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lundi 19 octobre 2026

SMIC à 1 700 euros : la promesse du PS peut coûter jusqu’à 150 000 emplois

Temps de lecture : 4 minutes

Dans son contre-budget pour 2027, le groupe socialiste promet un SMIC à 1 700 euros nets. Il compte y parvenir d’abord par une CSG progressive qui priverait les comptes sociaux d’une dizaine de milliards d’euros. Si la hausse passait par le salaire, nos simulations font basculer 1,6 million de salariés supplémentaires au salaire minimum et menace 150 000 emplois. Dans les deux cas, quelqu’un paie.

Présenté le 16 septembre à l’Assemblée nationale, le contre-budget socialiste aligne les taxes nouvelles, taxe Zucman en tête. Il promet aussi un SMIC à 1 700 euros nets. Depuis la revalorisation automatique du 1er juin 2026, le SMIC est à 12,31 euros bruts de l’heure, soit 1 867,02 euros bruts et 1 477,93 euros nets par mois pour un temps plein. Atteindre 1 700 euros nets suppose donc de trouver 222 euros, soit 15 % de plus.

Deux modalités, deux factures

Le PS a choisi le chemin fiscal. La CSG progressive ferait tomber le taux de 9,2 % à 0,55 % au niveau du SMIC, ce qui rapporterait environ 130 euros nets par mois au salarié sans rien coûter à l’employeur. Le procédé a un prix : une dizaine de milliards d’euros de recettes en moins pour la Sécurité sociale, à financer par les taxes nouvelles du même contre-budget. Restent une petite centaine d’euros, que les socialistes attendent d’une « conférence sociale pour augmenter les salaires », c’est-à-dire du salaire brut : une hausse d’environ 6 %, qui porterait le SMIC brut à près de 1 985 euros. Le PS ajoute une seconde contrainte sur le travail en inscrivant 4 milliards d’euros de recettes tirées de la révision des exonérations patronales, autrement dit un alourdissement direct du coût du travail au voisinage du SMIC.

Reste à mesurer ce que produirait l’autre chemin, celui que réclament la CGT et une partie de la gauche : un SMIC à 1 700 euros entièrement porté par le salaire. C’est le scénario que nous avons simulé, et il donne la mesure du risque maximal.

Une hausse qui se diffuse bien au-delà du SMIC

Une telle revalorisation ne s’arrêterait pas aux salariés payés au minimum. Pour préserver la hiérarchie des rémunérations, les salaires légèrement supérieurs augmenteraient eux aussi. Nous supposons que cet « effet de diffusion » se transmet de façon dégressive : fort juste au-dessus du minimum, il s’éteint à 1,7 SMIC. C’est une hypothèse de travail, non un coefficient officiel. L’essentiel du surcoût vient des salariés situés juste au-dessus de ceux payés au SMIC.

1,6 million de salariés touchant le SMIC supplémentaires

La revalorisation du SMIC au 1er novembre 2024 a relevé mécaniquement la rémunération de 12,4 % des salariés du privé non agricole, soit 2,2 millions de personnes, selon la Dares. Un SMIC relevé de 15 % ferait basculer au nouveau plancher tous ceux qui sont aujourd’hui payés moins de 1,15 SMIC, et porterait cette proportion au-delà de 20 % : environ 1,6 million de salariés supplémentaires. La « smicardisation » du pays, déjà à l’œuvre, changerait alors d’échelle.

C’est le mécanisme classique de la trappe à bas salaires, décrit dès 1998 par le rapport Malinvaud, puis par la littérature économique. Les allègements de cotisations étant concentrés près du SMIC et indexés sur lui, chaque euro accordé au-dessus du plancher coûte cher à l’employeur, qui a intérêt à y maintenir les rémunérations. Selon le Conseil d’analyse économique, « pour les salariés rémunérés entre le Smic et le salaire médian, une hausse de 100 euros du revenu disponible peut ainsi nécessiter entre 300 et 400 euros de coût salarial supplémentaire pour l’employeur ». Nous avons souvent dénoncé ces effets pervers des aides publiques à l’emploi. Relever brutalement le plancher, c’est y faire tomber davantage de salariés.

Jusqu’à 150 000 emplois menacés

Pour estimer l’effet sur l’emploi, nous retenons une élasticité de l’emploi au coût du travail de −0,4 au niveau du SMIC, décroissante avec le salaire. L’hypothèse est prudente : dans sa spécification centrale, le rapport Bozio-Wasmer de 2024 retient −0,6 au niveau du SMIC, une valeur qu’Antoine Bozio a confirmée devant le Sénat. Les avis restent toutefois partagés sur l’ampleur exacte de cet effet.

Avec cette hypothèse, la simulation aboutit à environ 150 000 emplois détruits, soit 0,8 % de l’emploi privé. Ce n’est pas une prévision mécanique du chômage : un emploi supprimé ne correspond pas forcément à un chômeur de plus au sens du BIT. Mais l’ordre de grandeur mesure le risque. Et dans la version socialiste, où l’essentiel de la hausse passe par la CSG, l’effet sur l’emploi serait plus faible : la facture glisse alors vers des finances publiques déjà très dégradées.

Rapporté au salaire médian des salariés à temps plein, le SMIC brut atteint déjà 62,5 % en France, selon les données de l’OCDE. C’est le niveau le plus élevé d’Europe, devant le Royaume-Uni (62 %), la Pologne (59 %), le Portugal (59 %), l’Espagne (55 %), l’Allemagne (50 %) et la Belgique (47 %). La moyenne des pays de l’OCDE dotés d’un salaire minimum légal s’établit autour de 55 %. L’IREF le relevait déjà en 2019 : un SMIC élevé est synonyme de stagnation salariale.

Relevé de 15 %, le SMIC frôlerait 72 % du salaire médian. Parmi les pays de l’OCDE, seuls la Colombie, le Costa Rica et le Mexique atteignent un tel niveau. La directive européenne de 2022 sur les salaires minimaux retient pourtant 60 % du salaire brut médian comme valeur de référence — un article que la Cour de justice de l’Union européenne a expressément maintenu en novembre 2025, alors même qu’elle annulait d’autres dispositions du texte.

Au total, la promesse socialiste se paie deux fois. Par le salaire, elle tasserait 1,6 million de salariés supplémentaires au plancher et menacerait quelques 150 000 emplois. Par la CSG, elle creuserait d’une dizaine de milliards un déficit social déjà hors de contrôle. Le pouvoir d’achat des bas salaires ne se décrète pas : il passe par la baisse du coût du travail, pour que les salaires puissent enfin progresser.

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13 réponses

  1. Cela semble assez aisé d’être homme politique et de gérer un payer. La seule idée qui soit trouvée par chaque gouvernement est de taxer, taxer et encore taxer pour distribuer, distribuer et encore distribuer. Et les gagnants à ce jeu sont les socialistes !!!! Aurions-nous récupéré toutes les brêles en politique ????

  2. Quelle ingéniosité apparente pour essayer de conquérir des électeurs. Et ce n’est pas fini, encore 8 mois avant les élections, il va y avoir une déferlante de propositions plus ou moins réalistes, voire en partie loufoques, pour enrichir les électeurs potentiels encore indécis. Mais ce ne sont pas les propositions pour que l’État diminue la gabegie ou fasse des économies qui vont encombrer les médias.

  3. Le SMIC n’est ni plus ni moins que l’interdiction par la loi de travailler légalement lorsque la valeur ajoutée par le travailleur est insuffisante. Augmenter le SMIC, c’est soit mettre au chômage ceux qui ne peuvent plus travailler, soit de les faire travailler au noir avec les pertes fiscales que cela entraîne. Ces deux options ne s’excluent pas mutuellement. Il conviendrait aussi de prendre en compte l’effet du découragement d’autres travailleurs qui paieront la note. La productivité française en serait réduite, une fois de plus.

    1. Absolument, le Smic vise en effet à faire le tri entre les employeurs ayant l’envergure pour relever la valeur ajoutée du travail et ceux qui devraient repasser entrepreneurs individuels, voire repasser salariés, mais un recruteur ne voudra généralement pas d’un ex-chef d’entreprise car il part du principe que c’est un insupportable prétentieux doublé d’un incapable, sinon, il serait encore à la tête de son entreprise et en 2026, la place d’un loser est au RSA, point.

  4. Le SMIC est déjà trop élevé en france avec ses effets pervers donc inutile d en rajouter une couche d autant plus que les caisses sont désespérément vides
    Malheureusement la démagogie est un sport national

  5. Petit lexique d’économie :
    – Ne pas oublier que c’est l’employeur qui fixe la salaire et pas un autre .
    -Si l’employé trouve meilleur compte ailleurs , rien ne l’empêche d’y donner suite .
    -Si l’employeur ne fait pas de bénéfices suffisants , il ne pourra pas payer davantage
    – Comment l’employeur peut-il gagner davantage avec un gouvernement qui se goinfre à ne rien faire?
    – Tuons l’ogre avant qu’il ne nous dévore ( vieux proverbe gallois je crois : We must kill the ogre before he devors us )
    – L’employeur a besoin de l’employé autant que l’employé de l’employeur.

    Moralité : un accord intelligent vaut mieux qu’une pression malsaine .

    1. Dans l’équation, vous oubliez une inconnue, LE CLIENT et en France, le client est traditionnellement un rentier oisif et pour ne rien arranger, le cadre légal permettait à l’employeur de reporter intégralement la pression du client sur l’employé ne pouvant que subir ou bien finir à plus ou moins brève échance déporté à Cayenne…

      1. Vous ne répondez pas directement à l’analyse sur les conséquences d’un SMIC à 1700 euros, et votre commentaire ressemble davantage à une prise de position qu’une objection économique. Caricaturer des références du 19e siècle n’aidera pas à résoudre un problème de 2026.
        On voit bien que les fournisseurs d’énergie ne se préoccupent pas des clients, faisant monter le prix de l’essence toujours plus haut, pour ne prendre qu’un exemple.

      2. Votre commentaire n’apporte rien à l’analyse des conséquences d’un SMIC à 1700 euros, et ressemble davantage à une prise de position qu’une objection économique. Caricaturer des références du 19e siècle n’avancera pas un débat de 2026.
        On voit bien aujourd’hui à quel point les fournisseurs de carburant n’en ont que faire des clients, faisant s’envoler le prix de l’essence.

    2. Le salarié a besoin d un investisseur car ce dernier peut investir dans un autre lieu que celui où réside ce salarié qui est par essence en France peu mobile
      Un investisseur va sélectionner un lieu en fonction de ses besoins en ressources humaines, de l attractivité du lieu, sa localisation par rapport à ses clients…..

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