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lundi 31 août 2026

Les retraites du privé confiées à un énarque, inspecteur des finances

Temps de lecture : 2 minutes

Nous l’avons montré ici à plusieurs reprises : ceux qui diagnostiquent, gouvernent et « surveillent » notre système de retraite par répartition n’y sont, pour l’essentiel, pas soumis. Sur les 49 membres du Conseil d’orientation des retraites (COR), 8 seulement relèvent du privé ; au Comité de suivi des retraites (CSR), ils ne sont que 5. Eh bien, ça continue — et cette fois au sommet même de la caisse. Paul Bazin a été nommé directeur de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV). Il a pris ses fonctions le 28 août, succédant à Renaud Villard. Or la CNAV n’est pas un petit comité Théodule : c’est la caisse qui verse leur retraite de base aux millions de salariés du privé, le cœur même du régime général. Elle en pilote les comptes et prépare, chaque année, la revalorisation – ou le gel – des pensions.

Monsieur Bazin est peut-être un homme de grandes qualités. Nous n’avons rien à reprocher à sa personne. Mais est-il normal de confier la gestion des retraites du privé à quelqu’un qui n’a jamais cotisé à une retraite privée et qui percevra une retraite du régime public, Monsieur Bazin est sans doute très compétent.  Inspecteur des finances de 1ʳᵉ classe, il est énarque (promotion Marie Curie), passé par HEC et Sciences Po. M. Bazin a fait toute sa carrière dans la sphère publique : sept ans à Pôle emploi devenu France Travail, puis chef du pôle social à Matignon sous Michel Barnier et François Bayrou, directeur de cabinet de Catherine Vautrin aux ministères sociaux, enfin conseiller social du Premier ministre Sébastien Lecornu. Un parcours impeccable et… intégralement étatique. Jamais une fiche de paie du privé, jamais une cotisation au régime général : rien que l’État, ses administrations et ses cabinets.

Voilà donc quelqu’un qui va présider aux pensions des salariés du privé sans jamais avoir relevé de leur régime, ni devoir en relever demain. Car sa retraite à lui dépend du régime spécial des fonctionnaires – le régime des pensions civiles, « équilibré » chaque année non pas par des cotisations, mais par la « contribution » de l’État employeur, c’est-à-dire par l’impôt de tous les contribuables. Rappelons que le taux de cette « cotisation » patronale est passé de 78,28 % à 82,28 % au 1ᵉʳ janvier 2026.

Et ce n’est nullement nouveau. Son prédécesseur, Renaud Villard, qui a dirigé la CNAV de 2016 à 2026, est, lui aussi, un pur produit de l’ENA (promotion Badinter), administrateur civil passé par la Direction de la sécurité sociale et le cabinet de la ministre Marisol Touraine. Avant lui, Pierre Mayeur (2009-2016) : Sciences Po, administrateur du Sénat, conseiller dans les cabinets de François Fillon, avant de piloter à son tour la retraite des salariés du privé. Trois directeurs successifs, aucun venu du privé : à chaque fois un haut fonctionnaire pour administrer un régime auquel il n’est pas soumis.

Faut-il s’étonner, dès lors, que la capitalisation demeure taboue, et que ces instances se bornent, année après année, à préconiser un peu plus d’efforts… de la part des retraités du privé ? On aimerait qu’on laisse ceux du privé s’occuper de leurs propres retraites. Nous ne critiquons pas Monsieur Bazin, mais sa nomination qui est  le énième symptôme d’un système verrouillé, où les rentiers de l’État tiennent tous les leviers – y compris celui de la caisse qu’ils ne financeront jamais de leur poche et dont ils ne dépendent pas.

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