Clara Chappaz, ministre déléguée à l’Intelligence artificielle, a annoncé le lancement de « Osez l’IA », un plan destiné à « diffuser massivement l’intelligence artificielle dans toutes les entreprises françaises » : 50 % des TPE, 60 % des PME/ETI et 100 % des grands groupes devront adopter l’IA d’ici 2030. Pour cela, l’État mobilise un collectif d’acteurs publics et privés (BPI France, La French Tech, CCI France), promet une « Académie de l’IA » disponible dès la fin de l’année 2025 pour former 15 millions de professionnels, et prévoit un fond de 200 millions d’euros pour « co-financer » un diagnostic IA, « identifier la solution adaptée » et « accompagner sa mise en œuvre ».
Pour quelle raison l’État devrait-il s’en mêler ? Si les entreprises ont intérêt à adopter des outils qui reposent sur l’IA, elles le feront d’elles-mêmes, à leur rythme, en fonction de leurs besoins réels. Nul besoin d’un plan national, d’un fonds public, ni d’un réseau d’ambassadeurs subventionnés pour y parvenir. Comme le dit Mme Chappaz, l’IA est un levier de croissance, de productivité et de compétitivité, mais ce n’est pas un programme d’État, encore moins une politique économique. Les 200 millions d’euros dédiés à cette campagne d’évangélisation numérique auraient pu être épargnés ou rendus aux Français au lieu de financer des diagnostics, des plateformes ou des formations qui ont surtout vocation à occuper l’agenda de fonctionnaires improductifs et grassement payés.
Ensuite, cette obsession pour les « stratégies nationales » et ce goût pour la planification économique expliquent bien le retard de la France (et par extension, de l’Europe) par rapport aux États-Unis en matière d’IA. L’histoire économique montre que ce sont les entreprises, les innovateurs et les investisseurs privés qui portent les révolutions technologiques, et non les ministères ou leurs circulaires. L’État n’est pas en mesure de décider du niveau d’adoption technologique des entreprises, pour la simple et bonne raison qu’il ne dispose pas, à son échelle, de l’information nécessaire. Si des ministres comme Clara Chappaz veulent vraiment apporter leur pièce à l’édifice et favoriser l’innovation, qu’ils commencent par alléger les charges, simplifier le droit du travail, réduire la fiscalité et préserver la sécurité juridique. Le reste – adoption de l’IA comprise – se fera spontanément.
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