Journal d'actualité libéral
|
jeudi 20 août 2026

L’inflation comme impôt caché et profondément inégalitaire

Temps de lecture : 2 minutes

Dans le Journal des Libertés n°32-33, Karl-Friedrich Israel, professeur d’économie à l’Université Catholique de l’Ouest à Angers, reprend et prolonge l’idée, formulée notamment par Milton Friedman et Ludwig von Mises, selon laquelle l’inflation constitue une forme d’imposition sans légitimité démocratique. Il soutient cependant une thèse plus forte : même modérée, l’inflation serait non seulement inefficace mais surtout fondamentalement injuste, car elle entraîne une perte diffuse de pouvoir d’achat et une redistribution implicite au détriment des ménages les plus vulnérables.

L’auteur commence par montrer que la cible officielle de 2 % d’inflation masque une dynamique monétaire bien plus expansive. Dans la zone euro, la masse monétaire (M1) aurait augmenté nettement plus vite que l’économie réelle depuis la fin des années 1990, ce qui suggère une création monétaire excédentaire persistante. Selon lui, l’indice des prix à la consommation sous-estime ainsi une partie des déséquilibres, notamment ceux qui se déplacent hors du panier de consommation.

Cette expansion monétaire se traduirait surtout par une inflation des prix d’actifs plutôt que des biens courants. Les marchés immobiliers et financiers absorberaient l’essentiel des liquidités, ce qui renchérit les actifs dits “réels” ou rares. En parallèle, les encaisses monétaires et les placements à rendement fixe perdent en attractivité, poussant les agents économiques à modifier leurs stratégies d’épargne.

Ce changement structurel favorise la détention d’actifs peu élastiques en offre, comme l’immobilier ou certains actifs financiers, dont les prix augmentent mécaniquement plus vite lorsque la demande s’accroît. L’auteur souligne que cette dynamique crée un effet cumulatif : ceux qui possèdent déjà ces actifs voient leur patrimoine s’apprécier, tandis que les autres se trouvent progressivement exclus de leur accès.

Dans un tel environnement, les comportements d’investissement évoluent également. Les investissements productifs, orientés vers la création de biens et l’amélioration du capital, seraient progressivement supplantés par des stratégies spéculatives fondées sur la revente d’actifs existants. Cette orientation réduirait la formation de capital productif et, à long terme, pèserait sur la croissance de la productivité.

Cette évolution aurait des conséquences directes sur les salaires réels. En freinant l’investissement productif, l’inflation contribuerait à limiter les gains de productivité, rendant plus difficile une hausse durable des rémunérations du travail. L’auteur y voit un mécanisme structurel défavorable aux classes salariées.

Sur le plan distributif, l’inflation fonctionnerait alors comme un transfert invisible de richesse. Elle pénaliserait principalement les ménages dépendant de revenus fixes ou de l’épargne monétaire, tandis qu’elle avantagerait les détenteurs de capital, capables de profiter de la hausse des prix des actifs et de l’accès au crédit. L’inflation devient ainsi une forme de fiscalité régressive.

Enfin, Karl-Friedrich Israel conclut que l’inflation ne se contente pas d’être un impôt sans consentement démocratique : elle constitue aussi un mécanisme profondément inéquitable. En frappant plus durement les plus fragiles tout en favorisant les détenteurs de patrimoine, elle apparaît comme l’une des formes de financement public les plus contestables sur les plans économique et moral.

Lire l’article

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Contrepoints – Le média libéral de l’IREF

L’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) est une association indépendante, sans but lucratif, financée uniquement par des dons privés.

Faites un don et soutenez un journal 100 % libre, libéral et sans subvention publique.