poor’s (2011) et Fitch (2023), qui avaient déjà pris des mesures comparables.
Les marchés ont mal réagi à cette annonce, d’autant plus qu’elle intervient après les déclarations du président Trump le 2 avril dernier sur les taxes douanières. Cette combinaison d’incertitude budgétaire et de tensions commerciales a provoqué une variation notable : le rendement des obligations à 30 ans a brièvement atteint 5 %, un sommet inédit depuis l’automne 2023.
Mais l’une des principales sources d’inquiétude réside dans l’évolution de la dépense publique. Aucun des deux grands partis, républicain et démocrate, ne semble prêt à s’y attaquer sérieusement. Entre 1995 et 2024, les recettes publiques ont représenté en moyenne 17,5 % du PIB, tandis que les dépenses s’élevaient à 21,5 %. Sous l’administration Obama, elles avaient même dépassé 24 % du PIB en raison du plan de relance post-crise financière.
La pandémie de Covid-19 a accéléré cette tendance, avec une explosion des dépenses sous les administrations Trump, puis Biden. En 2024, elles se situaient encore 23,1 % du PIB (largement deux fois moins qu’en France néanmoins). Le déficit, lui, a atteint 6,4 % du PIB, un niveau historiquement élevé en dehors de toute guerre ou crise majeure.
Moody’s prévoit que les déficits fédéraux se creuseront jusqu’à près de 9 % du PIB d’ici 2035, principalement en raison de l’alourdissement des charges d’intérêts sur la dette et de l’augmentation des dépenses en prestations sociales. L’agence prévoit également que le fardeau de la dette publique atteindra environ 134 % du PIB d’ici 2035, contre 98 % en 2024. Même constat du côté du CBO (Congressional Budget Office), qui anticipe une aggravation continue, alimentée principalement par la croissance des dépenses publiques. Selon ce dernier, la dette publique devrait s’élever à 107 % du PIB d’ici 2029.
Chez les républicains, aucun consensus n’émerge : malgré quelques tentatives d’ajustements du DOGE, Donald Trump refuse toute réforme de Medicare (Agence fédérale de la santé) et de la Sécurité sociale, et Medicaid reste intouché malgré l’augmentation de ses coûts depuis l’Obamacare.
En parallèle, la loi fiscale des républicains (House GOP Bill) présentée à la Chambre le 12 mai dernier, qui prolonge la réforme de 2017 connue sous le nom de Tax Cuts and Jobs Act (TCJA), veut maintenir les taux d’imposition actuels sans engager de réduction significative des dépenses publiques. Toutefois, en cas d’échec de cette loi, la hausse fiscale est estimée à 4 500 milliards de dollars sur dix ans. À cela s’ajouteraient quelque 300 milliards de nouvelles taxes douanières, formant un cocktail fiscal potentiellement récessif. Sachant que les seuls intérêts nets versés sur la dette fédérale représentent déjà 3 % du PIB, soit près de 900 milliards de dollars par an.
La rétrogradation de la note américaine décidée par Moody’s reflète une réalité budgétaire de plus en plus intenable. Tant que les États-Unis refuseront d’engager des réformes vraiment efficaces pour maîtriser la dépense publique, la trajectoire actuelle mènera inévitablement à un surendettement chronique, aux conséquences économiques et fiscales potentiellement dangereuses pour l’avenir du pays.
Une réponse
et la france ? elle refuse aussi ces fameuses réformes avec les résultats inespérés qui s’ensuivent !