Les représentants des principaux partis concourant aux législatives du 30 juin-7 juillet ont planché jeudi devant les organisations patronales (Confédération des petites et moyennes entreprises, Union des entreprises de proximité, Mouvement des entreprises de taille intermédiaire et Medef) à Paris, pour présenter des programmes économiques fort peu libéraux et guère convaincants sur la nécessité, pourtant défendue par plusieurs, de réduire le déficit public. Chacun devait s’exprimer un quart d’heure puis répondre aux questions durant une demi-heure.
C’est l’ancien Premier ministre Edouard Philippe, pour Horizons, qui a ouvert la série d’auditions en disant l’attachement de la majorité présidentielle à la politique en faveur des entreprises, sans pour autant donner de pistes solides sur la manière de réduire taxes et impôts, les plus élevées de la planète en proportion du revenu national, ou des règlementations incarnées par une demi-douzaine de Codes (de l’urbanisme, des marchés publics, de la fiscalité, etc.) de 4.000 pages chacun environ, qui s’enrichissent chacun d’une page par jour. Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a prévenu au cours de ces auditions : « la marge de manœuvre budgétaire de la France, elle est nulle », ce qui n’est pas faux mais dans ce cas pourquoi le gouvernement a-t-il multiplié les chèques ces dernières années ?
Ont suivi Eric Coquerel (LFI) et Boris Vallaud (PS) pour le Nouveau Front populaire (NPF), qui ont défendu un « pacte productif nouveau » fleurant bon le mai 1981, unissant les travailleurs, les capitaines d’industrie et les consommateurs et dont le financement serait assuré par une croissance vigoureuse. Ce programme prévoit toutefois une hausse de 15 % du Smic, qui se répercuterait mécaniquement sur l’ensemble de la masse salariale, conduisant donc soit à une inflation de quelque 10 %, soit à une réduction drastique des bénéfices et possibilités d’investissements des firmes si elles opèrent dans les secteurs où le Front Populaire veut imposer un blocage des prix. « Si on veut précipiter la faillite d’entreprises allons-y gaiement », a résumé le patron du Medef, Patrick Martin. Le NPF veut aussi abroger les réformes de l’assurance chômage et des retraites, la loi contre les squatteurs, celle sur l’immigration, supprimer la possibilité d’expulser des locataires mauvais payeurs, rétablir l’ISF à hauteur de 3 %, supprimer la flat tax sur les revenus financiers, instaurer une taxation jusqu’à 90 % pour les plus hauts revenus, rétablir l’exit tax contre ceux qui expatrient leur patrimoine, augmenter de 10 % le point d’indice des fonctionnaires, recruter « massivement » dans les services publics et conditionner les aides aux entreprises au respect de critères environnementaux, sociaux et de lutte contre les discriminations.
Jordan Bardella et Eric Ciotti sont apparus pour la première fois côte à côte depuis l’annonce de leur alliance – pour le Rassemblement national et ses partenaires. M. Bardella a promis un audit des comptes publics pour y remettre « de l’ordre » et s’est engagé à supprimer « intégralement » la CVAE, un impôt de production qui pèse sur les entreprises – cette dernière mesure étant également défendue par la majorité. Il s’est montré hésitant sur l’abrogation promise du système de retraite par répartition, au demeurant gravement menacé par la démographie (« on n’a absolument pas compris quel serait le calendrier et la réalité » de l’abrogation de la réforme, a réagi Patrick Martin, qui a fustigé comme totalement irréaliste les programmes du RN comme de NFP).
Le sénateur LR « canal-historique » (qui a essayé d’expulser son président Eric Ciotti), Bruno Retailleau a critiqué le modèle du « social étatisme » en place « depuis des années ». Il a plaidé pour « plus de croissance » en misant sur la compétitivité et la productivité, et « moins de dépenses », évoquant la nécessité de réaliser 100 milliards d’euros d’économies. Fort juste, dommage que LR n’ait jamais tenté cela quand il était au pouvoir…
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