Bien que le dollar ait souffert du recul des États-Unis dans le commerce mondial – d’environ 18 % en 2000 à 12 % en 2025 – il est resté, au cours des deux dernières décennies, la monnaie dominante dans le commerce international. Aucune alternative crédible ne semble en mesure de le remettre en cause, d’après l’économiste Enrico Colombatto pour le GIS Reports.
Certes, au cours de l’année écoulée, la situation était plutôt contrastée : le taux de change du dollar s’est affaibli devant l’euro et la livre sterling (de 0,95 à 0,85 et de 0,79 à 0,74), et s’est renforcé devant le yen (de 150 à 155). Dans le même temps, son rôle de réserve de valeur s’est légèrement affaibli à échelle mondiale, de 60 % au milieu des années 1990 – avec un pic à 70 % en 2000 – à 57,8 % en 2024. Ce recul est toutefois à relativiser par rapport à l’euro, qui représente 19,8 % des avoirs de réserves de change dans le monde, ou au renminbi (à peine plus de 2 %).
En dehors des monnaies fiduciaires, l’or demeure le principal actif de réserve. Son prix a augmenté d’environ 65 % sur un an, mais les quantités détenues par les banques centrales n’ont progressé que marginalement, de 3 points de pourcentage. Malgré les annonces répétées d’achats massifs, il n’y a donc pas eu de réallocation significative.
Pour Enrico Colombatto, la domination du dollar ne fait guère de doute, en dépit des initiatives destinées à le concurrencer, qu’il s’agisse des cryptomonnaies ou des zones monétaires autour du renminbi ou des BRICS. Bien sûr, cela ne signifie pas qu’il soit en bonne santé : depuis 2020, il a perdu près de 20 % de son pouvoir d’achat ; les investisseurs étrangers recherchent des alternatives aux titres de dette américains ; les actions américaines sont jugées coûteuses… À cela s’ajoutent les incertitudes liées à la politique économique américaine.
Quant à l’or, il conserve son statut de valeur refuge, mais sa volatilité – comparable à celle des actions et supérieure à celle des obligations libellées en dollars ou en euros – en limite l’usage comme valeur de réserve. Cette volatilité dissuade les banques centrales, soucieuses d’éviter d’être tenues responsables en cas de baisse des prix, et empêche son utilisation comme unité de compte dans les échanges commerciaux.
Sur le papier, l’euro pourrait être une alternative. Christine Lagarde a récemment suggéré que la demande mondiale pour l’euro pourrait augmenter, notamment si l’Europe renforçait sa capacité militaire et développait des actifs sûrs. Mais pour l’auteur, c’est l’inverse qui semble le plus probable : les investisseurs se méfient des économies fortement réglementées et des politiques monétaires jugées risquées. L’euro souffre de la faiblesse de l’économie européenne et des contraintes réglementaires importantes.
L’économiste conclut en ces termes : les banques centrales peuvent chercher à réduire leur dépendance au dollar, mais aucune alternative crédible ne s’impose à court terme. Le scénario le plus probable reste donc le maintien de sa domination, avec une diversification progressive des réserves vers l’or, dont la demande devrait augmenter dans un contexte d’incertitude… sans pour autant remettre en cause le rôle central du billet vert.
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3 réponses
En effet, les gens enterrent un peu vite le dollar… Le fait qu’il soit en crise depuis des décennies (Robert Triffin, ayant participé à la conception de Bretton-Woods, démontra dès les années 1950 le fameux « dilemme » entre stabilité du dollar et demande mondiale de liquidités) ne change rien à l’affaire… Il est pour le moment irremplaçable. La Chine, en dépit de ses performances, demeure un système imprévisible et opaque, et devra gagner en confiance de long terme. Quant aux autres monnaies, elles demeurent loin de la confiance et de la disponibilité du dollar. D’ailleurs, si le dollar peut autant se dégrader sans exploser, c’est précisément parce-qu’il reste la seule option crédible actuellement. Mais l’Amérique devrait néanmoins prendre garde à conserver des institutions financières libérales rigoureuses (aussi bien contre certaines des foucades de Trump que contre le socialisme rampant des démocrates).
Depuis 2 000, le sud global comme de nombreux pays occidentaux nous parlent toujours de la fin du dollar comme monnaie de réserve mondiale mais du rêve a la réalité il y a un gouffre abyssale
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3 réponses
En effet, les gens enterrent un peu vite le dollar… Le fait qu’il soit en crise depuis des décennies (Robert Triffin, ayant participé à la conception de Bretton-Woods, démontra dès les années 1950 le fameux « dilemme » entre stabilité du dollar et demande mondiale de liquidités) ne change rien à l’affaire… Il est pour le moment irremplaçable. La Chine, en dépit de ses performances, demeure un système imprévisible et opaque, et devra gagner en confiance de long terme. Quant aux autres monnaies, elles demeurent loin de la confiance et de la disponibilité du dollar. D’ailleurs, si le dollar peut autant se dégrader sans exploser, c’est précisément parce-qu’il reste la seule option crédible actuellement. Mais l’Amérique devrait néanmoins prendre garde à conserver des institutions financières libérales rigoureuses (aussi bien contre certaines des foucades de Trump que contre le socialisme rampant des démocrates).
Depuis 2 000, le sud global comme de nombreux pays occidentaux nous parlent toujours de la fin du dollar comme monnaie de réserve mondiale mais du rêve a la réalité il y a un gouffre abyssale
Il n’y a AUCUNE alternative crédible, donc le dollar reste dominant !