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lundi 8 décembre 2025

Main basse sur l’Éducation nationale, de Joachim Le Floch-Imad

Temps de lecture : 4 minutes

Encore un livre sur l’Éducation nationale ! Qu’est-il encore possible d’écrire d’inédit sur le sujet ? Le Floch-Imad a choisi un angle sinon original du moins peu traité, celui de la responsabilité des hommes politiques qui ont abandonné l’école à l’administration et aux syndicats.

L’actualité récente vient heureusement illustrer le propos de l’auteur avec la nomination, par Sébastien Lecornu le 12 octobre 2025, d’Edouard Geffray comme ministre de l’Éducation nationale. Ancien directeur général des ressources humaines du ministère, il a ensuite occupé le poste de directeur général de l’enseignement scolaire (DGESCO) « pendant une durée record de cinq ans (2019-2024) » au cours de laquelle, raconte Le Floch-Imad, « il a joué sa propre partition ». Sa direction s’est en effet « progressivement autonomisée du ministre [Jean-Michel Blanquer], Geffray se dotant même de son propre cabinet politique ». Un ministre qui, en quelque sorte, a connu là un retour de bâton puisque Blanquer s’était comporté de manière similaire lorsqu’il était DGESCO entre 2009 et 2012, « réduisant le ministre Luc Chatel à un rôle de communiquant ».

La faiblesse du ministre de l’Éducation nationale

Le Floch-Imad livre énormément de chiffres, dont beaucoup sont connus des lecteurs de Contrepoints, pour illustrer l’état déplorable de l’école en France. Un des plus emblématiques, et duquel découle bien des autres, est le nombre de ministres : 189 depuis la création du ministère de l’instruction publique, il y a 197 ans. Le locataire de la rue de Grenelle reste donc un peu plus d’un an en poste. A cet égard, il faut souligner la longévité de Jean-Michel Blanquer qui resta titulaire cinq années durant. Mais à quoi cela a-t-il servi puisque le président Macron qui l’avait nommé le remplaça par Pap Ndiaye, son exact contraire qui, à peine arrivé, s’employa à détricoter l’action de son prédécesseur ?

Une telle valse ne peut que rendre les ministres impuissants face à une « administration pérenne et affranchie de tout pilotage » politique. Une administration d’autant plus rétive à obéir que le ministre n’est pas de gauche, et qui, de toute façon, s’oppose par principe à tout changement, sa tâche principale étant le maintien du statu quo.

Elle est aidée, dans son action de sape, par les syndicats « embusqués dans les locaux de la rue de Grenelle ». De gauche, et même plutôt d’extrême-gauche, ils se considèrent comme les véritables gardiens du temple. Comme l’écrit l’auteur, citant un cadre de la DGESCO, « Ils veulent être ministre à la place du ministre et se mêlent de tout, y compris de la pédagogie à mettre en œuvre. Cette situation ne peut plus durer. C’est comme si, à Renault, les syndicats avaient leur mot à dire sur le diamètre des pièces de la Twingo ! »

Le ministre de l’Éducation est également faible face au ministère des Finances qui cherche à tout prix à faire des économies aux mauvais endroits (enseignants et établissements), « tout en laissant au repos une bureaucratie pléthorique ».

Les oublis de l’auteur…

Un ministre incapable de résister à la bureaucratie pourra difficilement s’opposer à l’air du temps. Le Floch-Imad dénonce, tour à tour, la « haine de la transmission », le « fantasme d’une éducation sans contrainte », l’idéologie égalitaire, les politiques d’inclusion et de lutte contre les LGTBTIphobies, l’éco-féminisme et l’antiracisme, l’ultraviolence et l’obscurantisme qui minent notre société et, par conséquent, l’école. Il insiste sur le fait que ce sont les plus modestes qui font les frais de ces lubies, les enfants des plus aisés tentant d’y échapper à l’École alsacienne ou à Stanislas.

Nous nous étonnons, en revanche, que l’auteur oublie de citer, parmi les politiques ayant mené au désastre, celle de Jean-Pierre Chevènement qui, il y a 40 ans, fixait le cap de mener 80% d’une classe d’âge au baccalauréat. Il est vrai que Le Floch-Imad est le directeur de la Fondation Res Publica, fondée par l’ancien ministre et qu’il dédie son livre à son mentor dont il loue sa « puissance visionnaire » !

L’auteur appelle à un sursaut qui passe, par exemple, par le retour aux fondamentaux en libérant du temps pour les mathématiques, le français et l’histoire-géographie ; la rupture avec l’approche par compétences et la remise de la pensée abstraite et de la culture générale au cœur du système ; le renforcement de l’épreuve du bac ; le retour d’une sélection obligatoire à l’entrée de l’université ; l’augmentation du salaire des professeurs tout en faisant la chasse aux dépenses inutiles, etc. Le sursaut ne va cependant pas jusqu’à la remise en cause du mot d’ordre chevènementiste.

… et ses fantasmes

Citant Lisa Kamen-Hirsig et Philippe Nemo, dont il approuve les constats, l’auteur rejette en revanche les solutions libérales qui, selon lui, « feraient descendre les foules dans  la rue ». Il s’en prend ainsi au « mantra de la liberté pédagogique et de la différenciation ». Il conteste l’idée de la « concurrence accrue entre l’école publique et privée, la suppression de la carte scolaire et la mise en place d’un chèque-éducation que défendent les libéraux, et notamment l’IREF.

Nous ne comprenons alors pas bien pourquoi l’école connaîtrait une dérive « néolibérale » comme l’écrit Le Floch-Imad. Nous nous demandons comment il peut voir dans les politiques récentes des tentatives de libérer les monopoles publics et de mettre l’État au service du seul fonctionnement optimal du marché.

Le Floch-Imad dénonce aussi ce qu’il appelle « la fascination pour l’étranger », estimant qu’il est illusoire d’implanter en France le modèle scandinave ou celui de Singapour. Pour lui, « chaque nation possède un imaginaire qui lui est propre et qu’elle a le devoir de préserver. Les modèles éducatifs, à l’image des peuples ne sauraient être interchangeables ».

Quelques pages plus loin, il loue pourtant la simplicité des programmes italiens et hongrois, mais aussi la politique d’orientation professionnelle menée en Allemagne et en Suisse, la politique de sécurité scolaire italienne, la manière dont Ronald Reagan a introduit les réformes aux Etats-Unis. Il nous exhorte même à « méditer l’exemple de ces pays qui, malgré un système éducatif en déroute, ont su redresser la barre », citant le Portugal, l’Angleterre, l’Estonie, l’Irlande du Nord, la Suisse, la Pologne ou encore le Maroc. Il nous faudrait donc méditer l’exemple de ces pays… sans copier leurs recettes. Curieuse méthode qui risque de ne pas nous emmener très loin !

3 réponses

  1. Il y a 25 ans déjà, lorsque nous sommes revenus à Paris, notre fils est entré en 6ème à l’école Claude Bernard, il ne faisait alors pratiquement pas de fautes en français. Après plus d’un an passé dans cette école, les fautes commencèrent à devenir régulières. Face à mon étonnement, il m’a alors répondu que ça n’avait pas d’importance et que les instituteurs n’en tenaient pas compte. J’ai alors demandé un rendez-vous avec l’instituteur principal lequel a répondu à mes questions qu’ils avaient la consigne de ne pas pénaliser les élèves en raison de leurs fautes d’orthographe ni de la mauvaise qualité de leur français. Cela ne peut, évidemment, que mener à un désintérêt total pour l’orthographe et à une très mauvaise maitrise de notre langue s’il n’y a pas des parents pour veiller à la bonne éducation de leurs enfants ! Par ailleurs, concernant l’histoire de France, celle-ci était également passée pour pertes et profits car dans de nombreux cas, le nombre d’enfants d’immigrés atteint un pourcentage important et l’Education Nationale a décidé de ne pas perturber ces pauvres enfants (!) avec l’histoire du pays qui les accueille car ce n’est pas leur histoire! Et encore, ce serait presque un moindre mal quand on sait que certains fascicules d’histoire sont très tendancieux et instillent dans la tête de ces ados une vision parfois très décalée de la réalité. Cela étant, on sait que l’Education Nationale a de tous temps été quelque peu bolchevique dès lors qu’il s’agit d’histoire et de civisme.

  2. C’est l’inverse qu’il faudrait faire: plus de liberté de gestion opérationnelle aux établissements ou groupes d’établissement, suppression de la carte scolaire qui date des années 70 (comment faisait-on avant ?), chèque éducation mais parallèlement le ministre, en bon politique, doit superviser et imposer le contenu des enseignements notamment en histoire, philosophie et économie, valider la rédaction des manuels car ça lui échappe totalement or c’est un levier politique très important. Pas très libéral sans doute, mais face au rouleau compresseur idéologique aujourd’hui incrusté dans l’éducation je ne vois pas d’autre solution pour le déloger.

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