Que la gauche dans toutes ses variations plus ou moins extrêmes n’ait pas d’autre projet politique que l’accroissement massif des impôts n’est pas pour nous surprendre. C’est son programme depuis toujours : les 200 familles hier, les 1 800 ultrariches aujourd’hui ont fomenté un complot mondial pour accaparer toute la richesse et la gauche compte bien « y mettre fin », comme dirait son grand prêtre du moment, l’économiste Gabriel Zucman.
Que la droite dans toutes ses variations plus ou moins extrêmes, Rassemblement national très loin en tête, s’y adonne avec la même délectation, ainsi qu’on l’observe actuellement avec consternation alors que le PLF 2026 du Premier ministre Sébastien Lecornu est en cours d’examen à l’Assemblée nationale, l’est déjà plus (voir ici l’intéressant détail des votes).
La droite n’est-elle pas le contraire de la gauche, c’est-à-dire opposée aux principes étatiques et collectivistes du socialisme ? N’est-elle pas traditionnellement plus sensible à la nécessité de créer des richesses avant de penser à les redistribuer ? Ne s’est-elle pas opposée farouchement aux 35 heures de Jospin et Aubry au début des années 2000 ? N’est-ce pas Jacques Chirac qui a mis fin en 1987 à l’impôt sur les grandes fortunes (IGF) instauré par François Mitterrand en 1982 ?
Tout cela est vrai, mais demande quelques nuances et compléments. Si Jacques Chirac se disait libéral en 1986, époque de sa cohabitation avec Mitterrand, il avait eu avant cela sa période « travaillisme à la française », sorte de troisième voie entre le marxisme et le « libéralisme classique » qu’il assimilait (sic) au « capitalisme sauvage ». Cela pour le RPR, devenu entre-temps UMP puis LR. Du côté du Rassemblement national (RN, ex-Front national), le retour à la retraite à 60 ans et la conservation des 35 heures sont rapidement devenues des mesures emblématiques de sa lutte pour les faibles et les petits contre le grand capital et les multinationales.
Il est vrai que la droite a toujours été mise en demeure par la gauche d’apporter la preuve qu’elle n’avait pas une tronçonneuse ou une calculette à la place du cœur. Le problème étant qu’elle a eu tendance à répondre à cette accusation en adoptant des mesures de gauche en recettes comme en dépenses, mesures qui s’avèrent finalement désastreuses pour la vitalité économique du pays comme de ses citoyens, plutôt qu’en proposant une politique libérée du boulet étatique qui saura se montrer effectivement favorable à l’innovation, à la croissance, à l’emploi et au pouvoir d’achat.

C’est donc très librement et très consciemment que le RN adopte les poncifs de la gauche sur les retraites, les riches et les multinationales, et qu’il privilégie le canal de l’État pour mener ses politiques – montrant au passage combien la culture économique de ses champions Le Pen et Bardella est balbutiante et combien l’idéologie doublée d’incohérence prime dans l’ensemble de ses propositions, ainsi que l’on peut s’en rendre abondamment compte dans les extraits vidéo ci-dessous.
Le 15 octobre, Marine Le Pen expliquait qu’il n’y avait aucun problème à créer un impôt sur la fortune des plus riches, grands groupes compris, car de toute façon, elle allait proposer que l’investissement dans ces derniers passe par un fonds d’État spécialement créé pour cela. Autrement dit, hormis pour la boulangerie du coin ou la petite entreprise locale qui conserveront la liberté d’entreprendre, tout ce qui s’apparente à de l’économie à grande échelle devra en passer par les décisions de l’État. Ruffin, Bompard et Mélenchon en rêvent, Le Pen et Bardella vont le faire !
https://x.com/JL7508/status/1978514298587484464
Suite à quoi, Bardella enfonçait le clou dimanche dernier : il est normal de taxer les portefeuilles d’actions et plus généralement les portefeuilles financiers, car ils sont « improductifs » ! À ce niveau de n’importe quoi, on reste sans voix. Et Bardella de continuer à pérorer sur un ton de bien-pensance typique de ceux qui savent ce qui est bon pour vous, affirmant que rien ne compte plus pour le RN que la défense du pouvoir d’achat et la protection de l’immobilier des Français, symbole de leur enracinement et de leurs attaches familiales.
Comme si le doublement de la taxe sur les grandes entreprises du numérique (de 3 % à 6 %) allait favoriser le pouvoir d’achat ! Comme si la mignonne autarcie de petits entrepreneurs enracinés dans leur petit territoire allait placer la France aux avant-postes de l’innovation et de la compétitivité et ses citoyens sur le chemin d’une plus grande prospérité ! Comme si les grandes entreprises d’aujourd’hui n’avaient jamais été ni petites, ni moyennes, ni intermédiaires !
https://x.com/JL7508/status/1985043113211998470
Or il est un concept très en vogue à droite depuis quelque temps : l’Union des droites. L’idée, surtout portée par certains membres des LR dont le parti peine à exister depuis la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012 ou par les petits partis constitués plus récemment (Reconquête d’Éric Zemmour, notamment), consiste à dire qu’un rassemblement des forces de droite permettrait à celle-ci de revenir au pouvoir et d’appliquer son programme anti-gauche avec toute la légitimité d’une élection présidentielle gagnée haut la main.
L’ancien patron des LR Éric Ciotti a déjà sauté le pas peu de temps avant les législatives anticipées de 2024, mais à l’époque, son ralliement n’a pas permis au RN d’obtenir la majorité absolue. Curieusement, il se disait et se dit toujours libéral. Que pense-t-il de l’orientation étatique de son grand allié ? Envisage-t-il de la modérer, de l’influencer de l’intérieur ? Si tel est le cas, force est de constater que le résultat est faible. La force politique dominante impose son agenda et il serait vain de penser qu’il n’en irait pas de même si une alliance LR, Ciotti, Reconquête et consorts se mettait effectivement en place autour du RN.
Du reste, le libéralisme de ces petites entités reste à prouver. Côté LR, rappelons-nous l’obsession étatique de nombre de ses barons ainsi que la campagne étrange de sa candidate présidentielle Valérie Pécresse en 2022. Côté Reconquête, en dépit des baisses de dépenses annoncées récemment par Sarah Knafo, seule élue (européenne) du parti, rappelons-nous qu’Éric Zemmour a voté deux fois pour François Mitterrand, qu’il tient à notre modèle social comme à la prunelle de ses yeux, qu’il qualifie l’État de droit de « pompeux » et qu’il était d’avis il n’y a pas si longtemps qu’ « il faut absolument contraindre les grands groupes multinationaux comme les GAFAM à payer plus d’impôts en France. » Mission accomplie par le RN.
Mais bref. Compte tenu de la domination massive de ce dernier au sein de la droite, toute union des droites nouée dans ce contexte déboucherait forcément sur un grand parti socialiste de droite.
Il se trouve en outre que Marine Le Pen elle-même n’est guère favorable à ce projet. « Je ne suis pas là pour sauver la droite, je suis là pour sauver la France », a-t-elle expliqué sur LCI il y a quelques jours, ajoutant qu’elle ne comptait pas fermer la porte au nez des socialistes et des communistes de sa circonscription historiquement à gauche (la 11ᵉ du Pas-de-Calais) qui ont un jour décidé de voter pour elle. L’affaire semble entendue.
https://x.com/JL7508/status/1971298386369454491
Tout cela me conforte une fois de plus dans l’idée que les libéraux doivent impérativement fuir la droite. Tel est le prix, s’ils veulent être compris, et non pas devenir l’objet de tous les malentendus par rapprochement hasardeux avec des mouvements politiques essentiellement illibéraux – et là, le RN nous pousse vers les sommets.
Construire leur offre politique à côté, patiemment, à partir d’une vraie compréhension des bienfaits de la liberté de tous pour la prospérité de tous, État de droit compris, sans chercher à promettre l’impossible ni tenter de finasser par excès de « stratégie » politique. Dresser le constat, dire ce qu’on va faire, expliquer pourquoi, dire qu’au début ce sera dur car il va falloir redescendre de quelques marches, le faire. Voilà.
11 réponses
A de très rares exceptions près la droite francaise à toujours été tres largement etatiste souverainiste….voir giscard d estaing chirac, Sarkozy…… et tous leurs 1 er ministre sauf R Barre
Et même le GdG et pompidou!!!!!
C est une grande tradition gauloise d adoration inconditionnelle pour un état puissant mais très faible qui etouffe notre économie
Il faut malheureusement écouter les français, qui demandent toujours plus d’assistanat. Vouloir leur proposer la liberté, c’est leur faire peur, après des années d’asservissement technocratique, ils se sentent désormais incapables d’autonomie, d’initiative : on a cassé l’école, on a mobilisé les médias publics et les allocations pour en faire des soumis, on a réussi. Pire, à l’instar des serfs qui se mettaient sous la protection de leur seigneur en lui payant taxes et corvées, les français sont acquis à leur servitude volontaire. Diffuser un message politique libéral dans ces conditions est devenu une utopie que tous les partis politiques électoralistes écartent pour éviter un naufrage.
Vous avez sans doute raison, mais pour qui voter alors?
Horizons et Équinoxe peinent à identifier des baisses des dépenses, le parti libéral français sont authentiquement libéral mais restent, pour l’instant, plus une idée qu’un parti…
Mais vous seriez la très bienvenue chez le plf, si jamais cela vous tente.
Nouvelle Énergie.
Ah oui cet ersatz de libéralisme !!!!
L’union des droites avec le RN… « Au secours! »
L’union des droites sans le RN… « De Profundis! »
Macron, sors de ce corps !
Le RN ne séduit que par son opposition à l’immigration de masse que nous connaissons depuis qques années : son programme économique est de gauche et rien ne prouve qu’elle saurait agir efficacement contre l’immigration.
Je préfère nettement Sarah Knafo dans ces 2 domaines
Se présenter sur une liste de droite et faire une politique de gauche est depuis longtemps un passeport pour une réélection.
Ça fait plusieurs décennies que ça fonctionne. Jusqu’à ce que les Français comprennent et changent. L’union des habitués de l’élection aurait elle une fin ?
Macron proposait de réduire le nombre de fonctionnaires, 100000 en cinq ans, Fillon 500000..qui a gagné ?
La primaire à droite proposée par David Lisnard – Nouvelle Énergie vise justement à faire valoir une idée libérale, sans le RN. Reste les votants à s’extirper d’un étatisme pour privilégier la liberté comme vecteur de redressement