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mercredi 27 mai 2026

Non, les « néoconservateurs » ne sont pas tous adeptes du nation building

Temps de lecture : 2 minutes

Ancien ambassadeur des États-Unis à l’ONU, ex-conseiller à la sécurité nationale lors du premier mandat de Donald Trump, et présenté comme « l’un des architectes de la politique étrangère de George W. Bush », John Bolton vient de donner une interview au JDD. Partisan depuis longtemps d’une intervention militaire en Iran, et tout en continuant à soutenir cette option, Bolton s’y inquiète de ce qu’il est « difficile d’interpréter ce que Trump pense réellement », et craint qu’il ne « cherche simplement à déclarer victoire, même si les problèmes fondamentaux ne sont pas résolus ». Mais plutôt que discuter ce point en particulier, nous aimerions insister ici sur un autre aspect de cette interview.

Selon nombre de commentateurs, les États-Unis n’auraient pas tiré la leçon de leur engagement lors de la deuxième guerre d’Irak – qui s’est révélée en effet très coûteuse en pertes humaines, avec près de 4 500 soldats américains morts -, et ils pourraient dès lors s’apprêter à connaître un « enlisement » comparable en Iran. Or, Bolton considère que si échec il y a eu en Irak, ce n’est pas tant la guerre (le régime de Saddam Hussein est tombé en trois semaines seulement), que l’entreprise de nation building, ou construction d’une nation, en français. Étant donné qu’une nation relève par définition de l’ordre spontané, il est bien évidemment qu’aucun pays extérieur ne peut jamais prétendre en assurer la « construction », ce qui serait tomber dans le travers de l’ « ingénierie sociale », tant décriée par les libéraux. Ainsi donc, au lieu de mettre en place, comme cela a été fait en Irak, une Autorité provisoire de coalition, au lieu d’occuper en pratique un pays comme l’Irak, ce que les États-Unis n’ont jamais eu vocation à faire, nous aurions « immédiatement dû confier (cette) responsabilité au peuple irakien », nous dit Bolton.

Ce que déclare ici Bolton rejoint ce qu’un autre « néoconservateur », ou assimilé comme tel, Richard Perle, avait pu dire à ce sujet. Les Américains, considère-t-il en substance, ont la puissance militaire pour aider les représentants d’un peuple en exil, en butte à un pouvoir tyrannique ou totalitaire, à renverser le régime qui les opprime. Le modèle est à cet égard, poursuit Perle, « Charles de Gaulle à Londres pendant la guerre, faisant tout son possible pour encourager la résistance face à l’occupation nazie », puis « (revenant) alors que les nazis étaient en train d’être vaincus pour reprendre la parole ».

Que faut-il en conclure ? Que les États-Unis, et l’Occident plus généralement, ont le droit de défendre la sûreté du monde libre, mais qu’ils ne sauraient s’engager dans quelque entreprise de nation building que ce soit. Les « néoconservateurs » considèrent plutôt qu’on peut aider un peuple en danger, mais qu’on ne peut se substituer à lui dans l’organisation de la résistance, ni dans l’exercice des fonctions gouvernementales une fois qu’un éventuel changement de régime est survenu.

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Une réponse

  1. L’anti-trumpisme désormais généralisé (tant dans les médias officiels qu’alternatifs) provoque une forme d’illusion collective. On raille Trump qui annonçait une solution miracle, mais en vérité tout-le-monde en est au même point à attendre des résultats en 3 jours. Or, l’histoire humaine montre plutôt des conflits qui se déroulent sur des décennies et des siècles en campagnes et guerres successives. Que l’on songe aux guerres d’Ancien Régime ou à la guerre de Cent Ans. Sans compter que l’affrontement de l’Occident avec la Russie est multi-séculaire et l’affrontement avec la Perse multi-millénaire. Donc, le plus simple serait de conserver une forme de sang-froid. L’outil militaire américain demeure capable de se projeter à l’autre bout du monde et mener une campagne de frappes puissantes. Mais qui a cru que les USA allaient envahir l’Iran (territoire montagneux d’1,6 millions de km2 et 90 millions d’habitants) avec deux porte-avions ? Cette campagne s’inscrit dans une négociation de long-cours, comme après une chevauchée du Prince Noir, une guerroyade de Du Guesclin ou une campagne de Louis XIV. Alternance de guerres et de négociations. Il ne faut pas céder à la propagande ridicule des exaltés de tous bords. Et il est probable qu’il faudra trouver un compromis avec l’Iran autant qu’avec la Russie et la Chine. Et impliquer également les pays régionaux (arabes) qui ne veulent pas de la domination persane. De ce point-de-vue, Trump est moins ridicule qu’il n’y paraît. Quant à l’UE, comme d’habitude, elle est aux abonnés-absents : elle veut expulser Poutine et les Ayatollahs alors qu’elle est incapable d’expulser un OQTF.

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