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mercredi 22 avril 2026

L’« union des droites » est-elle envisageable ?

Temps de lecture : 4 minutes

Panacée pour certains, l’« union des droites » est beaucoup plus difficile à mettre en place que celle des gauches. Nous avions consacré une chronique à la question : « Les libéraux sont-ils favorables à l’« union des droites » ? ». Nous reprenons le thème d’une manière différente presque neuf mois après, le temps d’une gestation, à la suite des élections municipales et des polémiques autour des unions du second tour, et parfois du premier tour, tant à droite qu’à gauche.

Qu’est-ce que l’« union des droites » ?

L’idée d’une « union des droites » est simple. Puisque les gauches s’unissent et qu’elles sont parfois victorieuses aux élections, locales ou nationales, pourquoi les droites ne pourraient-elles pas s’unir de même ?

Une équation est posée : le Parti socialiste peut, sans réprobation, s’allier avec toutes les formations du centre à l’extrême gauche. Depuis des décennies, le microcosme parisien s’accommode parfaitement d’une alliance des socialistes avec les communistes. Il n’y a donc aucune raison pour que les socialistes ne puissent pas s’unir aux écologistes politiques les plus radicaux ou avec les Insoumis, quelles que soient les outrances de ces derniers. Par conséquent, il n’y a a priori aucune raison non plus pour que la droite ne puisse pas s’allier avec toutes les formations du centre à l’extrême droite.

Morale et politique

La morale et la politique font le plus souvent mauvais ménage. Si la gauche ne respecte pas les règles élémentaires de la morale, pourquoi diable la droite devrait-elle le faire et perdre les élections ? Pour le dire autrement, en quoi serait-il choquant que les Républicains s’unissent au Rassemblement National et à Reconquête (nous laisserons de côté le problème de l’union de ces deux derniers partis…), suspectés d’être des « fascistes », alors même que le fait de s’allier aux tenants du communisme ou du néocommunisme, responsables dans le monde de peut-être plus de 100 millions de morts au XXe siècle, n’empêche pas les socialistes de dormir ? En quoi serait-il choquant que les Républicains s’unissent à des individus réputés pour être traditionnellement des antisémites, même si celui-ci devient de plus en plus l’Arlésienne de ce côté-là, alors même que l’antisémitisme fait retour dans son lit originel, c’est-à-dire à gauche, au surplus de manière décomplexée

Certes, on pourrait objecter que ce n’est pas parce que votre voisin se jette par la fenêtre que vous êtes autorisé à l’imiter…

L’union des gauches est aujourd’hui aisée

Lorsque Pierre Mendes France sollicita l’investiture de l’Assemblée nationale en 1954, il eut l’honnêteté de prévenir qu’il ne tiendrait compte d’aucune voix communiste en sa faveur. Ce temps est aujourd’hui bien révolu. Les socialistes n’ont jamais manqué de passer des accords avec les communistes, pourtant à l’évidence hors de l’« arc républicain » brandi à toute occasion. De nos jours, les gauches peuvent se rapprocher naturellement pour une raison bien simple : leur programme économique et social est sensiblement le même. Socialistes, écologistes, communistes, LFIstes, tous promeuvent des dépenses publiques et des impôts élevés, un interventionnisme tous azimuts de l’Etat. Tous refusent l’ensemble des réformes qui permettraient de tirer le pays du marasme.

C’est que les socialistes portent bien leur nom. La social-démocratie est aujourd’hui, sinon morte, du moins très mal en point. Nous avions déjà relevé combien les programmes du dernier congrès du PS étaient de la même farine en éjectant la modération économique et sociale. Nous avions déjà relevé dans Le Figaro combien le qualificatif de social-démocrate revendiqué par Raphaël Glucksmann et repris comme un seul homme par la presse, droite comprise, pour le caractériser était usurpé. Sauf à considérer la social-démocratie au sens originel du terme, à savoir le fait d’arriver au socialisme par la démocratie, et non en son sens contemporain, à savoir la franche acceptation d’un capitalisme orienté dans un sens social (une contradiction pour les libéraux, mais peu importe…).

En définitive, ce qui sépare les divers mouvements de gauche, minorité social-démocrate exceptée, ce sont l’antisémitisme, revendiqué par certains LFIstes, plus largement l’islamo-gauchisme, et le rapport à l’Europe. Ce qui n’est pas rien, certes, mais cela n’empêche manifestement pas les alliances électorales.

L’union des droites est complexe

Si les gauches peuvent s’unir, c’est essentiellement qu’elles partagent peu ou prou le même programme économique et social. La situation des droites est différente. En effet, deux points primordiaux, dont les connexions sont d’ailleurs claires, complexifient le rapprochement des droites.

D’abord, la lancinante question de la sécurité et de l’immigration. A première vue, les différences entre la droite et l’extrême droite sont patentes. Alors que celle-là entend concilier sécurité et liberté, celle-ci privilégie la sécurité sur la liberté pour verser dans la politique sécuritaire et critiquer la notion d’État de droit. Alors que celle-là considère que l’immigration, fût-elle limitée, est indispensable et qu’il faut distinguer la bonne immigration de la mauvaise, celle-ci considère traditionnellement que l’immigration est mauvaise. Pourtant, ces distinctions peuvent apparaître simplistes, d’autant plus que l’aile droite des Républicains est proche du RN et de Reconquête sur ces points. Par surcroît, un modus vivendi n’est pas incongru à cet égard, chaque mouvement pouvant plus ou moins mettre de l’eau dans son vin.

Le second point concerne la question économique et sociale – c’est le plus délicat –. La droite est partagée entre un courant social, un courant conservateur et un courant libéral, ce qui se voit sans fard chez les Républicains. L’extrême droite est depuis longtemps à gauche sur la question. Le RN est avec virulence antilibéral, conformément d’ailleurs à ses origines. C’est que le nationalisme, le populisme, le souverainisme, la focalisation sur les frontières éloignent définitivement Marine Le Pen de toute accointance libérale. Pourtant, une évolution se fait jour. Après que son fondateur eut originellement placé Reconquête dans le camp antilibéral, Eric Zemmour a tactiquement évolué en pointant le « socialisme » économique et social de Marine Le Pen et aujourd’hui Sarah Knafo est manifestement moins éloignée du libéralisme que son mentor. A l’intérieur des alliances électorales du RN, l’UDR de Eric Ciotti défend un programme économique et social de droite classique. Pour le moment, il n’a manifestement pas pu infléchir les principales positions de Marine Le Pen, mais la montée en puissance d’un Jordan Bardella aux convictions, semble-t-il, moins affirmées, pourrait plaider en faveur d’un rapprochement pragmatique avec la droite. Du moins est-ce une petite musique que l’on joue au RN…

Le « baiser de la mort »

La toile de fond de l’union des droites comme de celle des gauches est identique : c’est celle du « baiser de la mort ». De tous temps, les extrêmes ont été phagocytés par les partis les plus modérés. Aujourd’hui, c’est la droite qui a peur d’être absorbée par le RN, comme c’est la petite minorité social-démocrate qui a peur de l’être par les Insoumis.

Le problème n’est donc pas simplement moral : il est carrément existentiel.

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24 réponses

  1. Tout devient simple quand on pose le vrai problème: s’unir non pas pour un programme mais CONTRE la gauche qui détruit notre civilisation depuis trop longtemps. L’union de la gauche ne se fait elle pas contre la droite?

    1. @ Oncle Picsou : bien résumé ! … il y a la droite Edouard Philippe qui fait alliance avec le PCF et la droite Villepin qui fait alliance avec LFI… c’est certainement pour « faire barrage au socialisme du RN » ah ah ah ! … En plus, le bloc central est éparpillé, si bien qu’on aura le choix entre le RN et le lìder maximò… Personnellement mon choix est désormais clairement fait : le RN est le moindre mal… le reste n’est que bavardage.

  2. « Par conséquent, il n’y a a priori aucune raison non plus pour que la droite ne puisse pas s’allier avec toutes les formations du centre à l’extrême droite. »

    En effet, je ne vois aucune raison de combattre cette alliance magnifiquement symbolisée ici par le panneau d’ouverture ! D’autant qu’un des principaux combat à mener (ici occulté) et la lutte contre l’islamisation (encore rampante ) du pays.

  3. La droite a peur d’être mangée par le RN ? Elle n’a donc pas confiance en elle-même et veut plaire, ce qui est une erreur : il faut savoir défendre ses convictions mais les alliances de circonstances sont possibles, voire souhaitables, face au danger que représente l’extrême gauche

  4. Très bonne synthèse que je partage. Pour la présidentielle ce qui compte c’est d’être au deuxième tour. D’après les sondages le représentant du RN devant y être, il ne reste qu’une place. La gauche pour cette raison n’aura en final qu’un seul candidat. Pour le centre et la droite ce n’est pas gagné. Et si c’est E. Philippe on est parti pour 5 ans de plus sans réformes du pays. Je crois qu’il va falloir attendre que les marchés financiers nous les imposent. Avec 100 Mds de charge d’intérêt en 2030 c’est fort possible.

    1. Regardez dans quel état tous ces « centristes », opportunistes, fausses droite fausse gauche, ont mis notre pays. Une décadence constante depuis Giscard. Il faut tous les virer et mettre des gens sérieux à la place. Une lueur apparait avec Sarah Knafo, ne la laissons pas s’éteindre, soutenons la.

    2. Si vous pensez que M Le Pen elue fera des réformes vous êtes d une grande naïveté avec son programme économique identique à celui du NFP

  5. Les problèmes liés à l’immigration ne sont que la conséquence des politiques socialistes de la France depuis près d’un siècle. Interdire toute subvention, mettre en place une constitution minarchiste pourrait constituer la base d’une plate-forme électorale pour la gauche. Le problème du RN (et pas seulement lui) est qu’il fonctionne sur le même logiciel électoraliste que la gauche : taxer lourdement une grosse minorité pour financer les prestations sociales d’une majorité dont il achète les voix ainsi que celles des fonctionnaires qu’elle a multiplié dans l’administration depuis Giscard. Une solution pourrait d(être de remplacer massivement les fonctionnaires par des agents IA en charge de rationaliser les processus et de simplifier les textes.

  6. Correction : Les problèmes liés à l’immigration ne sont que la conséquence des politiques socialistes de la France depuis près d’un siècle. Interdire toute subvention, mettre en place une constitution minarchiste pourrait constituer la base d’une plate-forme électorale pour la droite.

  7. Le spectre d’un É. Philippe en 2027 est un cauchemar.
    Comme la profusion de politiques du centre.Il n’y a rien à attendre des demi mesures.Dans tous les domaines, les demi mesures plombent les résultats attendus. La droite d’un Lisnard serait le rêve, mais l’égocentrisme de cette pléthore d’énarques ne peut que nuire à son avènement. D’où la nécessité de voter l’inéligibilité de ces personnages qui ont fait le choix de la fonction publique oû ils doivent rester ne serait-ce que pour rembourser les contribuables. Et éviter de les retrouver à la fois comme décideurs et exécuteurs au plus haut niveau. C’est la fin de la démocratie !

  8. Le libéralisme est à la fois de gauche et de droite. Pour faire très (trop) simple : de droite pour ce qui concerne l’économie et de gauche pour le sociétalisme. J’aime assez le classement des personnes et des partis selon ces deux axes et seuls un quadrant m’intéresse. Celui qui maximalise la liberté individuelle et qui remet l’état à sa place (défense de la liberté individuelle).
    Au final je vote rarement et sûrement pas pour les extrêmes.

  9. Le RN a ses origines frontistes était libéral comme JM Le Pen c est quand Marine Le Pen récupère le bébé que le RN devient anti-liberal
    D ailleurs l opposition entre elle et Marion maréchal achope justement sur ce sujet
    S Knafo est aussi plutôt libérale
    La grande majorité des droites extrêmes est libérale ( G Meloni, G Wilders, B de Wevers, S Abascal…)

  10. C’est ce qui me fatigue chez les libéraux…Toujours ces sempiternelles analyses philosophiques qui évitent soigneusement de poser les vraies questions que se pose l’électeur de droite
    La question pour un électeur de droite est très très simple : voulez-vous voir la gauche (ou la Macronie, qui est idéologiquement social-démocrate, Edouard Philippe comme les autres) remporter les élections ou pas ?
    Si oui, vous votez Philippe, si non, vous votez pour le candidat le mieux placé pour l’emporter au second tour face au candidat du système.
    Alors sans doute que ce sera le RN, et en tant que libéral pur et parfait, vous ne serez pas satisfait à 100%. Mais si les thèmes de l’immigration et de la sécurité vous importent, vous préférerez le RN au programme d’un Philippe qui, dès l’automne 2026, devra concéder énormément à l’aile gauche macroniste pour éliminer Attal de la course, ce qui aboutira à un programme économique sans doute moins disant par rapport à un RN qui d’ici là, en sens inverse, aura inévitablement besoin de libéraliser son programme pour gagner les voix qui lui manquent au centre-droit, et parce qu’il doit déjà se préparer à faire face à la situation catastrophique d’un pays qui ne peut plus se permettre de raser gratis.
    La seule attitude rationnelle pour la droite libérale est de rejoindre Eric Ciotti et le refuge qu’il propose au sein de l’UDR, parce qu’il accepte les défauts du RN et qu’il a compris, parce qu’il sait comment ça marche en réalité, que tous comptes faits, ça restait une meilleure option qu’Edouard Philippe.
    Alors oui, on peut rêvasser d’un David Lisnard, ou d’une Sarah Knafo qui atteindraient, l’un ou l’autre, le second tour de la présidentielle, mais dans la réalité, ça ne marche pas comme ça. Dans la réalité il y a aujourd’hui trois grands pôles politiques reconnus par les Français dans les scrutins nationaux : LFI, la Macronie (sans doute Philippe) et le RN. C’est entre deux de ces trois là qu’il faudra choisir au second tour de la présidentielle. Ou alors s’abstenir et observer 🙂

    1. « La seule attitude rationnelle pour la droite libérale est de rejoindre Eric Ciotti et le refuge qu’il propose au sein de l’UDR, parce qu’il accepte les défauts du RN et qu’il a compris, parce qu’il sait comment ça marche en réalité, que tous comptes faits, ça restait une meilleure option qu’Edouard Philippe. » … bien résumé !

    2. Je salue votre très pertinente analyse.

      Professant, pour ma part, depuis 2017, un second tour opposant le RN à Jean-Luc Mélenchon et la victoire écrasante, donc, de Jean-Luc Mélenchon (auquel se ralliera tout « l’arc républicain » terrorisé par le « retour du fascisme »), je considère les dissertations épuisantes sur le ni-ni du plus mauvais goût…

      1. C’est d’autant plus probable qu’il n’y aura sans doute pas de primaire du centre (on ne peut pas parler de primaire de la droite et du centre quand le RN, qui reste le grand parti de droite du point de vue de l’électeur de droite moyen, n’y participe pas) et qu’Edouard Philippe devra faire face à la concurrence de petits candidats qui vont grignoter son capital électoral (Lisnard, Retailleau et dans une moindre mesure Reconquête et De Villepin) et peut-être même, s’il ne gauchise pas suffisamment son programme, d’un représentant de l’aile gauche de la Macronie

    3. Ah oui c est vrai le RN a programme économique liberal…..qui ressemble comme 2 gouttes d eau a celui de feu le NFP😂😂😂😂😂

      1. en 2027, il y aura le choix au second tour entre RN et LFI… il faudra alors choisir… tout le reste n’est que littérature.

  11. En 1981, Mitterrand le fourbe est élu grâce à l’union de la gauche. La droite à toujours été incapable de s’unir. Une raison simple, la droite la plus bête du monde ! Quand vous voyez l’attitude des L.R. c’est à tomber de désespoir. Ils sont en très grande majorité socialistes, idem pour l’UDR, les centristes, et renaissance. Dès lors, tout regroupement est impossible ! La France est donc condamnée à ne jamais se relever !

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