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dimanche 12 juillet 2026

La France en pénurie de climatiseurs : le prix de trente ans de désindustrialisation

Temps de lecture : 2 minutes

Après les masques en 2020, les climatiseurs en 2026 : jeudi 2 juillet, la vente de 200 000 appareils chez Lidl a viré au chaos, avec des bagarres pour les quelques équipements disponibles. Un pays qui se bat pour un ventilateur n’a pas un problème de météo, il a un problème d’offre et un problème d’offre se résout par la production, pas par la communication ministérielle.

« Tout le stock a été réquisitionné par la préfecture », affirme un internaute reparti bredouille d’un Leroy Merlin de Charente-Maritime. L’État s’en défend : les établissements auraient simplement été « invités à commander eux-mêmes » (cabinet de Stéphanie Rist, ministre de la Santé). Peu importe la sémantique administrative : que ce soit par réquisition ou par incitation, l’effet sur le marché est strictement identique. En n’ayant rien anticipé, la puissance publique s’est retrouvée à jouer des coudes avec ses propres citoyens pour les mêmes cartons de climatiseurs. La ministre a fini par admettre, sur TF1, « une tension sur ce marché » : un aveu de retard, pas une explication. Car cette pénurie ne vient pas du ciel, elle vient de décennies de désintérêt pour l’appareil productif. En 2025, 82 % des climatiseurs importés en France provenaient de Chine (60 %), de Corée du Sud (13 %) et de Thaïlande (9 %)[1]. Le groupe Atlantic invoque une spécialisation historique française dans le chauffage plutôt que le refroidissement : un choix industriel d’hier qui coûte cher aujourd’hui.

Aucune étude nationale n’avait évalué la capacité du parc immobilier hospitalier à garantir la résilience d’été, un manquement documenté dès 2024 par la Cour des comptes elle-même — preuve que l’impréparation de cet été n’est pas un accident de calendrier mais la continuation d’un aveuglement connu et établi depuis deux ans, sans qu’aucune politique de rattrapage n’ait suivi. Cette même impréparation se retrouve, en miroir, du côté industriel : des décennies sans investissement dans la production de climatiseurs, une filière qui vise péniblement 70 000 unités d’ici 2030 quand le seul marché des pompes à chaleur air-air en absorbe 800 000 par an[2] et une dépendance à des circuits d’approvisionnement asiatiques par nature incapables de répondre à un pic de demande en quelques semaines. « Les industriels n’ont pas investi », résume Grégoire Morineaux, de Rexel (Le Figaro, 4 juillet 2026). Coût du travail élevé, normes qui ont bridé la demande, énergie chère, plans publics lancés puis abandonnés : la France n’a en effet jamais offert à ses industriels d’horizon stable pour investir dans la climatisation.

Ces ruptures de stock massives ne relèvent donc en rien de la fatalité climatique. C’est le prix de décennies sans investissement industriel et d’un État qui préfère improviser dans l’urgence plutôt que de laisser le marché anticiper.


[1] La Fabrique de l’industrie, données citées par Le Figaro, 4 juillet 2026

[2] Camille Beurdeley, Uniclima, citée par Le Figaro, 4 juillet 2026

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