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samedi 18 avril 2026

Energie : encore une stratégie idéologique hors sol

Temps de lecture : 3 minutes

Sous couvert d’écologie, la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) risque d’allumer la mèche d’une bombe budgétaire. En multipliant les subventions aux énergies renouvelables et en surestimant la demande d’électricité, le gouvernement s’expose à financer des surcapacités coûteuses et inutiles. Derrière les ambitions vertes affichées, la PPE3 pourrait bien fragiliser un peu plus les finances publiques et le modèle énergétique français.

La troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie n’en finit pas de diviser : à l’heure de l’écriture de ces lignes, au mois de novembre 2025, le décret de publication n’a toujours pas été signé. Trois fois reporté, il a fait l’objet, au moment de la chute du gouvernement de François Bayrou, d’un match entre le Premier ministre et son ministre de l’Énergie d’alors, Marc Ferracci, un proche d’Emmanuel Macron. Ce dernier voulait le publier avant son départ (et cherchait même à pousser le dossier auprès du gouvernement suivant) ; François Bayrou, lui, voulait temporiser.

L’enjeu politique était, en effet, de taille puisque le Rassemblement National, effrayé par les risques d’augmentation des droits d’accise sur l’électricité induits à terme par la mise en œuvre de la PPE3, en avait fait une de ses lignes rouges.

La feuille de route, en revanche, est connue et mérite d’être analysée au regard des errements des précédentes PPE (la deuxième, sous le mandat de François Hollande, prévoyait de fermer 12 centrales nucléaires…).

Une part belle accordée aux énergies renouvelables

L’objectif de la prochaine PPE, qui couvre la période 2025-2035, dans la lignée des objectifs européens instaurés par le Green Deal, est d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Pour ce faire, la part de la consommation d’énergie fossile devra diminuer à 42 % en 2030 et 30 % en 2035, contre 60 % aujourd’hui.

Pour les remplacer, les énergies renouvelables (ENR) hors électricité, comme la géothermie ou la biomasse, devraient grimper de 15 à 30 % du total, et celle de l’électricité décarbonée, c’est-à-dire d’origine nucléaire ou renouvelable, de 27 à 39 %.

Entre le nucléaire et les énergies renouvelables, la PPE3 choisit de ne pas choisir : la production annuelle des centrales devra passer de 360 à 400 TWh et celle des ENR de 270 à 320 TWh, une solution qui ne satisfait naturellement personne et qui pose d’importants problèmes au vu de l’intermittence de la production d’électricité des ENR.

L’alerte du haut-commissariat à l’énergie atomique sur d’importants risques de surcapacités

Au mois de juillet dernier, Le Point avait publié l’avis confidentiel du haut-commissaire à l’énergie atomique concernant la PPE3, un document riche d’enseignements et sans concession.

Selon le CEA, la demande d’électricité est surévaluée et devrait accentuer les surcapacités électriques entraînant une baisse des prix, les rendant « négatifs ou nuls » en milieu de journée. Si l’électricité issue du solaire ou de l’éolien n’est pas produite et consommée, l’État devra indemniser les producteurs, ce qui augure d’une catastrophe pour les finances publiques.

À cela, il faut ajouter une difficulté technique liée à l’intermittence de la production d’électricité des ENR : les variations de puissance des centrales nucléaires ne sont pas infinies (un réacteur ne peut pas descendre au-dessous de 20 % de sa capacité de production maximale, faute de quoi il doit être arrêté) et il est donc parfois nécessaire de « demande[r] aux moyens solaires de s’effacer ».

Rappelons que l’électricité se stocke mal et que, après les épisodes de pénurie liés au mauvais entretien des centrales nucléaires, la production électrique est déjà surcapacitaire, ce qui a amené à une « modulation » de la production d’énergie, c’est-à-dire à l’arrêt du fonctionnement des centrales à gaz et des barrages hydroélectriques, et même à une baisse de production du parc nucléaire.

Or, le scénario retenu par la PPE3 postule que la demande d’électricité devrait augmenter de 140 TWh entre 2019 et 2035 (de 475 à 615 TWh), tirée par les besoins de l’industrie, des véhicules électriques et de la production d’hydrogène.

Comme le mentionne le CEA, sur ces trois piliers, les chiffres des prévisions sont exagérément gonflés. Au rythme annuel des ventes (300 000 par an), le nombre de véhicules électriques en circulation devrait atteindre 3 millions en 2035 et pas 15 comme le retient le scénario de la PPE3. De même, à cause de la désindustrialisation, les besoins en électricité de l’industrie décroissent : 124 TWh en 2014, 114 en 2019 et 103 en 2024, très loin des 160 TWh attendus en 2035…

En prétendant ménager la chèvre et le chou, la PPE3 prend le risque de rater sa cible. Loin de garantir la souveraineté énergétique, elle pourrait enfermer la France dans un modèle subventionné, dépendant des aléas du vent et du soleil, tout en aggravant la pression sur les finances publiques. Plutôt que de céder à la planification et à la surenchère réglementaire, il serait temps de revenir à une politique de l’énergie privilégiant le nucléaire et qui colle aux besoins réels de l’économie française, sans a priori idéologique.

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15 réponses

  1. L’assaut des écolos européens contre le nucléaire depuis le gouvernement Jospin n’est pas encore enrayé. Promouvoir et subventionner les Machines Électriques Intermittentes pour tuer le nucléaire réunit encore une coalition de fonctionnaires écolos, de lobbies industriels et financiers étrangers et de promoteurs du gaz bénéficiaires de l’intermittence .
    Les EEI (aka EnRi) ne font économiser que le combustible des centrales principales qui garantissent la puissance électrique. Et en France, le combustible nucléaire coûte 5 à 20 fois moins cher que les machines intermittentes. Le prix de l’électricité a déjà doublé et la PPE3 le doublerait encore. Une France en faillite ponctionnerait encore plus ses habitants et ses entreprises pour s’auto détruire encore plus. STOP !

  2. Impressionnant cette obstination des énergies renouvelables a grand coup de subventions étatiques qui enrichit quelques opportunistes….
    Les Chinois ont lancé depuis quelques années la filière Thorium , estimation moyenne des ressources de 5000 ans et déjà une centrale d’essai est en fonctionnement…. Depuis il vont se lancer dans la fabrication de cargo propulsé au cette énergie… Avantage propulsion du navire et a quai injection de l’énergie dans le réseau….
    C’est quand même étonnant que dans notre pays les branquignoles du pouvoir ne puisse pas avoir des idées aussi lumineuses..
    Les personnes travaillant dans la filière nucléaire français devrait commencer a faire des CV en chinois ou prévoir un dossier pour pôle emploi, car on s’en bien la volonté de détruire cette filière. idem pour les personnels de la CMA-CGM 3 ème entreprise mondiale de fret..

  3. « Sans a priori idéologique », vous rêvez ! L’écologie n’est d’ailleurs même plus une idéologie, c’est une religion…

  4. C’est incroyable cette obstination dans l’erreur. On produit déjà plus d’électricité que besoin mais ils continuent d’arroser les entreprises des ENR. Corruption?

  5. Qu’il y a t il derrière tout cela? Le chantage écolo.
    Ces idéologues littéraires qui ne savent pas compter devrait prendre conscience de leur incohérence. Le nucléaire c’est 5g par kWh, l’éolien, non intermittent, sur le cycle de vie c’est 40g… soit 8 fois plus.
    Quand on veut nous faire croire que chaque gramme compte pour le climat, l’incohérence n’a pas sa place!
    Et parlons des primes aux voitures électriques: 75% de ces voitures sont importées et 65% des voitures dites françaises provient également de l’importation. Donc la voiture électrique est importée à 91%. 1,5 milliards d’euros ont donc été payé par les contribuables pour soutenir l’industrie étrangère!
    Pire cette prime est gaspillée car ne tient pas compte du kilométrage parcouru. Je connais au moins 3 retraités qui ont bénéficié de cette prime et qui roulent très peu ! Cette prime doit être supprimée, le gain sur les taxes de l’essence doit être le seul avantage incitant ceux qui roulent beaucoup et donc émettent beaucoup!
    Mais ou sont ils encore allé chercher ces « élites » ???

  6. J’aimerai connaitre quels pays et/ou quels industriels poussent à la roue pour ces « nouvelles » filières de production de l’électricité ?

  7. L’un de nos rares dirigeants compétents, le regretté Marcel Boiteux, avait déclaré « l’éolienne est un contresens économique ». Il était responsable de notre parc nucléaire, beaucoup lui ont reproché, à tort, son manque d’objectivité. Notre futur énergétique est la fusion nucléaire, malheureusement hors de portée pour le moment puisqu’elle exige plusieurs millions de degrés Celsius pour fonctionner. Le « vrai futur » n’est pas les ENR et la voiture électrique mais le surgénérateur avec récupération de la chaleur pour chauffer les bâtiments voisins, la cogénération, et le moteur thermique à hydrogène pour les transports. On comprendra trop tard que les investissements à réaliser en priorité concernent : 1) la mise au point du RNR, le surgénérateur type Superphénix ou Astrid, abandonné par les Américains et arrêté en France pour des raisons électorales alors qu’il était en cours de mise au point. 2) la construction de réacteurs Westinghouse classiques 900 MW supplémentaires (et non d’EPR 1400 MW que l’on ne sait pas mettre au point). Ces « vieux » réacteurs peuvent alimenter les besoins en heures pleines et de prospères exportations dans toute l’Europe, la production d’hydrogène par électrolyse de l’eau en heures creuses lorsque le prix de l’électricité est faible ou nul. Moteur thermique à hydrogène pour les transports, chauffage des bâtiments : on aura déjà bien avancé. Cordialement.

  8. Désolé d’insister lourdement , comme je le fais régulièrement : s’agissant de l’éolien et du solaire, veuillez une bonne fois pour toutes ne plus écrire  » énergies renouvelables « , expression récurrente et essentielle dans la propagande escrologiste mensongère : aussi, il faut systématiquement utiliser dans ces cas l’expression correcte, à savoir  » énergies intermittentes « .
    Adopter l’expression escrologiste  » énergies renouvelables  » revient à valider objectivement la pseudo-argumentation de la secte escrologiste qui pare ces filières ruineuses et nuisibles à l’environnement du manteau de la vertu et de la bienfaisance.
    Cette remarque n’est pas superficielle ni  » épidermique  » : il s’agit de mener le débat avec une rigueur intransigeante excluant constamment toute expression floue sans se mettre sur le terrain défini par l’adversaire, comme un négociateur qui suivrait l’agenda défini – et imposé – par l’autre partie ; à chaque fois, le public doit être conscient de la véritable nature de l’éolien et du solaire, à savoir leur nature intermittente qui en fait des  » fausses solutions « , ce qui permet de mettre en évidence la fausseté et le caractère mensonger du discours escrologiste. Sinon, en reprenant leur vocabulaire, on s’en fait objectivement le complice. A contrario, le terme  » renouvelable  » est seulement approprié pour présenter l’énergie hydraulique.

    Bien à vous,

  9. l’éolien, le photovoltaïque et la voiture électrique sont définitivement une escroquerie idéologique, politique écologique et financière

  10. Il y a un autre problème dont personne ne parle. Pourquoi est-ce à EDF:
    D’acheter tout le courant produit par les « renouvelables » à un prix délirant de plus.
    D’aller chercher le courant à chaque éoliennes en enterré qui plus est.
    De devoir suivre la production en massacrant ses propres installations et en devant construire des moyens d’appoint à prise en charge instantanée.
    De devoir résoudre les problèmes annexes, bruit, effet stroboscopique, effets sur les animaux?
    Celui qui a pondu cette horreur a trahi son pays. D’après le troisième de couverture de mon livret militaire c’est la peine de mort qui aurait due être appliquée.
    Autre question, les éoliennes tirent leur énergie du vent et en modifie donc la circulation j’aimerais qu’on me démontre que ce n’est pas la vraie cause de la modification du climat.

  11. Je suggère la lecture du rapport de l’académie des technologies paru le 30 octobre à ce sujet (et convergent avec celui de l’académie des sciences), qui en effet souligne entre autres que les prévisions sur la biomasse sont excessives. Et formule un grand nombre de recommandations pour amender le projet de PPE3
    https://www.academie-technologies.fr/presse/energie-lacceleration-et-le-recentrage-necessaires-pour-viser-la-neutralite-carbone-avec-pragmatisme/
    Simultanément, l’accord à Bruxelles le 4 novembre sur les perspectives énergétiques de l’Union à 2035 et 2040 est d’un réalisme discutable, surtout dès lors que les USA cessent d’être parties prenantes coopératives de l’accord de Paris.

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