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vendredi 12 juin 2026

« L’Homme, l’Economie et l’Etat », de Murray Rothbard

Temps de lecture : 4 minutes

C’est l’œuvre qui a converti Javier Milei, le président argentin, au libéralisme. Keynésien au moment de la découverte de cet ouvrage, il explique que sa lecture changea complètement sa vision du monde. Pour Milei, l’Homme, l’Economie et l’Etat est « l’un des ouvrages les plus extraordinaires jamais écrits ». Sa traduction par les Editions John Galt tombe à pic pour qui veut découvrir l’œuvre majeure de Murray Rothbard, économiste américain de l’école autrichienne et figure de proue du libertarianisme et de l’anarcho-capitalisme.

Cet ouvrage, l’un des plus importants pour l’école autrichienne d’économie, se divise en cinq tomes différents. Dans le premier, Rothbard pose les fondements de l’action humaine, concept clef de son mentor, Ludwig von Mises, qu’il définit simplement comme un comportement intentionnel par lequel chaque individu utilise des moyens pour atteindre ses fins. Toute action implique de fait un échange au sein duquel « l’agent a adopté le cours qui, à son avis, devait lui apporter la plus grande utilité sur son échelle de valeur ». (p. 90). L’action ne peut dès lors être qu’individuelle : il ne peut y avoir d’action collective qui se ferait indépendamment des individus. Rothbard affirme que l’économie est ainsi une science déductive de l’action humaine.  Il explique également que le prix monétaire « est déterminé par des actions décidées conformément aux échelles de valeur individuelles » (p. 252). C’est par lui que se coordonnent de façon harmonieuse les plans des acteurs, et non par un planificateur central.

Le deuxième tome contient les chapitres 5 à 9 qui se concentrent sur la production et l’entreprenariat. Rothbard y introduit le concept d’économie en rotation constante, qui est une construction intellectuelle visant à expliquer les activités de production dans une économie de marché. Cela permet ainsi au lecteur, à l’aide d’exemples précis, de comprendre le fonctionnement des taux d’intérêt. Le chapitre 8 se concentre sur le rôle de l’entrepreneur, qui est au cœur de l’économie de marché. Rothbard écrit que « chaque entrepreneur investit par conséquent dans un processus parce qu’il espère faire un profit, c’est-à-dire parce qu’il croit que le marché a sous-évalué et sous-capitalisé les facteurs par rapport à leurs rentes futures » (p. 208). Ainsi, si son avis est justifié, il fera du profit ; s’il ne l’est pas, il subira des pertes. Par cette dynamique, les entrepreneurs orientent l’économie vers une meilleure satisfaction des désirs des consommateurs.

A partir du troisième tome, chaque livre contient un seul chapitre. Dans le tome 3, Murray Rothbard livre sa vision des monopoles et de la concurrence. Selon lui, il n’existe pas de prix de monopole et de prix concurrentiels dans un marché réellement libre car l’individu (comprenant l’individu comme le consommateur) y est souverain dans ses choix, ses actions et sur sa propre personne – et le seul à pouvoir faire le meilleur choix pour lui-même. De la même façon, chaque producteur est libre de produire et de vendre ce qu’il veut à qui veut bien lui acheter. Sur un tel marché, selon Rothbard, qui conteste ainsi le fondement des politiques antitrust, la libre entrée demeure le seul et unique critère pour s’assurer que la concurrence est au service du consommateur. Rothbard prend l’exemple du syndicalisme : s’il l’estime théoriquement compatible avec un marché libre, dans la réalité des faits, les syndicats acquièrent leurs pouvoirs par l’exercice de la force contre la propriété des employeurs.  A ce titre, les négociations collectives menées par les syndicats « constituent une substitution artificielle aux résultats paisibles de la négociation individuelle » (p. 102)

Le quatrième tome se concentre sur l’étude de la monnaie. Rothbard aborde tour à tour l’offre et la demande de monnaie, la détermination des prix, les balances des paiements, les taux de change et en profite pour tacler les « sophismes keynésiens ». Il affirme radicalement que l’Etat n’a pas à s’occuper de la monnaie : c’est une fonction qui revient au marché libre et concurrentiel.  Selon lui, la monnaie est une marchandise qui sert d’intermédiaire des échanges – et comme toute marchandise, elle répond à la loi de l’offre et de la demande. Il attaque les « théoriciens du cycle économique » qui manipulent des équations, des courbes, des graphiques et des modèles mathématiques sans finalement rendre compte de la véritable analyse économique.

Le tome n°5 contient le douzième et dernier chapitre intitulé « l’économie de l’intervention violente sur le marché ». Rothbard y dénonce toute intervention étatique dans l’économie de marché qu’il décrit comme, à chaque fois, coercitive, nuisible et contre-productive. Cette coercition vient détricoter l’harmonie du marché libre. L’échange forcé qui en découle, explique Rothbard, n’est qu’un système d’exploitation de l’homme par l’homme puisqu’il n’avantage qu’une partie de la population aux dépens des autres. A ce titre, il explique notamment qu’aucun principe de taxation ne peut être neutre vis-à-vis du marché libre – et s’il critique vivement l’imposition en tant que telle, il attaque particulièrement la taxation progressive : « Si l’impôt proportionnel incarne un principe destructeur de l’économie de marché dans son ensemble et de l’économie monétaire elle-même, l’impôt progressif est encore pire. […] Les taux progressifs constituent une désincitation dirigée plus particulièrement contre le travail ou l’entreprenariat compétent » (p. 67). Les subventions et l’aide sociale sont également dans le viseur de l’économiste américain puisque selon lui elles faussent le marché, créent des conflits de caste et entretiennent la pauvreté. « Plus le processus de taxation-subvention sera étendu, plus nombreux seront ceux que l’on poussera à abandonner la production pour rejoindre l’armée de ceux qui vivent de manière coercitive aux crochets de la production » (p. 85).

Malgré des sujets complexes abordés sur plus de mille pages au total, Murray Rothbard tente de rester accessible. Ces cinq livres peuvent être pris comme des manuels qui contiennent une multiplicité d’exemple précis et de graphiques qui illustrent à merveille son propos. Dans cet ouvrage, Rothbard explique clairement le point de vue économique anarcho-capitaliste : le marché libre, sans aucune intervention, est le système le plus efficace, juste et harmonieux possible. L’État n’améliore rien : au contraire, il ne fait que créer des privilèges, des distorsions et des crises.

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