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lundi 28 septembre 2026

SMIC à 1 700 euros : la promesse du PS peut coûter jusqu’à 150 000 emplois

Temps de lecture : 4 minutes

Dans son contre-budget pour 2027, le groupe socialiste promet un SMIC à 1 700 euros nets. Il compte y parvenir d’abord par une CSG progressive qui priverait les comptes sociaux d’une dizaine de milliards d’euros. Si la hausse passait par le salaire, nos simulations font basculer 1,6 million de salariés supplémentaires au salaire minimum et menace 150 000 emplois. Dans les deux cas, quelqu’un paie.

Présenté le 16 septembre à l’Assemblée nationale, le contre-budget socialiste aligne les taxes nouvelles, taxe Zucman en tête. Il promet aussi un SMIC à 1 700 euros nets. Depuis la revalorisation automatique du 1er juin 2026, le SMIC est à 12,31 euros bruts de l’heure, soit 1 867,02 euros bruts et 1 477,93 euros nets par mois pour un temps plein. Atteindre 1 700 euros nets suppose donc de trouver 222 euros, soit 15 % de plus.

Deux modalités, deux factures

Le PS a choisi le chemin fiscal. La CSG progressive ferait tomber le taux de 9,2 % à 0,55 % au niveau du SMIC, ce qui rapporterait environ 130 euros nets par mois au salarié sans rien coûter à l’employeur. Le procédé a un prix : une dizaine de milliards d’euros de recettes en moins pour la Sécurité sociale, à financer par les taxes nouvelles du même contre-budget. Restent une petite centaine d’euros, que les socialistes attendent d’une « conférence sociale pour augmenter les salaires », c’est-à-dire du salaire brut : une hausse d’environ 6 %, qui porterait le SMIC brut à près de 1 985 euros. Le PS ajoute une seconde contrainte sur le travail en inscrivant 4 milliards d’euros de recettes tirées de la révision des exonérations patronales, autrement dit un alourdissement direct du coût du travail au voisinage du SMIC.

Reste à mesurer ce que produirait l’autre chemin, celui que réclament la CGT et une partie de la gauche : un SMIC à 1 700 euros entièrement porté par le salaire. C’est le scénario que nous avons simulé, et il donne la mesure du risque maximal.

Une hausse qui se diffuse bien au-delà du SMIC

Une telle revalorisation ne s’arrêterait pas aux salariés payés au minimum. Pour préserver la hiérarchie des rémunérations, les salaires légèrement supérieurs augmenteraient eux aussi. Nous supposons que cet « effet de diffusion » se transmet de façon dégressive : fort juste au-dessus du minimum, il s’éteint à 1,7 SMIC. C’est une hypothèse de travail, non un coefficient officiel. L’essentiel du surcoût vient des salariés situés juste au-dessus de ceux payés au SMIC.

1,6 million de salariés touchant le SMIC supplémentaires

La revalorisation du SMIC au 1er novembre 2024 a relevé mécaniquement la rémunération de 12,4 % des salariés du privé non agricole, soit 2,2 millions de personnes, selon la Dares. Un SMIC relevé de 15 % ferait basculer au nouveau plancher tous ceux qui sont aujourd’hui payés moins de 1,15 SMIC, et porterait cette proportion au-delà de 20 % : environ 1,6 million de salariés supplémentaires. La « smicardisation » du pays, déjà à l’œuvre, changerait alors d’échelle.

C’est le mécanisme classique de la trappe à bas salaires, décrit dès 1998 par le rapport Malinvaud, puis par la littérature économique. Les allègements de cotisations étant concentrés près du SMIC et indexés sur lui, chaque euro accordé au-dessus du plancher coûte cher à l’employeur, qui a intérêt à y maintenir les rémunérations. Selon le Conseil d’analyse économique, « pour les salariés rémunérés entre le Smic et le salaire médian, une hausse de 100 euros du revenu disponible peut ainsi nécessiter entre 300 et 400 euros de coût salarial supplémentaire pour l’employeur ». Nous avons souvent dénoncé ces effets pervers des aides publiques à l’emploi. Relever brutalement le plancher, c’est y faire tomber davantage de salariés.

Jusqu’à 150 000 emplois menacés

Pour estimer l’effet sur l’emploi, nous retenons une élasticité de l’emploi au coût du travail de −0,4 au niveau du SMIC, décroissante avec le salaire. L’hypothèse est prudente : dans sa spécification centrale, le rapport Bozio-Wasmer de 2024 retient −0,6 au niveau du SMIC, une valeur qu’Antoine Bozio a confirmée devant le Sénat. Les avis restent toutefois partagés sur l’ampleur exacte de cet effet.

Avec cette hypothèse, la simulation aboutit à environ 150 000 emplois détruits, soit 0,8 % de l’emploi privé. Ce n’est pas une prévision mécanique du chômage : un emploi supprimé ne correspond pas forcément à un chômeur de plus au sens du BIT. Mais l’ordre de grandeur mesure le risque. Et dans la version socialiste, où l’essentiel de la hausse passe par la CSG, l’effet sur l’emploi serait plus faible : la facture glisse alors vers des finances publiques déjà très dégradées.

Rapporté au salaire médian des salariés à temps plein, le SMIC brut atteint déjà 62,5 % en France, selon les données de l’OCDE. C’est le niveau le plus élevé d’Europe, devant le Royaume-Uni (62 %), la Pologne (59 %), le Portugal (59 %), l’Espagne (55 %), l’Allemagne (50 %) et la Belgique (47 %). La moyenne des pays de l’OCDE dotés d’un salaire minimum légal s’établit autour de 55 %. L’IREF le relevait déjà en 2019 : un SMIC élevé est synonyme de stagnation salariale.

Relevé de 15 %, le SMIC frôlerait 72 % du salaire médian. Parmi les pays de l’OCDE, seuls la Colombie, le Costa Rica et le Mexique atteignent un tel niveau. La directive européenne de 2022 sur les salaires minimaux retient pourtant 60 % du salaire brut médian comme valeur de référence — un article que la Cour de justice de l’Union européenne a expressément maintenu en novembre 2025, alors même qu’elle annulait d’autres dispositions du texte.

Au total, la promesse socialiste se paie deux fois. Par le salaire, elle tasserait 1,6 million de salariés supplémentaires au plancher et menacerait quelques 150 000 emplois. Par la CSG, elle creuserait d’une dizaine de milliards un déficit social déjà hors de contrôle. Le pouvoir d’achat des bas salaires ne se décrète pas : il passe par la baisse du coût du travail, pour que les salaires puissent enfin progresser.

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