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jeudi 5 novembre 2026

Pologne : deux présidents pour un seul tribunal

Temps de lecture : 2 minutes

Imbroglio juridique et politique en Pologne. Vendredi 30 octobre, sept juges élus par la Diète sont entrés dans les locaux du Tribunal constitutionnel, la plus haute juridiction du pays, escortés par des agents du Service de protection de l’État. Dans la foulée, la juge Anna Korwin-Piotrowska a annoncé la suspension pour un mois du président de l’institution, Bogdan Swieczkowski, et de son vice-président, Bartlomiej Sochanski, avant de prendre elle-même la tête du Tribunal. Le camp présidentiel accuse le gouvernement d’avoir envoyé les forces de l’ordre pour s’emparer de la juridiction ; le ministre de la Justice en donne une version différente. Karol Nawrocki, rentré en urgence d’un déplacement au Sénégal, s’est rendu le soir même au Tribunal, où des échauffourées l’ont opposé à plusieurs juges.

Le gouvernement reproche au président, élu en juin 2025 avec le soutien du parti PiS, d’avoir refusé de faire prêter serment à cinq des huit juges élus par la Diète en mars dernier, ce qui, effectivement, n’est pas plus légal que l’irruption au Tribunal. La Commission de Venise a validé début octobre une procédure de serment écrit pour ces cinq juges.

L’assemblée générale convoquée mardi par Anna Korwin-Piotrowska pour sortir de l’impasse institutionnelle a échoué. Huit juges nommés par l’actuelle coalition pro-européenne y ont participé ; sept juges désignés par le passé par les nationalistes s’en sont tenus à l’écart, refusant toute légitimité à la réunion. Or le quorum est de dix juges sur quinze : la séance ne pouvait pas se tenir.

Mardi, Karol Nawrocki a répété que les récents événements n’avaient « aucun fondement juridique », accusant le Premier ministre de commettre « un crime contre la Constitution polonaise » et promettant d’user de toutes ses prérogatives « pour empêcher cette tentative de renversement de l’ordre constitutionnel de la République de Pologne ». Donald Tusk lui a répondu qu’il « choisit une confrontation par la force, qui peut coûter très cher à la Pologne ».

Si personne n’est irréprochable dans cette affaire, elle souligne surtout le problème de l’impartialité de la justice en Pologne, sur fond de tensions exacerbées entre les centristes menés par Donald Tusk et les nationalistes, deux courants autrefois alliés au sein de Solidarité, sous le régime communiste.

Si les médias mainstream en France et la Commission européenne reprochent aux nationalistes d’avoir nommé des juges alignés politiquement ces dernières années, ce qui n’est pas faux, ils oublient de préciser que la nomination des membres du Conseil constitutionnel français est elle aussi éminemment politique : trois des neuf membres n’ont aucune expérience du droit. Ils passent également sous silence le fait que la majorité sortante de Plateforme civique, le parti de Donald Tusk, et de son allié paysan avait fait élire en urgence cinq juges par la Diète le 8 octobre 2015, quelques semaines avant l’arrivée au pouvoir des nationalistes et à rebours des usages, dont deux à des sièges qui n’étaient pas encore vacants. Le Tribunal a jugé ces deux nominations inconstitutionnelles.

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7 réponses

  1. Tout cela n’est pas limpide… Il semble qu’on assiste à une lutte entre nationalistes et européistes mondialistes qui frôle le coup d’état … Cela mériterait d’être dit plus clairement !

  2. Une seule conclusion : la magouille est universelle et éternelle, la seule variable est son intensité, selon les lieux, les hommes et la période de l’histoire.

  3. Ne rigolez pas trop, nous avons les mêmes à la maison, et ce qui arrive en Pologne nous pend au nez, en pire.

  4. Merci pour cet article qui apporte la nuance et qui renvoie dos à dos les protagonistes, ce que les médias « main stream » se gardent bien de faire, puisqu’ils sont dans le camp du bien. Tout ceci démontre que « l’état de droit » , tel qu’il est pratiqué et revendiqué dans une société hyper-polarisée , est un cache-sexe voire franchement une mascarade comme en Pologne. On voit bien un peu partout que la magistrature qui tranche les questions de constitutionnalité s’est laissée envahir par la politique, avec des magistrats qui « font le job », dire le droit que souhaite la main qui les nourrit. il faut reconnaitre à leur décharge que les constitutions et les déclarations et chartes solennelles de toute sorte que l’on croyait sacrées sont devenues un fourre-tout qu’on change au gré des humeurs pour plaire au bon peuple. Pourquoi ne pas désigner les magistrats des cours constitutionnelles pour des mandats limités par roulement et par élection directe au suffrage universel pour s’assurer qu’ils représentent l’état des mœurs dans une société donnée et la compréhension collective des droits et libertés constitutionnelles, et non pas des groupes d’intérêt d’un camp ou de l’autre ?

  5. C’est très clair : Tusk, européiste convaincu, ne veut plus de nationalistes dans son champ de vision. Si ce n’est pas un coup d’État c’est très bien imité.

  6. C’est en effet un test de la robustesse des institutions démocratiques polonaise qui fait réfléchir à la faiblesse des institutions françaises, largement mises à mal par le décennat socialiste de Macron le bébé Hollande.

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