La guerre en Iran est souvent présentée comme un facteur d’accélération du déclin du dollar. C’est notamment la thèse d’un rapport de la Deutsche Bank, publié le 24 mars. Mais, pour Diana Choyleva, spécialiste de l’économie chinoise, cette lecture est erronée : dans un article pour le Wall Street Journal, elle explique que le conflit pourrait au contraire consolider le système du pétrodollar. Avant cette guerre, la Chine menait une stratégie méthodique pour éroder la domination du dollar dans le commerce pétrolier. Pékin développait des circuits de règlement en yuan, des infrastructures financières alternatives – comme la plateforme mBridge – et renforçait ses liens avec les producteurs du Golfe. L’objectif était de déplacer une part croissante des transactions pétrolières hors du dollar.
Le système du pétrodollar, issu de l’accord de 1974 entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, repose sur trois piliers : un pétrole libellé en dollars, des transactions réglées en dollars, et des recettes pétrolières réinvesties dans des actifs libellés en dollars. Ce mécanisme confère au billet vert une position centrale dans l’économie mondiale. L’affaiblir revient à remettre en cause cette architecture.
C’est précisément sur ce terrain que la guerre en Iran change la donne. Les États-Unis réaffirment leur rôle de garant de la sécurité dans le Golfe, un élément clé du système pétrodollar. Les monarchies de la région, notamment l’Arabie saoudite, ont soutenu l’intervention américaine. Pour Diana Choyleva, une chose est sûre : bien que l’engagement sécuritaire ait été mis à l’épreuve, il a tenu bon.
Parallèlement, Washington renforce son influence sur d’autres sources d’approvisionnement énergétique, notamment au Venezuela. Si les États-Unis parvenaient à contrôler, directement ou indirectement, une part déterminante des réserves de l’hémisphère ouest, ils disposeraient de réserves supérieures à celles de l’ensemble des pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole.
Cette logique éclaire les scénarios de sortie du conflit. Le plus bénin verrait un Iran affaibli, acceptant un arrangement sur la reprise des flux pétroliers sous supervision américaine, avec un maintien des transactions en dollars. Cette issue est plausible, mais il n’est pas certain que les dirigeants iraniens actuels soient capables de conclure un accord durable. Un scénario plus radical impliquerait un contrôle direct de l’île de Kharg, principal terminal d’exportation pétrolière de l’Iran, et du détroit d’Ormuz. Ce serait coûteux, mais stratégique : contrôler le goulet d’étranglement par lequel transite un cinquième du pétrole mondial, c’est aussi contrôler la monnaie d’échange. La Chine observera tout cela avec une frustration considérable, puisque Pékin a passé des années à mettre en place les fondations d’un système de « pétro-yuan » au prix d’énormes efforts diplomatiques et financiers.
Diana Choyleva conclut en ces termes : le sort à long terme du dollar dépendra de la capacité de Washington à maintenir cette stratégie. En attendant, ceux qui concluent que le pétrodollar est déjà à l’agonie lisent la carte à l’envers. Le dollar riposte.
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5 réponses
« Un scénario plus radical impliquerait un contrôle direct de l’île de Kharg, »
Cette opinion autorisée confirme le bien modeste avis que j’avais ici exprimé. Contrôler cette île par un débarquement limité rendu possible par la maîtrise du ciel aurait mis rapidement à genoux la théocratie iranienne, ce qui ne semble pas encore être le cas.
Le dollar restera encore un bon moment la monnaie de réserve mondiale car la force armée américaine est sans égal pour faire respecter l ordre mondial et inspire confiance
Le coup de force de Trump au moyen Orient va faire rentrer à la tanière de nombreux matadors russe, tuc, chinois, arabe perse….
Ce qui est certain, c’est que les « choeurs anti-trumpistes » (qui occupent désormais la grande presse autant que les complotistes d’internet ! quel unisson baroque !) n’ont pas encore bien compris que le POTUS suit une politique rationnelle… On peut l’approuver ou le désapprouver, mais il serait temps que les analystes restituent à Trump une grille d’analyse incluant la rationalité des acteurs.
La meilleure nouvelle serait une chute du terrible régime iranien. Il faut continuer de frapper. Le premier résultat, l’affaiblissement des « proxies » Hezbollah et Hamas, est une première (petite) étape, qui a mis au jour la complicité des forces de l’ONU dans la construction des tunnels par ces assassins pour commettre leurs razzias en Israël, seule démocratie digne de ce nom dans la sous-région.
Courage à la population iranienne !
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5 réponses
« Un scénario plus radical impliquerait un contrôle direct de l’île de Kharg, »
Cette opinion autorisée confirme le bien modeste avis que j’avais ici exprimé. Contrôler cette île par un débarquement limité rendu possible par la maîtrise du ciel aurait mis rapidement à genoux la théocratie iranienne, ce qui ne semble pas encore être le cas.
Le dollar restera encore un bon moment la monnaie de réserve mondiale car la force armée américaine est sans égal pour faire respecter l ordre mondial et inspire confiance
Le coup de force de Trump au moyen Orient va faire rentrer à la tanière de nombreux matadors russe, tuc, chinois, arabe perse….
« hémisphère Ouest » : amusant
Ce qui est certain, c’est que les « choeurs anti-trumpistes » (qui occupent désormais la grande presse autant que les complotistes d’internet ! quel unisson baroque !) n’ont pas encore bien compris que le POTUS suit une politique rationnelle… On peut l’approuver ou le désapprouver, mais il serait temps que les analystes restituent à Trump une grille d’analyse incluant la rationalité des acteurs.
La meilleure nouvelle serait une chute du terrible régime iranien. Il faut continuer de frapper. Le premier résultat, l’affaiblissement des « proxies » Hezbollah et Hamas, est une première (petite) étape, qui a mis au jour la complicité des forces de l’ONU dans la construction des tunnels par ces assassins pour commettre leurs razzias en Israël, seule démocratie digne de ce nom dans la sous-région.
Courage à la population iranienne !