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vendredi 16 janvier 2026

Un syndicaliste peut-il déclarer n’importe quoi ?

Temps de lecture : 4 minutes

Des déclarations récentes de la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, amènent à s’interroger sur la notion de syndicat.

L’Iref se fait souvent l’écho de la situation paradoxale du syndicalisme en France. D’un côté, les grèves alimentent presque quotidiennement l’actualité ; les dirigeants des syndicats captent la lumière médiatique ; les hommes politiques de tous bords n’ont que les mots de « partenaires sociaux » à la bouche ; et, même s’il a eu tendance à se réduire ces dernières années, le pouvoir de nuisance des syndicats demeure. D’un autre côté, les salariés se syndicalisent de moins en moins, jusqu’à, peu ou prou, ne plus rien représenter dans le secteur privé.

Sophie Binet est-elle une syndicaliste ?

La question pourra surprendre : la secrétaire générale de la CGT est évidemment une syndicaliste, comment peut-on en douter ? Pourtant, il est  légitime de s’interroger après ses déclarations du 2 décembre sur France Inter. Pour bien les comprendre, il faut revenir presque un an en arrière (Le Monde, 2 décembre 2025).

Le 31 janvier sur RTL, Sophie Binet avait, selon son habitude, dit pis que pendre des chefs d’entreprise et plus précisément des patrons de grandes entreprises, en stigmatisant des « rats qui quittent le navire ». Leur objectif unique ? « L’appât du gain ». Ces déclarations ont fait l’objet d’une plainte de la part d’une association de chefs d’entreprise. Entre nous, nous ne voyons pas très bien comment cette plainte pourrait aboutir puisque la cégétiste n’a nullement dit que les patrons étaient des rats (traduction pour Mme Hidalgo : des surmulots), elle a simplement employé une expression populaire. Le but des plaignants était sans doute autre : marquer le coup en signifiant que les patrons ne toléreront plus les dénigrements, les insultes et autres menaces. Toujours entre nous, l’expression n’était peut-être pas déplacée en elle-même, car si les rats quittent le navire, c’est parce qu’il est en train de couler…

Il n’en demeure pas moins que Sophie Binet a fait part de sa mise en examen pour injure publique et c’est à cette occasion qu’elle a déclaré sur France Inter :

« En disant cela, je n’ai fait que mon travail de syndicaliste, à savoir dénoncer les délocalisations et dénoncer les inégalités de répartition des richesses et le fait que les milliardaires payent toujours moins d’impôts et ne se sentent plus responsables de l’emploi en France. » Elle a ajouté : « Nous avons beaucoup de multinationales qui n’en ont rien à faire de l’emploi en France comme LVMH. C’est un handicap pour l’économie française. »

Sophie Binet, syndicaliste ou communiste ?

La presse de gauche s’est insurgée contre la mise en examen de la secrétaire générale de la CGT (L’Humanité, 2 décembre 2025 ; Libération, 2 décembre 2025). Au-delà des analyses rapides, il faut reprendre presque mot pour mot les propos de Sophie Binet. A-t-elle comme elle le prétend « fait son travail de syndicaliste » ? On conçoit que le dirigeant d’un syndicat de salariés ne voie pas d’un bon œil les délocalisations. Mais de quel droit devrait-il s’étouffer devant « les inégalités de répartition des richesses » ? De quel droit devrait-il dénoncer « le fait que les milliardaires payent toujours moins d’impôts » ?

La question est en fait plus large : un syndicaliste en général et un dirigeant de syndicat de salariés en particulier ont-ils, fût-ce pour la galerie, le droit de déclarer n’importe quoi ? Car – tout lecteur de l’Iref le sait – il est controuvé de prétendre que « les milliardaires payent toujours moins d’impôts », de même qu’il est inepte d’alléguer que les « multinationales » sont finalement un handicap pour notre économie.

On ne peut juger des propos qui ont été tenus que si l’on définit ce qu’est un syndicaliste. Mme Binet est sûrement une syndicaliste au sens français du terme. Dans ce cas, tout syndicaliste, par définition mû par l’« intérêt général », doit affronter le régime capitaliste par lequel de très méchants patrons oppriment les gentils ouvriers, encadrés pour le… « bien de l’humanité » par les représentants du personnel et les centrales syndicales. Et conséquemment, il doit être totalement libre de ses propos, comme de ses actes, car la « lutte des classes » est sans merci. En revanche, Mme Binet n’est sûrement pas une syndicaliste au sens que lui donnent les pays civilisés, à savoir des fournisseurs de services pour leurs adhérents.

La vraie fonction du syndicalisme

En effet, un syndicaliste, c’est une personne qui défend des intérêts professionnels communs. « Les syndicats professionnels, dispose l’article L 2131-1 du code du travail, ont exclusivement pour objet l’étude et la défense des droits ainsi que des intérêts matériels et moraux, tant collectifs qu’individuels, des personnes mentionnées dans leurs statuts ». Certes, et c’est toute l’ambiguïté française, la différence entre un syndicat et un parti politique est parfois délicate. Néanmoins, il est établi en jurisprudence que l’objet d’un syndicat ne doit pas être exclusivement politique. La CGT est-elle encore un syndicat lorsque, avec d’autres organisations syndicales, elle soutient officiellement la « flottille internationale en route vers Gaza » ? Ou lorsque sa secrétaire générale, communiste revendiquée, traîne dans la boue tel ou tel grand patron ? Ou bien encore lorsqu’elle éreinte notre fleuron du luxe qu’est LVMH ?

L’Iref l’a dit et répété : il faut mettre fin au financement étatique des syndicats, qui touchent de plus en plus de fonds publics à mesure qu’ils perdent des adhérents. Ils ne doivent plus être des organisations de grévistes professionnels. S’ils ont de moins en moins de succès auprès des fonctionnaires et plus aucun auprès des salariés du secteur privé, c’est parce qu’ils sont considérés, et à juste titre, comme des officines politiques déconnectées des réalités.

Pour le dire autrement, les syndicats devraient être des organisations de la société civile, et non pas des organismes parapublics appartenant en réalité à la sphère de l’État.

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21 réponses

  1. La réponse à la question posée est oui… la CGT a toujours été une annexe du PCF et, comme l’Humanité, financée par les subventions publiques.
    Encore un biais de connivence, car vu le nombre des cotisants, elle est aussi peu représentative que le PS à 1,7% qui mène LREM par le bout du nez.

  2. Les politiciens de pacotille qui nous dirigent ont trop peur des mouvements sociaux et du pouvoir de nuisance des syndicats pour les affronter. Vous parlez de la CGT mais quid de Sud rail et autres organisations aux méthodes brutales et populistes ?

  3. Je partage la quasi totalité de ce qui est écrit à une nuance près. En effet lorsque l’auteur fustige Binet en s’interrogeant de savoir si elle a le droit d’exprimer des points de vue qu’il considère comme politiques, je considère pour ma part qu’elle a le droit d’expression que lui permet la constitution, même si elle décline des « conneries », la chose étant une constante chez elle. De plus même si ses déclarations ont une connotation politique évidente, elle peut même dans le cadre de ses prérogatives syndicales les afficher même si cela est totalement déplacé et n’a rien à voir avec la défense des salariés dont elle se moque éperdument. A l’évidence elle prépare les conditions pour une entrée en politique dans quelques années, pour notre plus grand malheur.

  4. Il ne fait nul doute que madame Binet est une militante d’extrême gauche avant d’être une syndicaliste au service d’employés et pour le bien global de l’Entreprise dont tous profitent. Elle fait partie avec Élise Lucet (France TV) de ces personnes qui démolissent par idéologie le peu qui va bien en France, et cela aux frais des contribuables. Si chacune vivait de ses talents, on ferait des économies et la France redresserait la tête !

    1. Petite différence. Lucet est, elle, grassement payée, je doute que Binet émarge au même niveau.
      D’un autre côté c’est peut être en proportion de leur pouvoir de nuisance à l’économie ?

  5. Cela fait longtemps que ce constat est fait. Mais qui aura le courage politique de supprimer les subventions ou les emplois dédiés.

  6. Dans une République socialiste et très bientôt une démocratie populaire New age, toute personne élue d’avance à la tête d’une structure financée entre autres par des fonds publics utilisés sans véritable contrôle s’auto-considère comme détentrice d’une forme de Pouvoir qui lui permet de s’exprimer à tort et à travers comme bon lui semble dans les médias ravis de l’aubaine.
    En-cas de perte d’un éventuel proces, c’est son syndicat professionnel qui paiera donc le contribuable en bonne partie.
    Vu l’état actuel de la société française , elle devrait récidiver l’an prochain en se prenant pour Louise Michel !!!

  7. Que l’on supprime les subventions de l’état aux syndicats, cela calmera Mme Binet et nous ferons des économiserons de l’argent de nos impôts et des taxes pour alimenter ces caisses qui ne sont pas bénéfique pour les employés du privé qui participe au paiement de ces syndicalistes du public.

  8. « Pour le dire autrement, les syndicats devraient être des organisations de la société civile, et non pas des organismes parapublics appartenant en réalité à la sphère de l’État. »

    De l’état socialiste et seulement socialiste conviendrait-il de bien préciser.

  9. Bien dit
    J’ai jamais compris pourquoi on subventionne ce syndicat communiste dont le seul but est comme leur copain LFI de détruire notre société encore un peu libérale
    Ils se foutent pas mal de leur peu d adhérent et font surtout de la politique
    Il n y’a qu en France où il y’a encore des cocos
    La position de la CFDT est beaucoup plus constructive et syndicale
    En cette période de disette supprimer leur subvention ferait faire des économies certes mais surtout les obligerait à plus d humilité et à plus s occuper de leurs adhérents et en recruter d autres plutôt que de perorer en toute impunité en tant que bons fonctionnaires intouchables

  10. Peut-être qu’un jour en France, nous aurons un président de la république, qui aura le courage d’abroger les ordonnances de 45.
    Cela mettrait fin instantanément au financement des syndicats dit historiques qui reçoivent un pourcentage des cotisations de l’assurance maladie et de l’assurance vieillesse. Argent qui devrait servir à soigner et à payer les retraites des Français. C’est tout simplement inadmissible.

  11. Imposer aux syndicats de vivre uniquement des cotisations de leurs membres et le problème sera vite régler ! Malheureusement, la lâcheté de nos politiques va leur permettre de toujours vivre avec les impôts de ceux qu’ils combattent.

  12. Comme le disait Jean Rochefort dans le film ‘Les Boeuf-Carottes » :
     » Décidément , vous êtes un cas Binet ».
    Cette demoiselle ne vaut pas plus cher que les propos qu’elle tient. Elle devrait s’intéresser de près au rôle tenu par les syndicats allemands qui participent à la vie de leur entreprise pour le meilleure de leur entreprise , c’est à dire le leur .
    Comme quoi ils ne sont pas tous crétins , il suffit de choisir celui qui veut grandie et faire grandir.

  13. Le port de Marseille se retrouve à la 250ième place mondiale des ports!
    Les gentils syndicats y ont organisé 183 jours de grève en 2024!
    Cherchez l’erreur….

  14. A vingt ans, celui qui n’est pas de gauche, c’est qu’il n’a pas de cÅ“ur.
    A quarante ans, celui qui l’est encore, c’est qu’il n’a pas de tête.

    Je ne sais plus de qui c’est mais ça colle dans presque tous les cas, (du moins quand la personne est honnête…)

  15. Dans ce cas, on peut également rebaptiser le MEDEF en MEDAF (mouvement des actionnaires de France au lieu des entrepreneurs lorsqu’il s’en prend à la taxe Zucman?
    La structure du paysage paritaire en France peut être discuté de pas mal de façons, mais ce serait bien de le faire de façon honnête… 😀
    Question bête, l’iref ne serait pas une association loi 1901? Si c’est le cas les dons à l’iref sont tout aussi déductibles que les cotisations syndicales, non?

  16. Il serait temps que l’état cesse de financer les syndicats QUELS QU’ILS SOIENT ! S’ils ne vivaient que des cotisations de leurs adhérents, les choses seraient différentes !
    Ils pourraient vendre les châteaux dont ils sont propriétaires !
    A propos de la « défense des salariés » évoquée par « binette », est-ce pour « défendre l’emploi des Français/Européens » qu’on se laisse envahir par des produits à bas coût, fabriqués par des ouvriers exploités en Asie ?

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