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lundi 14 septembre 2026

Punir les retraités, la solution de facilité d’un État qui refuse de se réformer

Temps de lecture : 2 minutes

Ce week-end, Sébastien Lecornu a lancé une concertation sur la « participation des retraités au redressement des finances publiques ». Traduction : désindexation des pensions et rabotage de l’abattement de 10 %. « Aucune pension ne diminuera », jure Roland Lescure — mais l’abattement, lui, « peut se poser ». On ne « matraque » pas les retraités : on leur demande seulement de « participer ». Nuance.

S’en prendre aux retraités c’est la voie de la facilité. Taxer les retraités, c’est refuser deux réformes. Celle de l’État, d’abord : raboter une pension est plus simple que de fermer une agence inutile ou de baisser le nombre de fonctionnaires. Chaque euro pris à un retraité dispense de faire une économie correspondante ailleurs — la facilité du percepteur des impôts contre le courage du réformateur. Et comme la facilité ne règle rien, on recommence : après le gel, la sous-indexation jusqu’en 2030 ; après l’abattement, autre chose.

C’est aussi refuser de réformer le système lui-même. Si l’on doit geler les pensions chaque année pour boucler les comptes, c’est que la répartition est à bout de souffle : trop peu d’actifs pour trop de retraités. La vraie réforme, c’est la capitalisation. C’est ce que qu’expose l’IREF dans une étude récente, qui montre la manière d’y parvenir et donne plusieurs exemples étrangers. Et qu’on ne dise pas que la capitalisation serait étrangère au modèle français : elle existe déjà — soigneusement réservée à ceux qui la refusent aux autres. Les fonctionnaires disposent, depuis 2005, de leur propre fonds de pension par capitalisation, l’ERAFP ; les sénateurs, de régimes maison particulièrement avantageux. Ceux-là mêmes qui expliquent doctement aux salariés du privé que la capitalisation serait dangereuse, mais capitalisent tranquillement pour eux-mêmes.

Enfin, un retraité du privé n’a pas dilapidé les deniers publics. Il a cotisé quarante ans, sur son salaire, pour financer un système qu’on lui a imposé. Sa « participation », il l’a déjà versée. Lui en réclamer une autre, c’est le faire payer deux fois pour une faillite qui n’est pas la sienne, mais celle de l’État : près de 57 % du PIB de dépenses publiques, un déficit qui dépassera 5 % en 2026, une dette de plus de 3 300 milliards d’euros. C’est la faillite d’un État obèse qui dépense plus que tous ses voisins pour un service qui se dégrade.

Pour survivre politiquement, le gouvernement a suspendu la réforme de 2023, puis se tourne vers les retraités pour combler le trou qu’il a lui-même creusé en refusant les réformes structurelles. Moins on réforme, plus on taxe. Les retraités ne sont pas le problème : ils sont la solution de facilité d’un État qui a peur de s’attaquer aux vraies tares de la France.

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