C’est un tournant historique en Amérique latine. Dans un entretien accordé au Financial Times, le nouveau président bolivien Rodrigo Paz annonce vouloir enterrer près de vingt ans de socialisme au profit d’un programme assumé de « capitalisme pour tous ».
Depuis 2005, la Bolivie était gouvernée par le Mouvement vers le socialisme (MAS), d’abord sous Evo Morales, puis sous Luis Arce. Résultat : une économie au bord de l’asphyxie. Réserves de change presque épuisées, déficit budgétaire autour de 11 % du PIB, inflation proche de 20 %, marché noir du dollar florissant.
À son arrivée au pouvoir en novembre, Paz a déclaré l’urgence économique et supprimé la coûteuse subvention aux carburants – jusqu’à 2,5 milliards de dollars par an (pour un pays dont le PIB est d’environ 50 milliards de dollars) – dont une large part alimentait contrebande et corruption. Les économies réalisées ont servi à réduire le déficit, tout en renforçant certaines aides ciblées et en relevant le salaire minimum de 20 %.
Mais l’enjeu central est ailleurs : libérer le potentiel minier et énergétique du pays.
La Bolivie possède environ un cinquième des réserves mondiales de lithium, selon l’US Geological Survey. Pourtant, faute d’expertise et d’investissements suffisants de l’entreprise publique YLB, elle reste marginale face à ses voisins. Le président compare : 50 milliards de dollars de recettes minières au Pérou l’an dernier, 65 milliards au Chili, contre à peine 6 milliards pour la Bolivie.
Le nouveau cap est clair : partage des risques à 50-50 avec les investisseurs étrangers, ouverture à la technologie internationale, révision des contrats signés avec la Chine et la Russie – transparence exigée, mais respect des engagements s’ils sont validés.
Fait révélateur : Paz souligne que 85 % de l’économie bolivienne est informelle. « Ces 85 % ne travaillent pas pour l’État, ce sont des capitalistes », affirme-t-il. Autrement dit, le marché existe déjà – mais hors des radars fiscaux et réglementaires (ce qui n’est pas sans rappeler les travaux de Hernando de Soto sur le capital !)
Reste une question politique majeure : une société marquée par des décennies de nationalisations, de rhétorique anti-extractive et de protestations minières peut-elle accepter un virage pro-investissement ? Le pari de Paz est que oui – à condition que les bénéfices soient visibles et partagés.
La Bolivie pourrait ainsi devenir un laboratoire inattendu : celui d’une transition du populisme extractif d’État vers un capitalisme contractuel, sous contrainte budgétaire. L’Amérique latine observe. Les investisseurs aussi.
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Une réponse
Le socialisme, sous quelque forme que ce soit a toujours été un échec, parce qu’il est en fait un mélange de populisme, favoritisme et corruption plus ou moins légale, en ajoutant un management public désastreux et menteur.
(Pour rire un peu – quand on n’est pas Bolivien – je précise que la Bolivie n’a pas de débouché maritime, mais possède deux vedettes sur le lac Titicaca, où il n’existe aucune menace, le Pérou en face n’y a aucun navire de combat, petit ou gros. Mais la Marine Bolivienne est dirigée par 5 amiraux, c’est typiquement de la corruption légale, aucun dirigeant public, même nul en management, ne saurait justifier cela) Mais ne les blâmons pas, la France en est au même point, les Boliviens pourraient rire de toutes nos agences.