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mardi 8 septembre 2026

Climat et développement : quelles priorités pour les pays pauvres ?

Temps de lecture : 2 minutes

La priorité accordée au climat par les pays riches ralentit le développement des pays les plus pauvres. C’est ce que soutiennent Indermit Gill, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, et Bjorn Lomborg, président du Copenhagen Consensus Center, dans un article pour le Wall Street Journal.

Les 75 dernières années ont vu une amélioration sans précédent du niveau de vie. En 1950, plus de la moitié de l’humanité vivait dans l’extrême pauvreté. Aujourd’hui, cette proportion est tombée à 7,6 %, un niveau historiquement bas. La durée moyenne de scolarisation a presque triplé, passant de 3,2 à près de 9 ans, tandis que l’accès à l’électricité s’est considérablement développé. Mais depuis 2016, le nombre de personnes pauvres dans le monde ne diminue plus. Selon la Banque mondiale, les progrès du développement sont désormais à leur rythme le plus lent depuis 1950.

Pour les auteurs, ce ralentissement coïncide avec un changement de priorité. En 2016, les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) ont laissé place aux Objectifs de développement durable (ODD), lesquels donnent une place croissante à la lutte contre le changement climatique. Cette priorité s’est notamment imposée dans les banques de développement, dont la mission première est pourtant d’aider les pays pauvres à se développer. En 2025, les banques multilatérales de développement (BMD) ont consacré plus de 103 milliards de dollars au climat, soit près de la moitié de leurs financements. À elle seule, la Banque mondiale y a consacré 48 % de ses prêts.

Or, les populations pauvres sont vulnérables à tout : aux maladies, à la faim, aux infrastructures défaillantes et aux chocs économiques. Pas seulement au changement climatique. La question devrait donc être de savoir quelle politique améliore le plus leur situation. Sur ce point, Indermit Gill et Bjorn Lomborg sont affirmatifs : la prospérité économique. Une hausse de 10 % du PIB par habitant pourrait ainsi réduire de près de 100 millions le nombre de personnes fortement exposées aux risques climatiques.

Le problème est celui du coût d’opportunité : chaque dollar consacré aux panneaux solaires ou à la comptabilisation des émissions de CO2 est un dollar qui ne finance pas une école, l’accès à l’eau potable ou la santé. Selon les travaux du Copenhagen Consensus, les investissements dans la nutrition, la santé et l’éducation peuvent générer entre 40 et 110 dollars de bénéfices sociaux pour chaque dollar investi, bien davantage que nombre de politiques de réduction des émissions de CO2. Ce n’est pas tout : il y a aussi la question énergétique. Les banques de développement refusent de financer de nouveaux projets fossiles en Afrique. Mais demander aux pays africains de suivre la même voie que l’Allemagne, dont les prix de l’électricité ont plus que doublé et dont l’économie reste alimentée à près de 80 % par les énergies fossiles malgré des centaines de milliards d’euros investis dans la transition énergétique, est de l’hypocrisie pure, semblent affirmer les auteurs.

Il ne s’agit pas d’abandonner les préoccupations liées au changement climatique, concluent Gill et Lomborg. Il s’agit, pour les institutions de développement, de retrouver leur priorité : aider les populations pauvres à s’enrichir.

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