On ne négocie pas avec les preneurs d’otages. Les Républicains ont tenu bon. Le « shutdown » déclenché délibérément par les leaders démocrates se termine en débandade pour la gauche américaine. Après 40 jours de blocage absurde, huit sénateurs démocrates pragmatiques ont finalement lâché leur leader jusqu’au-boutiste. Ils sont traités de pleutres par leurs collègues plus à gauche, mais leur décision était la bonne.
La courte majorité républicaine du Sénat, avec un appui parfois critique et même distant de Donald Trump, a résisté à la tentation. Le leader républicain John Thune, sénateur du Dakota du sud, a dignement et calmement gardé le cap pendant près de six semaines. Il n’a pas engagé de « négociations » avec les démocrates sur la question d’un rétablissement de subventions facilitant l’accès à l’assurance maladie de plus de 20 millions d’Américains. Il a exigé – et finalement obtenu le 10 novembre –- que les démocrates votent d’abord un texte permettant de financer, au moins temporairement, les dépenses discrétionnaires de l’État.
Ne fait pas du Trump qui veut
La crédibilité de Chuck Schumer, vieux chef de la minorité démocrate de la Chambre haute, est sérieusement entamée. Celle de son homologue, Hakeem Jeffries, à la Chambre des représentants, l’est aussi. Ils ont voulu « faire du Trump », c’est-à dire renverser la table, quitte à prendre en otage quelque 3 millions de fonctionnaires fédéraux, et même obliger 700.000 d’entre eux à travailler sans salaire, pour accréditer l’idée que la Maison-Blanche provoquait un chaos anti-démocratique aux États-Unis.
Certains médias, à la solde de la gauche de la gauche démocrate, ont donné le change. Le discours « progressiste » qui confine à l’hystérie, a voulu faire croire qu’un coup d’État fasciste étranglait le système démocratique et persécutait les foyers américains défavorisés, incapables de s’offrir une assurance médicale.
Leur manœuvre se prétendait juste car menée afin d’obliger les républicains à revenir sur leur loi fétiche de juillet dernier. Ce texte, entre autres, éliminait quelque 30 milliards de dollars de dépenses annuelles, versées directement aux compagnies privées d’assurance-maladie, pour réduire le coût des primes d’assurance obligatoire.
Hélas pour les agités du socialisme à l’américaine, dans le système politique des États-Unis, le parti majoritaire décide. Surtout lorsqu’il contrôle l’ordre du jour de l’exécutif et du législatif. L’idée de minoritaires consistant à profiter de votes incontournables sur les budgets des agences et départements fédéraux, pour forcer le parti majoritaire à revenir sur ses législations passées, revient à prendre le gouvernement en otage.
Des motivations fort peu sociales mais très politiciennes
Malheureusement, pour certains élus extrémistes, l’important n’est pas de faire adopter des réformes ou de faire appliquer un programme. La priorité de ces dogmatiques est au contraire de créer le chaos, d’occuper le terrain médiatique, d’entretenir la colère de minoritaires et de leurs sympathisants dans la presse.
Terrorisés par le risque de voir, lors des primaires démocrates qui approchent, des « progressistes » venir les défier dans leurs fiefs, les vieux leaders démocrates ont cru que le « shutdown » redorerait leur blason de militants combatifs. Impuissants devant la révolution trumpiste, ils ont voulu faire dans le populisme de gauche. Leur échec promet un déchirement au sein du Parti démocrate, opposant la gauche traditionnelle, dont les vieux leaders sont sur la défensive, à l’extrême gauche ouvertement socialiste, galvanisée par l’élection de Zohran Mamdani à New York.
D’un point de vue législatif, le résultat est nul. John Thune obtient la reprise des activités gouvernementales sans concession sérieuse. Il n’a promis qu’un vote d’ici la mi-décembre sur la reconduction des subventions à l’assurance. On présente comme « une victoire démocrate » l’annulation des licenciements, décrétés après le 1er octobre, de quelque 4000 fonctionnaires et le paiement des arriérés de salaire de tous fonctionnaires. Or ces conditions sont conformes aux précédentes fins de « shutdowns ».
Le « shutdown » a coûté très cher
La crise artificiellement provoquée par le tandem démocrate branlant Schummer-Jeffries aura probablement, malgré tout, aidé la gauche à très court terme : l’ampleur des victoires électorales dans les élections partielles du 4 novembre, tient en partie à la mobilisation de l’électorat démocrate outré. Surtout en Virginie, État riche en fonctionnaires fédéraux.
Le coût économique de cette prise d’otages est estimé à 15 milliards de dollars par semaine perdue, soit près de 90 milliards de dollars. Des dizaines de milliers de vols supprimés, des milliers de séjours hôteliers annulés, des restaurants vides, des salons de coiffure désertés, des milliers de familles d’agents de l’État à court de liquidités pour payer leurs dettes… quel gâchis ! Comme le note le très honnête éditorial du Washington Post – une fois n’est pas coutume – : « Les élus de gauche qui veulent prolonger le « shutdown » du gouvernement refusent d’admettre la douleur inutile qu’ils ont causée. » À moyen terme cependant, il est possible que les démocrates aient trouvé un cheval de bataille pour les législatives de mi-mandat : ils pensent pouvoir faire campagne sur le thème de la cruauté des Républicains, insensibles aux sacrifices des pauvres pour s’assurer.
Ce ne sera possible que si la droite trumpiste ne trouve pas une solution d’ici là. La dernière idée qui fait son chemin : au lieu de verser une subvention aux assureurs, pourquoi ne pas la verser directement aux assurés, pour laisser à ces derniers le choix de leur formule d’assurance-maladie ? La vraie réponse au problème du coût d’Obamacare, n’est pas d’arroser les compagnies d’assurance de subventions publiques. C’est de supprimer les conditions ruineuses qui leur sont imposées dans la couverture d’assurance, tout en les obligeant à se soumettre à une réelle concurrence sur un marché des soins qui serait plus transparent. Donald Trump dit que cette approche libérale l’intéresse. Il avait laissé passer une occasion de réforme lors de son premier mandat. Osera-t-il aujourd’hui aller au « clash » avec les géants de l’assurance-maladie ? Ce n’est malheureusement pas certain.
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