La cégétiste Sophie Binet vient de s’insurger contre sa seconde mise en examen. Le temps où les syndicalistes pouvaient injurier ou diffamer en toute liberté prendrait-il fin ?
En décembre dernier, nous nous demandions si un syndicaliste pouvait déclarer n’importe quoi. Sophie Binet venait d’être mise en examen pour injure publique après qu’elle eut qualifié les chefs d’entreprise délocalisant leur production de « rats qui quittent le navire », ayant pour seul objectif « l’appât du gain ». A l’initiative de la plainte : Ethic, une organisation patronale présidée par la dynamique Sophie de Menthon, qui n’a pas pour habitude de s’en laisser compter. La secrétaire générale de la CGT a été toute surprise de la procédure et la presse de gauche lui a témoigné sa solidarité comme un seul homme.
Une nouvelle plainte en cours
Il y a quelques jours, le 25 mai, Sophie Binet a annoncé une nouvelle mise en examen, cette fois pour diffamation. Lors de la Fête de l’Humanité, le 13 septembre 2025, elle avait avec une grande virulence soutenu les actions de son syndicat au sein de l’entreprise Tefal, dénonçant « une répression patronale violente » en raison d’un avertissement infligé à une représentante du personnel, qui a depuis saisi les prud’hommes. Elle s’est insurgée sur France 2 contre la plainte, accusant Tefal de vouloir « bâillonner les syndicalistes ». La procédure, selon elle, confirmait « l’ampleur de la répression ». Une nouvelle fois, la presse de gauche a été à l’unisson, par exemple La Marseillaise (26 mai 2026) qui a titré : « Sophie Binet : la parole syndicale criminalisée ». De son côté, la CGT s’est fendue le même jour d’un communiqué affirmant que les paroles litigieuses étaient « étayées par les faits » et qu’au demeurant elles étaient… « anodines », ajoutant que « On ne peut pas laisser des multinationales ou des milliardaires multiplier les procédures bâillon sans réagir » !
Le groupe Tefal a immédiatement contesté cette interprétation en affirmant que les nécessaires libertés syndicale et d’expression ne permettaient pas pour autant de diffamer (L’Humanité, 26 mai 2026).
Les patrons se rebiffent
Rappelons tout d’abord un point évident, sauf aux yeux d’un cégétiste sans doute : la présomption d’innocence est un principe essentiel de notre droit pénal comme de toute société civilisée. Elle vaut d’ailleurs tout autant pour Sophie Binet que – n’en déplaise à certains – pour Patrick Bruel. Par voie de conséquence, nous ne nous permettrons pas de considérer que notre cégétiste doit être condamnée, ni au titre de la seconde plainte, ni au titre de la première. Les tribunaux trancheront. Ce que nous voulons ici souligner, c’est le changement en cours qui s’opère au sein de certaines entreprises ou organisations patronales.
En effet, il fut un temps où un syndicaliste, et en particulier un syndicaliste extrémiste, pouvait injurier, diffamer, menacer, appeler au boycott (lorsque celui-ci était encore prohibé) et ce, en toute impunité. Dire pis que pendre du patronat, inévitablement exploiteur, opposé à « l’intérêt général », égoïste, inutile, traître à la patrie, faisait partie du folklore. Quant aux personnes visées, elles faisaient profil bas pour ne pas être traînées dans la boue plus encore, notamment par quelques médias complaisants, et elles laissaient passer l’orage.
Les dirigeants des grandes et moins grandes entreprises auraient-ils lu Ayn Rand ? Dans Atlas Shrugged de 1957, traduit en français sous le nom de La Grève, les héros que sont les entrepreneurs se retirent d’une société corrompue qui les injurie et les traite comme des parasites, alors même qu’ils portent le monde sur leurs épaules.
En l’espèce, les patrons qui ont osé se rebeller contre la communiste Sophie Binet ont franchi un premier pas dans leur quête de respectabilité officielle. Prenons garde à ce qu’ils ne veuillent pas, plus encore qu’ils ne le font déjà, « voter avec leurs pieds » et quitter un pays qui respecte si mal les créateurs de richesses.
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