Philippe Jamet, directeur général de l'institut Mines-Télécom, livre dans son petit livre une analyse critique et décapante de l’Education nationale.
Philippe Jamet, directeur général de l’institut Mines-Télécom, livre dans son petit livre une analyse critique et décapante de l’Education nationale.
Rejoignant le constat de l’IREF, il observe que les résultats de l’enseignement primaire et secondaire français ne cessent de se dégrader. Les résultats PISA en témoignent, qui situaient la France en 2015 à un rang très moyen (26e, 27e et 19e dans le classement général en mathématiques, sciences et lecture), avec une dégradation par le bas et une amélioration par le haut. Les causes en sont sans doute multiples, de l’absence de discipline autant que de soutien aux enseignants aux carences dans l’évaluation de ces derniers ou à l’écoute quasi inexistante de l’avis des élèves et des parents. Et la réalité en est occultée par la facilité avec la quelle est attribué à presque tous un baccalauréat dont le niveau s’abaisse de manière continue et inexorable.
Bien entendu, l’enseignement supérieur en subit les conséquences. En 2011 le taux moyen de réussite était seulement de 27,2% en licence à trois ans et de 11,8% en licence à quatre ans, soit 39% au total. Philippe Jamet considère que les maux de l’université française sont dus à:
• une centralisation excessive ;
• une gouvernance livrée aux mains des élus du personnel et des étudiants guidés par leurs intérêts personnels et trop souvent obsédés par un égalitarisme de masse qui s’égare dans la médiocrité ;
• des institutions d’enseignement supérieur instrumentalisées par la tentation politique d’en faire un outil d’aménagement du territoire, c’est-à-dire autre chose que ce pour quoi elle est faite : « devenir un attracteur par l’excellence » (p.68) ;
• des paradigmes pédagogiques inadaptés au travers notamment de la rigidité des programmes, de la tyrannie des diplômes nationaux « et la restriction du privilège de leur délivrance aux seuls établissements publics » (p.74) alors que « le privé affiche des performances supérieures au public » (p.48) ;
• au statut des enseignants-chercheurs « conçus comme des rentes à vie et des zones de confort » (p.79) ;
• une relation déphasée entre le monde de l’entreprise et celui de l’université, qu’il faut reconstruire en leur apprenant à mieux se connaître.
« Trop de responsables, politiques, administratifs, académiques, persistent à refuser les éventuels bienfaits de la concurrence dans la délivrance d’un service public de qualité à un coût optimisé et le déplacement de l’obligation de moyens vers l’obligation de résultats qui résulte de cette concurrence et de l’implication financière des usagers. » (p.47). Pourtant, le coût moyen d’un étudiant du supérieur était de 11 680€ par an en France en 2013 quand il était de 6 300€ dans les établissements supérieurs privés auxquels la loi, drapée dans sa vertu anachronique, interdit de prendre le nom d’universités. Mais la France préfère toujours le service public, même s’il est plus couteux et peu efficient !
Ça n’est pas un problème de moyens insiste Philippe Jamet, mais de déploiement des moyens pour favoriser l’excellence à tous les niveaux de sortie de la chaine éducative. Il propose de « stopper la marche forcée et systématique vers le supérieur […] au moyen de « soupapes d’excellence intermédiaires » (p .92). Son optique est de revaloriser les formations professionnelles aussi bien pour les jeunes que pour les adultes. C’est d’ailleurs le sens des réformes en cours en France, mais il reste beaucoup à faire : 40% des effectifs des établissements d’enseignement supérieur américains sont des adultes en formation continue diplômante. On en est très loin en France qui manque de cycles courts. Car il n’est pas nécessaire d’avoir fait de longues études pour entrer avec succès dans le monde du travail. « L’esprit entreprenant n’est pas nécessairement lié au diplôme, note Philippe Jamet. Les chiffres 2014 de l’INSEE montrent que 54% des créateurs d’entreprises détiennent au plus le baccalauréat, 37% n’ont pas le bac. » (p.46). Certes il faut relativiser : 95% des créateurs dans le numérique ont bac +5, et les diplôme peuvent aider à aller plus loin. Mais tous ne sont pas faits pour être coulés dans le même moule.
Philippe Jamet propose de redonner aux établissements la liberté d’embauche de leurs enseignants dans le cadre de contrats ou mandats hors statut et d’augmenter sensiblement leur rémunération, le cas échéant en fonction de la performance. Il veut « mettre un terme au contrôle national des carrières par le CNU ». Il voudrait sortir de la pédagogie dirigiste, permettre la diversité des parcours et la sélection à l’entrée, faire contribuer les étudiants au coût de leurs études, pour les en responsabiliser, et en même temps favoriser le soutien aux étudiants en difficulté et mettre en place un système de prêts, établir « une relation de service entre les enseignants et les étudiants et donc, en quelque sorte, un rapport de fournisseur à client » (p.104). Il n’évoque pas le bon scolaire (chèque éducation), mais son analyse est courageuse et très bien documentée.
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