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dimanche 7 juin 2026

L’audition lunaire de Pierre-Édouard Stérin

Temps de lecture : 2 minutes

Jeudi 4 juin, Pierre-Édouard Stérin, fondateur de Smartbox et président du conseil d’administration du Fonds du bien commun, a été auditionné dans le cadre d’une commission d’enquête sur les « mécanismes de financement des politiques publiques par des organismes, sociétés ou fondations de droit privé ».

Installé en Belgique depuis 2012, l’entrepreneur se définit comme un exilé fiscal : « François Hollande n’aime pas les riches, et moi je n’aime pas les socialo-communistes ». Il a rapidement abordé sa situation financière : en Belgique, il économise entre 100 000 et 200 000 euros par an en impôts, soit 3 millions d’euros depuis son expatriation, et redistribue 150 millions d’euros en France via des projets méta-politiques.

Pierre-Édouard Stérin incarne le mythe de l’entrepreneur parti de rien. Issu de la classe moyenne, il a commencé à travailler dès l’âge de 12 ans pour pouvoir mettre de l’argent de côté. Étant « nul à l’école » et « nul en sport » (il voulait devenir champion du monde de tennis), il a construit sa vie professionnelle pour réaliser son rêve : devenir milliardaire. C’est pourquoi il a créé sa propre entreprise de vente jeux vidéo sur Internet en 1999, avec 3 millions d’euros de chiffres d’affaires dès la première année, avant de la revendre pour quelques milliers d’euros plusieurs années plus tard. M. Stérin explique avoir cumulé près d’une vingtaine d’échecs, tant scolaires que professionnels, avant de fonder Smartbox en 2003 avec 5 000 euros prêtés par ses parents. Une sorte de « revanche sur la vie » : l’entreprise est passée de 0 à 500 millions de chiffre d’affaires et de 0 à plus de 1 000 collaborateurs en 10 ans. Ayant atteint son « seuil de compétences », il a démissionné de son poste de directeur général et continue aujourd’hui de créer des entreprises avec « un taux d’échec relativement élevé ». Avec les dividendes qu’il reçoit de Smartbox, il investit dans des entreprises françaises et américaines. Sa motivation n’est plus de « faire de l’argent pour faire de l’argent », mais de « faire le bien » à travers plusieurs projets : le Fonds du bien commun, un projet philanthropique, et la fondation Périclès, un projet « méta-politique », qui diffusent des idées qu’il qualifie de « droite libérale-conservatrice ».

M. Stérin a notamment été interrogé sur la « légalité républicaine » de ses actions, sur la différence entre « l’engagement philanthropique, qui relève de la générosité privée, et l’action d’influence sur les politiques publiques, qui appellent des exigences de transparence renforcées », sur un « risque de contrôle de la pensée »… On imagine difficilement un tel spectacle dans d’autres pays : aux États-Unis par exemple, les grandes fondations philanthropiques financent depuis longtemps des universités, des think tanks, des médias ou des causes politiques sans que cela soit automatiquement assimilé à une menace démocratique. En France, les parlementaires semblent avoir du mal à comprendre qu’un entrepreneur puisse dépenser son argent comme il l’entend.

Le plus frappant reste sans doute que cette commission d’enquête ait consacré autant de temps (près d’une heure trente d’audition) et d’énergie à disséquer les convictions de Pierre-Édouard Stérin (après avoir aussi auditionné les directeurs généraux du Fonds du bien commun d’une part et de Périclès d’autre part). À première vue, 16 personnes étaient présentes dans la salle, soit plus que lors de l’audition à l’Assemblée nationale du PDG de MistralAI, Arthur Mensch (9 à peine), alors que les enjeux liés à l’IA sont infiniment plus importants que la réussite économique et l’engagement idéologique assumé d’un entrepreneur.

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