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mercredi 22 avril 2026

Les projets d’investissements en France chutent lourdement : -18% en 2025

Temps de lecture : 4 minutes

Nouvelle preuve des difficultés que connaît l’économie française : les intentions d’implantation des chefs d’entreprises en France à horizon de 18 à 24 mois baissent de 18% entre 2024 et 2025. La crise pétrolière actuelle ne risque pas d’améliorer la situation.

 En matière d’attractivité, la guerre des chiffres fait rage. Le gouvernement a toujours tendance à voir des données mirobolantes, tandis que leur examen approfondi comme l’IREF-Contrepoints le pratique régulièrement, conduit plutôt à les relativiser.

Une baisse de 30% des projets d’investissement depuis 2021

A l’occasion de la publication du bilan 2025 des investissements internationaux par Business France, fin janvier 2026, ministres et hauts fonctionnaires ont multiplié les déclarations dithyrambiques. Pour Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, notre pays « confirme son statut de terre d’accueil privilégiée pour les investisseurs du monde entier. C’est le résultat d’une politique d’attractivité assumée. » Pour Nicolas Forissier, ministre du Commerce extérieur et de l’attractivité, la France « demeure une destination compétitive pour les investisseurs étrangers » et occupe ainsi « une place centrale sur la scène internationale ». Quant à Pascal Cagni, président du conseil d’administration de Business France, il évoque la solidité des « fondamentaux » français qui « offrent des avantages compétitifs significatifs pour les entreprises internationales ».

De même, le baromètre industriel de l’État publié il y a quelques jours a tendance à voir le verre à moitié plein alors qu’il révèle une baisse importante des ouvertures d’usine.

A écouter nos dirigeants, tout irait très bien dans notre merveilleux pays et il n’y aurait rien à faire pour améliorer notre attractivité et notre compétitivité. Ce n’est pas vraiment le sentiment que l’on a à la lecture du « Baromètre 2026 de l’attractivité des territoires » réalisé par Ancoris et le groupe SCET, qui a été rendu public il y a quelques jours. Ce baromètre est intéressant parce qu’il s’appuie sur des entretiens avec des dirigeants d’entreprises françaises et internationales portant sur leurs intentions d’implantation à horizon de 18-24 mois, et qu’il est complété par une enquête auprès des collectivités locales.

Il met en évidence un recul des projets d’investissement en France, qu’ils proviennent de notre pays ou de l’étranger, de 18% entre 2024 et 2025, et de 30% depuis 2021. C’est le niveau le plus bas atteint depuis 2019 avec 1305 projets contre 1546 (chiffres qui ne prennent pas en compte le commerce de détail et le tourisme, ni les projets d’extension d’activités existantes sur un même site).

Trois faits significatifs sont à noter. Le premier est que la baisse concerne tous les secteurs d’activité : bureaux (-8%), industrie (-10%), logistique et commerce de gros (-26%). Le second est que les projets sont de plus en plus petits, notamment en termes d’emplois créés. Si 30% des projets créaient moins de 5 emplois en 2024, ils sont 41% en 2025. Dans le tertiaire, les petits projets passent de 35% en 2024 à 52% en 2025 ; et dans l’industrie, de 18% en 2024 à 37% en 2025.

Enfin, troisième élément qui dénote une inquiétude de la part des entreprises : celles qui souhaitent louer des locaux ne cessent de progresser au détriment de celles qui veulent acheter. Comme l’écrivent les auteurs de l’étude : « dans un environnement de financement plus contraint et de visibilité réduite, les entreprises privilégient des montages qui limitent l’engagement et conservent des marges de manœuvre. »

Faire le tri dans les projets

Le baromètre Ancoris-SCET permet par ailleurs d’identifier les freins à l’implantation des entreprises du point de vue des acteurs territoriaux. Les principaux sont l’indisponibilité ou l’inadéquation du foncier économique (cité par 60% des personnes interrogées) et de l’offre immobilière (41%). Les auteurs de l’étude pensent que cette pression sur le foncier « pousse les collectivités à exercer une sélectivité accrue, notamment en écartant les projets trop consommateurs de foncier par rapport au nombre d’emplois générés ».

Les collectivités – et l’État qui impose un objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) –seraient ainsi le principal obstacle au développement économique sur leur territoire. Les TPE et PME, qui emploient tout de même 46% des salariés français, seraient même les plus touchées par cet empêchement à croître. En effet, 60% des représentants des collectivités et intercommunalités interrogées affirment avoir refusé un projet d’implantation parce qu’il était trop peu créateur d’emplois au regard du nombre de mètres carrés dont il avait besoin. En résumé, des bureaux pour 50 employés, c’est oui ; mais un atelier de charpente de 5 personnes, c’est non !

Surtout si les charpentes sont métalliques (et non en bois) et que les employés de bureau travaillent pour une plateforme de recyclage. Car 51% des décideurs locaux admettent refuser les projets (et les entreprises) qu’ils jugent de « mauvaise qualité environnementale ». C’est comme cela que l’on fait un pont d’or à Ÿnsect, entreprise qui n’a jamais gagné un sou malgré les millions d’euros de subventions qu’elle a reçus, et que l’on s’oppose à l’implantation d’un entrepôt Amazon.

Simplifier la cadre réglementaire

Les décideurs territoriaux interrogés dans le baromètre demandent très nettement (80%) à l’État une simplification du cadre réglementaire (urbanisme, environnement, droit du travail…). Une majorité (51%) se détache aussi pour souhaiter une « nouvelle réforme de décentralisation pour renforcer le rôle des territoires ». Les deux revendications peuvent très bien se combiner dans un « droit à simplifier » par la subsidiarité comme vient de le proposer Alain Madelin.

En revanche, nous sommes étonnés que seulement 14% des décideurs locaux demandent à l’État une « amélioration du niveau éducatif et de la place de la France dans les classements ». Pourtant la baisse continue du niveau scolaire depuis au moins une quarantaine d’années menace directement l’innovation, la productivité et la croissance de l’économie.

Les collectivités qui plaident en faveur d’une augmentation des aides financières et subventions (29%) sont plus nombreuses que celles qui réclament à l’État une baisse de la fiscalité sur les entrepreneurs et les entreprises (26%). Que les collectivités se mettent vraiment à l’écoute des entrepreneurs : elles constateraient qu’ils sont de plus en plus nombreux à réclamer la suppression des aides concomitamment à celle des taxes et impôts qui les handicapent dans la compétition internationale. En la matière, nous regrettons que les collectivités ne balayent pas devant leur porte : ne contribuent-elles pas de manière significative à l’alourdissement les prélèvements (CFE, versement mobilité, etc.) ?

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7 réponses

  1. On y arrivera : dans 20 ans, il n’y aura plus que des fonctionnaires, des chômeurs, des allocataires et des retraités. Qui fera vivre tout ce petit monde ? Au delà de l’exagération, la tendance est inquiétante, où s’arrêtera le déclin ? Pour les lemmings, l’arrivée est dans l’océan, et pour la France ?

  2. Je ne comprends pas . Pourquoi s’étonner de la situation avec ce gouvernement , véritable ramassis d’incompétence qui pour faire des économies ne trouve rien d’autre que d’augmenter les impôts de 40 milliards et qui vient de s’illustrer brillamment de deux façons qui en disent long :
    – le premier ministre dit que la hausse de l’essence n’alimente pas une cagnotte mais le lendemain (sic) nous explique comment il va l’utiliser
    – le ministre des finances interrogé par le député Tanguy avue ne pas savoir qui gère le stock de précaution des hydrocarbures en France.
    Je crains le pire , il est à venir .

    1. Ce gouvernement est a l image de tres nombreux français qui pleurnichent sans arrêt tout en demandant plus d aides à la pompe…..ce qui ne les empêchera nullement de partir pour le Week-end de pâques

  3. Ne faut il pas renouveler depuis le temps la grande majorité de la classe politique française tout en réduisant le nombre de ses membres comme le président s’y était engagé par écrit ?
    Le temps n’est il pas venu d’ignorer la fatuité , le vice et l’incompétence des orgueilleux qui , ayant tenu des postes de responsabilité dans l’appareil d’État, trustent les chaises des plateaux de télévision depuis des lustres ?
    Est il souhaitable que des hauts fonctionnaires issus de l’école nationale des archipretres trustent désormais les emplois décisionnaires de politiciens et de Ministres ?
    Observe t’on une corrélation depuis plusieurs décennies entre le règne des hauts fonctionnaires et le déclassement de la France sur différents niveaux ?
    Est il logique qu’une nomenklatura qui n’assume aucune responsabilité édicte sans cesse de nouvelles règles et normes afin notamment de régenter, réglementer et limiter l’activité économique ?
    Quand sera refondu et réhabilité l’INSEE pour en faire enfin un organisme indépendant et fiable en chargé de contrôler , conforter ou invalider la véracité des chiffres macroéconomiques que communique l’administration sur l’économie du pays : taux de croissance réel, dette réelle, taux de prélèvements obligatoires, pourcentage de déficit,…?
    Pourquoi une population éduquée accepte t’elle, depuis la répression envers les gilets jaunes, ce que refusent d’autres populations européennes qui obtiennent au moins partiellement gain de cause ( voir l’exemple actuel du prix des carburants) alors qu’elles paient moins d’impôts et de taxes?
    Une prise de conscience, qui s’exprimerait sous une forme de grève générale jusqu’à satisfaction de trois/ quatre revendications sociales et fiscales majeures, est elle possible ?

  4. Investir en France ? That is the question ! Je ne pense pas qu’aujourd’hui je me décarcasserais pour lancer quoi que ce soit dans ce qui était mon pays. Pourquoi je passerais son temps à remplir des papiers, à me faire plumer et em…. par des petits hommes gris alors que sous des autres cieux tout serait fait pour m’encourager ???
    J’ai, pour ma part, créé et/ou lancé 7 start-up et j’avoue que j’ai dû dépenser plus d’énergie pour me conformer aux exigences des petits hommes gris que pour développer mon business ! C’est sûrement pour cela qu’aujourd’hui je suis désabusé et surtout … fatigué.

    1. En parfait accord ! Comme je vous comprends …! j’ai moi-même donné.. L’on ne m’y reprendra plus. Très fatigué d’être cerné par nos gouvernants qui ont tout fait pour anéantir la France par leur connerie et leur incompétence ! Les français aiment les énarcosocialos !? Ils sont inconscients ! Notre Pays est cuit !

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