Créateur du statut de l’auto-entrepreneur, Hervé Novelli veut donner un second souffle à son bébé en permettant l’union d’un jeune et d’un senior autour d’une mission commune pour une entreprise cliente.
Le 13 octobre 2026, Hervé Novelli, secrétaire d’État chargé des PME dans le gouvernement Fillon II (2007-2010), créateur du statut de l’auto-entrepreneur – qu’il persiste à appeler ainsi et non de son nouveau nom de micro-entrepreneur – réunissait tout un aréopage de célébrités (David Lisnard, Alexandre Jardin, Pierre Gattaz…) et d’inconnus pour présenter sa nouvelle idée : rassembler les jeunes et les seniors autour d’une mission commune grâce à l’auto-entrepreneuriat.
Un duo jeune et senior en mission pour une entreprise
Hervé Novelli part d’un double constat : l’échec relatif de la retraite progressive – même si elle connaît un regain depuis quelques mois dû à des mesures d’assouplissement – et au cumul emploi-retraite qui a progressé (+15%) depuis la réforme de 2023, mais reste inférieur en France à la moyenne de l’OCDE (+/- 10% contre 20%) d’une part ; et les difficultés d’insertion des jeunes sur le marché du travail (avec un taux de chômage de 21,5% en France contre 15,4% en moyenne dans l’Union européenne (UE) et même 11% dans l’OCDE, d’autre part.
Pour l’ancien ministre, ces deux échecs ont une cause commune : la réglementation et le coût du travail salarié. S’il faut continuer à se battre pour diminuer l’une et l’autre, il peut être malin de les contourner grâce à l’entrepreneuriat.
Le dispositif qu’il propose, via son Cercle des entrepreneurs engagés (CEE), consiste à unir un jeune de moins de 25 ans et un senior de plus de 60 ans – Hervé Novelli utilise plutôt le mot « aîné » – (auto-)entrepreneurs tous les deux, afin de réaliser ensemble une mission pour une entreprise cliente.
Chacun voit bien l’intérêt de cette combinaison, pour le jeune – qui acquiert une première expérience et un revenu –, le senior – qui continue à avoir une activité professionnelle, transmet ses savoirs et complète sa pension – et l’entreprise – qui limite les risques liés au contrat de travail.
Hervé Novelli est persuadé que son dispositif pourrait donner du travail à plus de 100.000 jeunes dans les six premiers mois de sa mise en œuvre. Il est vrai qu’il est susceptible d’améliorer le taux d’emploi (rapport entre le nombre de personnes employées et la population en âge de travailler) des jeunes qui, même s’il a considérablement progressé ces dernières années, reste structurellement inférieur à la moyenne de l’UE : 77,8% contre 83% pour les jeunes diplômés depuis un à trois ans. Tout comme celui des seniors de 55 à 64 ans d’ailleurs : 61,7% en France contre 66,4% en moyenne dans l’UE.
Réconcilier les générations
L’idée d’Hervé Novelli pourrait également réconcilier les jeunes et les seniors que l’on a tendance aujourd’hui à opposer, les retraités « nantis » étant considérés responsables de la précarité des jeunes : il faudrait dans cette optique taxer les uns et subventionner les autres pour retrouver la concorde sociale.
Les réunir dans l’entrepreneuriat est plus pertinent, d’autant qu’il a le vent en poupe. Comme vient de le publier l’Insee, le nombre cumulé d’entreprises créées de juillet à septembre 2026 augmente de 16% par rapport à la même période un an auparavant. Les créations d’entreprises individuelles classiques progressent fortement (+23,2%), tout comme les immatriculations de micro-entrepreneurs (+18,6%). Manifestement, la situation économique difficile que nous connaissons ne freine pas les ardeurs. Elle semble même les stimuler.
Une enquête d’opinion, réalisée pour le CEE en janvier 2026, montre que 61% des 18-24 ans, et 56% des 25-34 ans, pensent que les entrepreneurs sont les plus capables de créer de la croissance et de l’emploi. Pour l’ensemble des Français, c’est 74% ; pour les 65 ans et plus, 87%. Beaucoup trop de jeunes croient encore qu’en la matière, l’action du gouvernement (41% des 18-24 ans et 39% des 25-34 ans) et de l’administration (30% des 18-24 ans et 27% des 25-34 ans) est essentielle. Chez les 65 ans et plus, ces deux acteurs ne recueillent respectivement que 24% et 10%.
Faire se côtoyer juniors et seniors pour entreprendre ensemble permettrait assurément de corriger quelques-unes des fake news colportées par l’école et l’université sur l’entreprise.
Réhabiliter le statut de l’auto-entrepreneur
Le Cercle des entrepreneurs engagés (CEE) et Hervé Novelli entendent, par ailleurs, réhabiliter le statut de l’auto-entrepreneur, constamment attaqué et remis en cause. Dernièrement, ce sont les inspections générales des finances (IGF) et des affaires sociales (IGAS) qui ont publié un rapport critique sur le régime, l’accusant, entre autres choses, d’être responsable de 5,5 milliards d’euros de pertes annuelles de recettes sociales et de 400 millions d’euros de recettes fiscales. Comme si tous les auto-entrepreneurs, s’ils n’avaient pu bénéficier de ce statut, fussent devenus ou entrepreneurs individuels classiques ou salariés. En réalité, beaucoup seraient devenus chômeurs !
Les inspections générales font, dans leur rapport, une dizaine de propositions qui, si elles étaient retenues – par exemple, l’introduction de cotisations minimales en l’absence de chiffre d’affaires ou la réservation de la franchise de TVA aux seuls micro-entrepreneurs exerçant à titre accessoire –, signeraient probablement la fin de l’auto-entrepreneuriat.
C’est dire qu’Hervé Novelli aura les plus grandes difficultés à vendre son projet « Un jeune, un aîné, une entreprise ». Il le peaufine actuellement avec des spécialistes de droit social, des responsables de plateformes de mises en relation et des représentants des auto-entrepreneurs afin de le sécuriser juridiquement. Il voudrait ensuite que des candidats à l’élection présidentielle de 2027 s’en emparent et s’engagent à le mettre en œuvre.
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