Le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne sont parvenus à un accord provisoire sur un nouveau règlement destiné à renforcer la politique de retour des étrangers en situation irrégulière. Ce texte doit encore être adopté par les eurodéputés et les États membres. Si tel est le cas, ces derniers pourraient prolonger la durée de rétention de certaines personnes jusqu’à vingt-quatre mois, allonger les interdictions de retour sur le territoire européen jusqu’à dix ans (voire vingt ans dans certains cas) et faciliter la reconnaissance mutuelle des décisions d’expulsion grâce à un « ordre européen de retour » commun.
La mesure la plus débattue concerne toutefois la création possible de « hubs de retour » dans des pays tiers. Concrètement, des États de l’UE pourraient conclure des accords avec des pays situés hors de leur territoire afin d’y transférer des personnes faisant déjà l’objet d’une décision de retour. Les demandeurs d’asile dont le dossier est encore en cours d’examen ne seraient pas concernés par ce dispositif.
Bien évidemment, cette actualité fait réagir, à droite comme à gauche. Le député François-Xavier Bellamy (PPE) estime que ce texte va « révolutionner la politique européenne face à l’immigration illégale ». De l’autre côté, la députée Mélissa Camara (Verts/ALE) considère que l’accord constitue un « recul historique pour les droits fondamentaux des personnes exilées ».
Dans les faits, les chiffres publiés par l’agence européenne de garde-frontières Frontex rappellent que l’immigration illégale est un enjeu majeur. En 2025, environ 178 000 franchissements irréguliers des frontières extérieures de l’Union européenne ont été recensés. Ce chiffre illustre une forte baisse, de 26 %, par rapport à l’année précédente et il est loin du record historique de 2015, avec 1,8 million d’entrées illégales. Deux ans auparavant, en 2023, le nombre d’arrivées illégales sur les terres européennes avait cependant connu un pic, à environ 380 000.
La France est aussi largement concernée par les problèmes migratoires. Bien que les interpellations d’étrangers en situation irrégulière soient un facteur différent de l’immigration illégale, il peut en être un indicateur représentatif. Selon une étude du ministère de l’Intérieur, 192 140 interpellations ont été réalisées en 2025, soit une forte augmentation, de 30,6 %, par rapport à 2024 (+61 % depuis 2022).
Une gestion rigoureuse des flux migratoires en Europe est indispensable. Une immigration non contrôlée met sous pression les capacités d’accueil des États, ce qui peut créer des déséquilibres économiques et sociaux. Elle peut aussi fragiliser les migrants eux-mêmes, qui arrivent souvent dans des situations instables. À l’inverse, une immigration légale et qualifiée, centrée sur le travail, peut répondre aux besoins économiques de l’Europe. Dans un contexte de mondialisation, le libre-échange peut contribuer indirectement au développement économique des pays d’origine, ce qui freinera automatiquement l’immigration illégale.
L’accord trouvé entre le Parlement européen et les États membres ne réglera pas à lui seul tous les défis migratoires de l’Europe. Mais, une politique d’asile ne peut fonctionner durablement que si les décisions de retour sont effectivement appliquées.
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