Certains avaient cru avec Francis Fukuyama que la démocratie libérale était la fin de l’histoire. Mais l’histoire en rit encore en constatant la montée des despotismes partout dans le monde. Il y a les militaires d’opérette qui se sont emparés du pouvoir au Mali, au Niger, au Burkina Faso pour défendre une population qu’ils livrent aux djihadistes. Il y a les vieux monstres totalitaires qui s’accrochent à leurs rêves communistes, de Cuba à la Corée du Nord, de Maduro à Xi Jing Ping. Il y a les régimes sanglants, du Soudan au Yemen, de la Syrie à la Birmanie. Il y a les despotismes déguisés, en Hongrie ou en Slovaquie, en Biélorussie comme peut-être désormais à Prague… La démocratie libérale perd d’autant plus de terrain que les deux grands pays qui étaient engagés dans le combat de Titan entre l’Occident et le communisme ont basculé, sous l’impulsion de Trump et Poutine, vers des formes de despotisme et encouragent le monde à les suivre.
Certes, l’Occident en est en partie coupable, comme le lui reproche non sans raison Trump et son vice-président Vance. L’Europe, et l’Amérique elle-même d’une autre manière, ont perdu le sens de leurs valeurs de liberté, de responsabilité, de dignité, se sont vautrées dans les théories de la déconstruction et le wokisme qui s’en est suivi, ont renié leur traditions libérales et l’état de droit qui ont fait leur richesse matérielle autant qu’intellectuelle.
Les régimes forts se réclament de vertus qu’ils trahissent
Le despotisme n’est pas nécessairement totalitaire ni même toujours tyrannique. Despote est le maître en grec, tyran qui usurpe le pouvoir absolu dans un État libre. Le danger est d’abord dans son arbitraire.
Montesquieu définissait le despotisme par l’absence de loi et par son caractère instantané et changeant. « Dans le [gouvernement] despotique écrit-il, un seul, sans loi et sans règle, entraîne tout par sa volonté et par ses caprices. » (De l’esprit des lois, livre II, chapitre 1) Il parle aussi de volonté transitoire du souverain et des lois qui ne sont pour les despotes que « la volonté momentanée du prince ».
C’est précisément le spectacle qu’offrent Trump dans une version comédie et Poutine sur un mode tragique. Tous deux se moquent de la loi sauf à imposer la leur, changeante au gré de leurs désirs et projets. Tous deux sont égotistes et avides de pouvoir et d’argent. Le premier s’agite comme un caractériel tandis que la placidité du second sert sa duplicité. La guerre en Ukraine en offre les meilleurs symptômes dans leur même reniement des traités signés avec l’Ukraine (Budapest 1994) comme dans les tergiversations de Trump et les tromperies de l’« opération spéciale » de Poutine.
On peut apprécier leur force et leur courage à combattre bien des maux qui rongent les sociétés libérales, notamment au travers du relativisme ou de l’écologisme qu’elles ont adoptés comme de nouvelles religions. Ils ont également raison d’insister sur l’importance de la sécurité. Sinon qu’ils l’instrumentalisent pour assujettir leurs peuples ou leurs voisins. Comme ils se servent de la religion, dont ils se moquent royalement, pour séduire les évangélistes ou les orthodoxes selon les cas.
La Chine communiste et ses satellites tentent de le travestir mais leur totalitarisme sourd par tous leurs pores. Les régimes despotiques sont par comparaison presque plus dangereux parce qu’ils avancent à pas plus feutrés ; ils démolissent en passant, sans dramatiser, les garde-fous des démocraties libérales. Ils empoisonnent tout leur environnement en faisant croire qu’ils pratiquent des vertus qu’ils trahissent. L’Amérique se défend encore mais Trump rêve de réduire le Congrès et la Cour suprême à des comités Théodule n’ayant plus rien à envier à la Douma que Poutine tient à sa main. Pour s’entourer d’obligés, Poutine distribue des marchés et des postes, Trump des marchés et des grâces judiciaires. Il reste que pour être redouté Trump ne fait que vouer ses adversaires aux gémonies, quand Poutine les emprisonne ou les assassine. Dans tous les cas, c’est le règne du droit, comme disent les anglo-saxons, ou l’état de droit qui souffre.
L’imperfection de la démocratie est sa vertu
Car la démocratie libérale, qui a tous les défauts de la liberté (dont est né le péché originel !), en a aussi toutes les vertus, qui permettent le meilleur épanouissement humain et respectent la dignité humaine au risque que d’autres choix, dont elle donne la liberté, la renie.
La démocratie libérale a pour première vertu de se savoir fragile et de se doter en conséquence d’institutions plurielles pour que le pouvoir de chacune, tout imparfait qu’il soit, limite le pouvoir des autres ; d’exiger aussi, de ceux qui les dirigent, de se soumettre au droit commun c’est à dire à l’état de droit avec un petit « e » parce qu’il ne s’agit pas du droit de l’Etat mais d’une règle commune, l’opposé d’un privilège.
Locke insistait sur l’importance de règles fixes et stables, connues du peuple (Second Traité de gouvernement, chap. IX, § 131). Les despotismes n’en n’ont cure. Les vieilles démocraties libérales l’oublient de plus en plus dans leur chemin vers l’abîme que représente le foisonnement mortifère de nos législations obèses et instables.
Le seul remède n’est ni dans un repli identitaire ni dans un abandon aux bras de quelconques tyrans. Il est dans la revitalisation de nos libertés émasculées par nos États providence. Mais bien sûr les limites de toutes libertés se trouvent dans la liberté des autres et toutes dans le respect de chacun. Ce qui suppose aussi que l’Etat lui-même soit à la fois suffisamment fort pour assurer la sûreté de chacun et l’exercice par tous de leurs libertés, et suffisamment modeste pour que chacun puisse librement chercher à accomplir ses propres fins. En ce sens la vertu de la démocratie libérale est d’accepter pour fin la liberté de tous pour que chacun bénéficie du moyen de la liberté dans l’achèvement de ses desseins.
Ce qui est sans doute la moins mauvaise approche pour offrir au plus grand nombre le moyen de disposer de sa dignité, à sa mesure. Comme le disait Churchill « La démocratie est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres. »
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12 réponses
Il est utile (et serait salutaire) de poser le débat: démocratie versus pouvoir absolu. Les démocrates ont longtemps considéré que le débat était clos (« fin de l histoire » ) Quelle arrogance, et quelle faute. C’est oublier les nombreux nostalgiques de l’époque communiste (passées les purges staliniennes). Nostalgiques attachés à l’ordre, la sécurité, le travail, l’ordre, la gratuité, la prévisibilité, ceux-là me disaient « tu sais ce que c’est pour nous la démocratie ?  » « eh bien c’est le b*rdel ». Bien sûr nombreux sont ceux qui ont été heureux du vent de liberté et de prospérité arrivé avec la chute du mur. Mais leurs voyages désormais possibles à Paris les laissaient complètement anéantis « que vous est il arrivé ? » Aujourd’hui nous concitoyens nous posons la question : qu’est il mieux ? Un pouvoir totalitaire qui protégera ou un pouvoir démocratique qui ne protège plus et dont la prospérité est en berne. Notre démocratie est gravement malade, nos élites protégées ne s en rendent pas compte, ou l’ignorent, elles montrent leurs incapacités à corriger ces carences béantes. Pire, le Covid et l épisode gilet jaunes ont montré une curieuse propension à la tyrannie, mais sans faire bénéficier au peuple les « avantages » que l’on en attend (l ordre la sécurité sur le territoire). Ils ont ainsi rendu le pouvoir actuel détestable et la dictature désirable. C’est dramatique.
Il vous protège de quoi le pouvoir totalitaire ?
@Nicolas Par ex : pas d’immigration en pays totalitaire (le problème est plutôt de gérer les fuites). Leur capacité à appliquer un impitoyable régalien. Essayez donc de voler dans les pays du golfe et venez donc nous raconter votre expérience ici. Comprenez moi bien, le danger pour nos démocraties, c’est qu’elles sont en train de ne plus faire envie mais pitié (on ne vient souvent plus ici pour y adhérer mais pour en profiter) et qu’en même temps TM, certains pays totalitaires se mettent à faire envie (Singapour depuis longtemps, les pays du Golfe, bientôt peut-être nos jeunes mendieront pour un visa chinois). C’est justement parce que j’aime la démocratie que je dis cela, et non pas parce que j’aime les dictatures. Je constate seulement que beaucoup de gens sont aveugles, ils ont comme un interdit de pensée, ils refusent de voir que les dictatures ou des régimes autoritaires peuvent être pour certaines enviables, car pour eux contrairement à nous, ils ne peuvent plus se protéger des effets des carences et manquements de nos démocraties à l’agonie. Plutôt que de diaboliser les personnes qui ont ce désir (pour nous hérétique) , il serait utile de les écouter et de les comprendre. Et urgemment de revitaliser nos démocraties . Le pouvons-nous ?
Bonjour.
Ce n’est pas à Paris qu’ils verront la liberté car Paris va bientôt leur rappeler le « bon vieux temps » du communisme. Ils devraient aller en Italie, en Slovénie, en Croatie ou au Portugal, des pays qui ont une gauche qui a fait son aggiornamento du marxisme, contrairement à la gauche française, engluée dans le marxisme le plus primaire.
Sincères salutations.
extrait de l’interview de Martin Gurri , ex analyste CIA dans Atlantico:
« Or, Donald Trump ne s’intéresse guère à l’histoire, contrairement à nombre de ses proches, comme J.D Vance et Marco Rubio. À leurs yeux, ils mènent une lutte civilisationnelle pour défendre les valeurs de la vieille Europe contre l’idéologie progressiste de la gauche. Et ils se tournent vers l’Europe non pas avec mépris, comme cela peut paraître, ni avec colère, mais avec la nostalgie profonde d’un fils fier pour sa mère dévoyée. Si le trumpisme possède une idéologie – et j’en doute –, elle repose sur les valeurs de la vieille Europe. Voilà le secret. »
Tout est dit.
Si le trumpisme possède une idéologie – et j’en doute –, elle repose sur les valeurs de la vieille Europe. Voilà le secret. »
Personnellement je n’en doute pas, « travail, famille, patrie » ces valeurs éternelles d’une société solide que les imbéciles qualifient de fascistes
Je suis désolé mais la censure et la cancel culture qui régnait aux USA sous le mandat de Joe Biden était très loin de la démocratie dont se vante le parti démocrate. Ils le sont davantage sous Trump.
Les attaques suivantes contre la liberté académique ont été enregistrées entre 2014 et 2022 aux États-Unis :
877 tentatives de sanction d’universitaires pour des propos protégés par la Constitution.
114 incidents de censure.
156 licenciements (dont 44 professeurs permanents).
Le nombre de cas non signalés est probablement beaucoup plus élevé depuis cette date, car la situation s’est gravement détériorée les deux dernières années de Biden.
L’expérience montre les limites du pouvoir totalitaire , l’insuffisance absolue du despotisme qui ramènent la vue de la vie à un simple prisme . De ce point de vue , la démocratie est en tout supérieure mais sa limite n’est elle pâs dans celle des hommes à ne pas savoir en borner le champ. Il y a , pour revenir sur notre terre, aujourd’hui tant de choses que se permet le pouvoir et plus particulièrement , celle de s’accorder des pouvoirs . L’exemple le plus criant n’est il pas celui portant sur le Mercosur pour lequel les premiers intéressés , les agriculteurs , ne sont pas consultés , pas plus que les seconds , les consommateurs , sur un accord qui risque fort de changer la face de notre économie et de nos structures .
Le chef de l’Etat hors le régalien s’octroie un pouvoir sans limite , n’est ce pas là l’expression de la limite de la démocratie qui ne veut pas se remettre en question ne serait ce que pour redéfinir les limites de chacun au gré d’un monde qui bouge sans cesse ?
Ce sont les consommateurs qui doivent décider ! Sinon, n’importe quel producteur veut être protégé et subventionné !
Encore faudrait-il que le consommateur soit informé correctement sur ce qu’il achète.
Exemple: La Cacao 100%, plusieurs contiennent un additif comme le carbonate de potassium pour masque l’acidité (naturelle).
Une ineptie, l’acidité étant la signature même du cacao quand il est faiblement torréfié!
La plupart du temps, ce n’est pas mentionné car ce rajout représente moins de 1% de la masse du produit!
Alors CHERCHEZ l’ERREUR Monsieur Lecaussin!
ET Joyeux Noël
avec nos crèches traditionnelles en Alsace.
On ne peut pas comparer Trump avec Poutine ! L’image de cet article est digne de Libé…
Personnellement, je préfère vivre aux Etats Unis qu’en Russie.
Et merci à Virgile pour avoir rappelé quelques chiffres éloquents.
Je suis tout de même assez d’accord avec vous, M. Delsol.
Malheureusement, le fait de se déplacer pour voter tous les 4 ou 5 ans ne suffit pas. Il faut que les citoyens surveillent ce que les élus font et s’assurent continuellement qu’ils agissent comme de bons gestionnaires. Cela passe par la vérification des résultats réellement obtenus par rapport à ce qui était prévu. Il faut que les élus sentent que nous regardons par dessus leur épaule pendant qu’ils travaillent.
Le problème avec l’état providence est que plus nous lui demandons de gérer les risques à notre place, plus il doit imposer de restrictions à la population pour limiter les risques. Cela coûte déjà très cher et, sans ces limites, les (déjà monstrueux, selon moi) déficits actuels de nos gouvernements seraient sûrement beaucoup plus élevés.
J’ai tendance à voter avec mes pieds quand j’ai un problème avec une entreprise. Si j’avais du $Trump dans mon portefeuille, je m’en débarasserait. Après tout, puisque Trump pense y gagner en libérant des criminels de la crypto, il est normal que la valeur de ces actifs baissent, ne serait-ce que parce que le risque est plus élevé pour ceux qui détiennent ces monnaies. Quant aux autres criminels riches, il sera facile de cibler leurs compagnies et de ne plus acheter chez eux. (S’ils deviennent administrateurs d’autres compagnies c’est la même chose.) Avec les réseaux sociaux, il serait sûrement possible de suivre ces gens à la trace. Même s’ils réussissent à faire fermer légalement les sites de ces campagnes, rien ne force quiconque à acheter quelque part. De toutes façons, Les compagnies comprendraient très rapidement le message, je crois. Je ne suis pas un fan du lavage de linge sale en public mais si l’état ne fait pas respecter à mimima le régalien, il faudra que la population agisse de son côté pour se protéger. Il faudra que cela demeure limité, bien appuyé par des faits et réellement suivi jusqu’au bout par ceux qui veulent le faire pour que ce soit crédible. Cette méthode est en bonne partie brûlée par des  »militants » qui ne peuvent pas faire de tort au portefeuille des entreprises contre lesquelles ils prétendent agir, faute d’acheter leurs biens et services.