Journal d'actualité libéral
|
samedi 18 avril 2026

Petite politique et grand trou budgétaire

Temps de lecture : 3 minutes

Nous y sommes enfin : « la France a un budget ! ». Faut-il vraiment se réjouir de ce grand trou budgétaire auquel aboutit la « petite politique » qui régit la France depuis si longtemps et qui pourrait bien fausser les prochaines échéances électorales ?

C’est entendu : quatre mois de manœuvres de couloirs et d’éléments de langage répétés en boucle ont permis un « compromis » conclu « en responsabilité » au nom de « la stabilité » : ne valait-il pas mieux « un mauvais budget que pas de budget du tout ? » etc.

Autant de formules aussi magiques que fragiles et contradictoires : « compromis » vraiment, un budget marqué au fer rose des exigences socialistes, aussi dépensières que taxatrices ? Compromis vraiment, malgré l’engagement formel du Premier ministre d’y renoncer, la salve de 49-3 que nous venons de voir (il est vrai acceptée en catimini par les mêmes socialistes mais aussi par Les Républicains à l’insu de leur plein gré) ? Dès lors, où est passée « la responsabilité » parlementaire dont la renaissance nous était promise depuis les législatives de 2024 ? Et qu’est devenue celle d’un gouvernement qui entérine un déficit public de 5% du PIB – qui de l’avis général au vu des précédents se révèlera supérieur – et une nouvelle envolée de la dette ? Sans que la préparation de l’avenir ne la justifie, puisque cette dérive est d’abord celle des dépenses courantes, sociales avant tout.

 « Perseverare diabolicum »

« Stabilité » certes : celle des mauvais choix, des mauvaises habitudes et des mauvais budgets.

Et celle de la mauvaise rhétorique : on espérait autre chose d’un Premier ministre réputé « lucide, parlant vrai et pragmatique », que les ruses habituelles des gouvernants dépensiers. Affirmer à coup de posts, de communiqués et de discours que « les impôts n’augmentent pas pour les ménages » relève, ni plus ni moins, de la langue de bois et de la désinformation : hausse de la CSG sur les produits d’épargne, sous-revalorisation des tranches d’imposition, surtaxation des holdings familiaux, taxe sur les mutuelles, alourdissement de la fiscalité sur les grandes entreprises aggraveront directement ou indirectement les prélèvements sur les ménages. D’ores et déjà les salaires nets des prochains mois sont annoncés en baisse. De sorte que la tentation est grande de renverser la rengaine à la mode : il valait mieux une absence de budget que ce budget socialiste.

« Petite politique »

« Petite politique » comme disait Nietzsche et grand trou budgétaire caractérisent donc ce budget ingrat dont personne ne s’empresse d’ailleurs de revendiquer la paternité. Mais que voulez-vous, s’excuse LR, « le contexte international » imposait d’en passer par là.

On retrouve ici l’alibi utilisé jusqu’à la corde par les macronistes depuis l’élection de 2022, voire depuis la Covid, permettant d’évacuer tout débat de fond et masquant un parfait sophisme : celui du faux dilemme. Car le choix que le gouvernement est parvenu à imposer – avec encore une fois la complicité des députés PS et LR – entre stabilité et censure ne recoupe nullement celui entre stabilité et chaos. Entre les deux, une solution alternative existe : elle s’appelle élection. C’est à elle de trancher cette question de la stabilité politique (c’est-à dire d’une vraie majorité) indissociable en démocratie de la légitimité des urnes. Et le plus tôt sera le mieux, justement parce que le contexte international se détériore à vue et qu’il interdit à la France de perdre un temps de plus en plus précieux.

C’était tout le sens de la proposition de David Lisnard, lors de la crise gouvernementale de l’automne dernier, d’une démission programmée du Président de la République. Elle aurait permis de poser les débats de fond et de renouer avec la « grande politique » : celle des visions, des valeurs et des grands choix collectifs dont le même David Lisnard a fait l’exposé lors de son récent discours de vœux.

2027, un débat faussé d’avance ?

A défaut d’élections anticipées (qui restent d’ailleurs aussi souhaitables que possibles), 2027 devra être ce moment de grande politique. À moins que le « contexte international » invoqué sans relâche ne fausse une fois de plus une échéance décisive qui risquerait en effet de mettre fin à la « stabilité » des positions acquises. N’est-ce pas l’arrière-pensée de certains, et pas seulement en Macronie ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.


10 réponses

  1. Pensez que l election présidentielle de 2027 va résoudre comme par enchantement tous nos problèmes récurrents depuis 50 ans releve de chimères d autant plus que le parlement risque d etre toujours aussi atomisé en de multiples chapelles
    Ce sera une fois de plus la foire aux sempiternelles promesses intenables démagogiques et clientélistes
    Seule une action extérieure ( marchés bce fmi…..) permettra de secouer nos franchouillards et de les ramener à la réalité le pays vit au-dessus de ses moyens

    1. Je pense que déjà certains politiques ont étudié, chiffré, ce que sera l’intervention de la BCE quand l’opinion française sera prête à s’y résigner : Le prélèvement sur les salaires, les restrictions budgétaires, le prélèvement sur les retraites. C’est un dossier que j’aimerais consulter. Il est quelque part. Puisque gouverner c’est prévoir.

      1. Il suffit de consulter le remede de cheval qu a reçu la Grèce il y a 10 ans soit entre moins 30% et moins 25% sur les salaires retraites minimums sociaux nombre de fonctionnaires la santé…..augmentation des impôts et taxes….vente de pents entiers d entreprises publiques : ports, aéroports, transports, poste,audiovisuelpublic….
        La Grèce a retrouvé une économie viable mais avec un niveau de vie toujours inférieur

  2. C’est en effet un mauvais budget qui privilégie les ménages et les retraités sans préparer l’avenir. Le problème de fond c’est que ça sera probablement pareil après la présidentielle car je ne vois pas un parti pouvant gagner les législatives avec un ‘bon budget’’

  3. Nos gouvernants ont préféré discuter pendant des mois de sujets sans importance alors qu’il fallait baisser d’urgence les dépenses publiques à hauteur de 200 milliards pour commencer ! Nous sommes dirigés par de parfaits incapables ! Ce pays devrait être géré en bon père de famille, sans dettes et avec des comptes créditeurs ! mais quand les franchouillards vont-ils comprendre ???

  4. Prendre prétexte du contexte international pour que rien ne bouge, comme le fait LR, est tout simplement une démonstration de lâcheté.
    Quand on prétend gouverner un pays, il faut un minimum de courage et de sang froid et ne pas systématiquement transformer chaque évènement en ultime menace.
    La guerre contre le Covid, la Russie, Trump, les réseaux sociaux, tout cela n’est pas sérieux.
    On aurait pu faire des milliards d’économie uniquement en arrêtant la planification écologique qui est une catastrophe pour notre économie et nos finances publiques.

    1. Entièrement d’accord avec ce commentaire. L’abrogation totale de la loi dite « climat et résilience » qui comporte au moins autant d’âneries que d’articles (305) est une véritable urgence.
      Avec la fermeture de l’ADEME pour l’intégrer dans une simple direction ministérielle au ministère des finances.

  5. Par définition, un budget gouvernemental ne peut être que mauvais. L’absence de budget et mieux encore l’absence de gouvernement aurait été une bénédiction.
    Même dans ce cas, le plaisir n’aurait pas été total, car l’impôt aurait continué à être perçu et les fonctionnaires à être payés.
    L’heure est maintenant aux élections municipales qu’il faudrait boycotter.

  6. Nous avons affaire à un gouvernement de menteurs soutenu à bout de bras par un Parlement bien trop peureux pour envisager de nouvelles élections après une dissolution. On a pourtant vu lors de la dernière toutes les compromissions acceptées pour préserver le siège d’élus ne vivant que de politique et celles qui ont permis d’écarter tel candidat qui ne rentrait pas dans le moule. C’est ainsi que l’on a pu voir des Philippe et autres Villepin appeler à voter pour la gauche extrême ce qui en dit long sur l’épaisseur de leurs convictions.
    Quant à ce budget minable fait de petites combines pour satisfaire Faure et ses élus, plus quelques opaques majorations d’impôt mais rien concernant la réduction du train de vie de l’Etat et celle de son chef. Elève Lecornu vous êtes recalé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Contrepoints – Le média libéral de l’IREF

L’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) est une association indépendante, sans but lucratif, financée uniquement par des dons privés.

Faites un don et soutenez un journal 100 % libre, libéral et sans subvention publique.