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mercredi 27 mai 2026

Quelques réflexions complémentaires sur la « taxe Zucman »

Temps de lecture : 3 minutes

Encore la « taxe Zucman », diront nos lecteurs excédés ! Oui, ce tropisme est agaçant ; oui, l’agenda dicté par la gauche de la gauche l’est encore plus. Mais le débat nourri sur cette proposition tourne en réalité autour de questions autrement importantes.

 « Les patrons sont en train de perdre la bataille des idées », claironnait Sophie Binet (Libération, entretien, 18 septembre 2025). Pour une fois, nous ne serons pas totalement en désaccord avec la secrétaire générale de la CGT. Nous irons même plus loin qu’elle : il y a des décennies que les « patrons », mais aussi les classes moyennes supérieures et les plus aisés, ont perdu la bataille des idées, et en premier lieu la bataille fiscale. Remettre en cause le régime particulier de taxation des grandes sociétés ou des « riches », qu’il s’agisse d’un impôt sur la fortune ou d’une surtaxation quelconque, a fortiori mettre en doute la progressivité de l’impôt, relève de la provocation. Toute discussion sur le sujet, à supposer même qu’elle puisse être entamée, est biaisée puisqu’elle se heurte à ces préjugés.

Quitte à donner dans l’absurdité, allons-y à fond !

Les partisans de la « taxe Zucman », à commencer par son promoteur, usent d’un argument qu’ils présentent comme imparable : les « ultrariches » payent proportionnellement moins d’impôt que les plus pauvres, avec une différence de 20 points : 26 % contre 46 %. On remarquera qu’on ne parle plus ici d’un impôt progressif, mais d’une simple proportionnalité… Quoi qu’il en soit, cet argument a été aisément démonté, même par des économistes de gauche : les chiffres sont controuvés, notamment du fait d’une inclusion biaisée de la TVA, mais ce n’est pas là l’essentiel.

Nous raisonnerons par l’absurde en nous coulant dans l’absurdité même du raisonnement des zélateurs de la « taxe Zucman ». Ils prétendent pour la plupart que la dette publique n’est pas un problème urgent ou important, voire qu’elle n’est pas un problème du tout parce que « la dette, ça s’efface ». Dans ces conditions, plutôt que de hausser les impôts des plus « riches », pourquoi ne pas abaisser les impôts des autres, qui, parait-il, payent proportionnellement plus ? Autrement dit, pourquoi ne pas abaisser le taux global de prélèvement à 26 % pour tout le monde plutôt que d’augmenter le taux des plus riches à 46 % ?

Mutatis mutandis, nous nous trouvons en réalité dans la même situation que pour l’essence et le diesel. Des décennies durant, l’État a favorisé le diesel avant de tourner casaque pour des motifs écologiques, mais au lieu d’abaisser le prix de l’essence, il a fortement augmenté celui du diesel. Eh bien, pourquoi ne pas faire l’inverse ?

Evidemment, notre raisonnement est absurde. Si demain matin, on abaissait les impôts sans toucher aux dépenses, le problème numéro un, on risquerait à court terme d’aiguiser la méfiance des marchés et nos amis outre-Manche en savent quelque chose…

Le marché de dupes de Sébastien Lecornu

Nous disions que la bataille de l’impôt a été gagnée par la gauche. En conséquence, la « stabilité », mot d’ordre pour les pouvoirs publics, impose que le gouvernement trouve un accord avec le petit Parti socialiste. Or, parmi les exigences de ce dernier se trouve justement une hausse dite ciblée de la fiscalité. L’idée, maintes fois exprimée de la gauche à la droite en passant par le centre, est qu’il serait indispensable d’obtenir la bienveillance des socialistes, non pas certes à tout prix, mais avec un geste fiscal suffisamment prononcé : que les plus riches, que les grandes entreprises, contribuent plus.

Supposons qu’il en soit ainsi. Les socialistes (divisés d’ailleurs, ce qui nous incite à douter à la base du sérieux de l’accord…) s’engageraient à ne pas censurer le gouvernement moyennant diverses compensations. Or, pour reprendre l’adage, les promesses n’engagent que ceux qui les entendent. D’une manière plus rigoureuse, nous dirons que, politiquement, les promesses sont dénuées de valeur juridique. Rien n’interdira aux socialistes de se dédire à une date plus ou moins proche, sous tel ou tel prétexte plus ou moins étayé.

En revanche la nouvelle taxation ou la surtaxation subsistera, elle, même si elle a été établie pour une période déterminée. Car, on le sait, à partir du moment où une imposition est acceptée, il est très difficile de la faire disparaître. L’une des caractéristiques de la souveraineté est de ne pas être lié par ses promesses et, par principe, les nouveaux gouvernants ne sont en rien liés par les décisions de leurs prédécesseurs. Et là réside tout particulièrement le danger : le précédent. Adopter une taxation accrue permettra à  de taxer encore plus à l’avenir. C’est une grande leçon de l’histoire fiscale, il n’est que de songer au niveau de la CSG aujourd’hui par rapport à ce qu’il était lors de son adoption ou, plus lointainement, au niveau de l’impôt sur les revenus quelques années seulement après son adoption. Sans parler des diverses contributions dites exceptionnelles, gravées dans le marbre peu après. Les hommes de l’État auront toujours une bonne raison pour motiver, suivant les cas, la hausse ou le maintien.

Autrement dit, la « taxe Zucman » n’est qu’un épiphénomène. Elle doit être vigoureusement rejetée, non seulement elle, mais aussi toute mesure qui s’y substituerait, car n’en doutons pas, elle ne sera pas adoptée en tant que telle, ne serait-ce que du fait de sa constitutionnalité plus que douteuse. Une « sous-taxe Zucman » poserait les mêmes problèmes de fond : arbitraire, illégitime, dangereuse, inefficace et contre-productive.

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4 réponses

  1. Un peuple enlacé dans les liens du privilège, de la bureaucratie et de la fiscalité est comme un arbre rongé de plantes parasites. F. BASTIAT – 1848

  2. L’histoire des peuples dans l’histoire,c’est l’histoire de leur lutte contre l’état.L’Etat n’est donc pas nécessaire à l’existence d’une société,mais il est nécessaire à sa légitimité.

  3. Les gauchistes sont incapables de tenir compte des leçons du passé. Pourtant ce n’est pas la première fois que l’impôt sur la fortune est perçu en France . On sait très bien que c’est une taxe qui ne sert à rien, rapportant peu par rapport aux dégats qu’elle cause. Fuite des capitaux et marasme économique.

  4. En réponse à l’article de JF Feldman, je dirai que les fautifs sont d’abord et avant tout les citoyens français. En effet, ce sont eux qui élisent des personnes censées nous gouverner mais comme le niveau de ces derniers est de plus en plus minable les électeurs devraient leur demander des comptes à mi-mandat. Il est facile d’accuser les patrons et les gens aisés mais eux ne peuvent pas lutter contre des politiques obnubilés par leur réélection et qui, pour la plupart, se fichent totalement de la France !

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