La réforme des tickets-restaurant présentée par Véronique Louwagie, ministre déléguée chargée du commerce, suscite l’opposition des restaurateurs, inquiets de voir leurs marges fondre au profit de la grande distribution. À l’inverse, les bénéficiaires semblent plutôt satisfaits : dématérialisation, utilisation le dimanche, maintien de leur usage en supermarché, validité dans toute la France… Ces querelles ne doivent pas faire oublier l’essentiel : c’est le principe même des tickets-restaurant qu’il faut remettre en question.
Créés dans les années 1960 sur le modèle des meal voucher britanniques, les tickets-restaurant sont exonérés de cotisations sociales dans la limite d’un certain plafond. Leur fonctionnement est cependant coûteux et infantilisant. Coûteux, parce que les émetteurs (Edenred, Swile, Up, etc.) prélèvent une commission à chaque transaction, intégralement supportée par le commerçant et invisible aux yeux du salarié (entre 3 et 5 %, voire plus). Infantilisant, parce qu’il contraint la manière dont les revenus sont utilisés et suppose que le salarié n’est pas capable de gérer lui-même son pouvoir d’achat.
La colère des restaurateurs est compréhensible, mais elle ne saurait justifier le maintien d’un système opaque, subventionné et arbitraire qui représente près de 10 milliards d’euros chaque année. Qu’une part de la restauration repose sur ce mécanisme montre à quel point l’économie française dépend de fausses incitations.
Une vraie réforme ne consiste pas à changer les modalités d’utilisation des tickets-restaurant. Elle implique de supprimer ce symbole de capitalisme de connivence, source d’entrepreneuriat improductif et de faire profiter les salariés d’un salaire complet. Ce serait à la fois un gain de transparence et de liberté. Il est temps de redonner aux Français la pleine propriété de leur rémunération.
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2 réponses
Entièrement d’accord avec cet article
Il en est de même du chèque vacance. Et si on laissait l’entreprise et son comité d’établissement traiter ces aspects de la vie au travail sans que l’État s’en occupe !