« Les Français ne comprennent rien à leur fiche de paie », écrivions-nous il y a un mois en présentant une étude publiée à l’occasion des 80 ans de la Sécu. Elle révélait notamment que 48% des salariés pensent que les cotisations patronales, qui figurent pourtant sur leur fiche de paie, ne font pas partie de leur salaire.
C’est pourquoi il faut saluer toutes les initiatives qui permettent de faire la pédagogie du bulletin de paie. L’Urssaf, nous l’avons signalé en son temps, avec son simulateur de cotisations employeur, permet de connaître précisément le montant des cotisations par poste (retraite, assurance maladie, assurance chômage, prestations familiales et formation).
Le Medef (mouvement des entreprises de France) vient de mettre en ligne un outil similaire. Il est plus simple d’utilisation que celui de l’Urssaf, mais moins complet dans le sens où il ne ventile pas les cotisations par poste. Ce qui ne permet pas aux utilisateurs d’identifier pour quoi ils cotisent autant.
En revanche, l’outil du Medef a une particularité qui le rend particulièrement intéressant : il permet de voir, pour un même salaire brut, ce que serait le net et le coût pour l’employeur en Allemagne, en Italie et en Espagne.
Ainsi, comme nous l’avons résumé dans le tableau ci-dessous, le salarié français pourra se rendre compte qu’il paye 47% de cotisations sociales de plus que l’espagnol, 41% de plus que l’Italien et 30% de plus que l’allemand alors que ce dernier a pourtant le même salaire net que lui.
Ou, pour le dire autrement, que sa protection sociale lui coûte 396€ de plus par mois qu’à un Allemand, 495€ de plus qu’à un Italien et 545€ de plus qu’à un Espagnol.
| France | Allemagne | Italie | Espagne | |
| Salaire complet | 4071€ | 3675€ | 3930€ | 3962€ |
| Salaire brut | 3000€ | 3000€ | 3000€ | 3000€ |
| Salaire net | 2370€ | 2370€ | 2724€ | 2806€ |
| Total des cotisations sociales | 1701€ | 1305€ | 1206€ | 1156€ |
| Poids des cotisations sociales dans le salaire complet | 41,78% | 35,51% | 30,68% | 29,17% |
Un regret cependant : que le Medef n’utilise pas le concept de salaire complet, ou super brut, qui serait, nous semble-t-il, encore plus percutant pour convaincre que le coût du travail est trop élevé en France.
15 réponses
Prendre en exemple l’Espagne n’a pas de sens.
Le salaire brut moyen espagnol est de 1.800€/mois.
Celui d’un français 2.700€/mois.
En Espagne, les cotisations sont faibles car les aides sociales sont peu développées au niveau national, elles sont gérées au niveau local. Et leur financement se fait par l’impôt.
Et leur niveau est sans équivalent avec le nôtre.
Le salaire moyen brut allemand est de 4.100€/mois
Celui des des français 2.700€/mois.
L’Allemagne est plus développée économiquement que nous, notamment sur le plan industriel. De facto on ne peut plus se comparer avec les allemands.
Le salaire brut moyen italien est de 2.500€/mois.
Celui d’un français 2.700€/mois.
L’Italie c’est plus réaliste car nous avons le même niveau de vie.
Tout comme nous, 10% de la population italienne, soit environ 6 millions d’Italiens, vit en situation de pauvreté absolue.
Ensuite le système social italien combine une protection sociale universelle via la sécurité sociale et le service national de santé, un système de retraite en pleine transition (passage d’un système par répartition à un système par capitalisation), des efforts pour attirer une main-d’œuvre étrangère qualifiée, mais aussi des défis sociaux forts liés à la pauvreté et au vieillissement démographique malgré un système social structuré.
Nous avons exactement les mêmes problèmes. Donc on peut regarder avec intérêts les réformes que fait Meloni.
pauvreté absolue ? Faut pas exagérer…
Même si la pauvreté absolue est plus fréquente dans les pays en développement, elle existe également dans les pays développés.
Elle se manifeste sous la forme de privations pour les populations socialement les plus précaires (donc vulnérables).
Le dernier rapport Caritas mettait en avant que près de 6 millions d’Italiens étaient en situation de pauvreté absolue, sans aucun filet social. L’Italie ne dispose pas, contrairement à la France, de minima sociaux.
Le chômage des jeunes est important en Italie.
Les familles nombreuses (>3 enfants), les jeunes adultes au chômage et les familles étrangères sont les plus touchés.
L’absence de salaire minimum est également un facteur de précarité chez les gens peu qualifiés qui occupent des emplois à faible valeur ajoutée.
Ces mêmes personnes sont celles qui sont les plus touchées par l’inflation des prix à la consommation pour les produits de première nécessité (alimentaires mais également énergiques), le logement aussi. Pour ce qui est des soins j’avoue être moins au fait sur le fonctionnement du système de santé italien.
https://lepetitjournal.com/milan/actualites/resident-italien-situation-pauvrete-absolue-424977
https://www.forbes.fr/business/trois-ans-de-meloni-une-discipline-budgetaire-qui-masque-une-economie-a-bas-regime/
https://www.rcf.fr/articles/actualite/sous-la-discipline-budgetaire-la-fracture-sociale-italienne
Qu’il existe des personnes pauvres, personne ne le nie. Qu’elle soit plus fréquente parmi les jeunes, c’est normal, plus on avance dans la vie, plus on sort de la pauvreté et on s’enrichit. Mais la pauvreté absolue, non, c’est pour les pays en développement. Par ailleurs, l’une des causes principales de cette paupérisation des jeunes, c’est le SMIC élevé ce qui aboutit à la smicardisation du marché du travail. https://contrepoints.org/cout-horaire-du-travail-en-france-est-de-43-7-euros-contre-33-5-euros-en-moyenne-dans-lue/
Demander à un ouvrier allemand le montant de sa retraite avec salaire égal en France et bientôt l obligation de travailler jusqu’à 70 ans.
Nous aussi on sera obligé de travailler jusqu »à 70 ans ! Sinon, les cotisations devront doubler ! Et il n’yaura que des travailleurs pauvres
M. DENAT,
Vous avez la réponse sur le niveau de retraite d’un Allemand à salaire égal à un Français ? Tenant compte bien sûr d’une cotisation à un organisme privé, à hauteur des 30% de différentiel, son niveau de salaire + élevé le lui permettant.
Rappelons qu’il ne s’agit des de cotisations sociales, au sens large. Pour comparer, il faudrait savoir ce que couvrent ces charges dans les pays respectifs, en d’autres termes, à quoi servent elle dans le budget de la sécurité sociale ou ailleurs.
Ne s’intéresser qu’aux cotisations sociales est incomplet. Il faut aussi tenir compte des impôts qui sont prélevés sur les rémunérations nettes perçues, pour ne raisonner que sur le net net.
Il y a un demi-siècle le père d’un ami, industriel, avait affiché la « feuille de paye vérité » dans les vestiaires de son entreprise. Sur plainte de la CGT, un tribunal l’a sommé de retirer ce document d’urgence sous peine d’une forte somme par jour de retard…
Bonjour
J ai simuler mon salaire net sur le simulateur du médecin, pour ma part l employeur est plus gagnant en france que dans les autre pays.
C est juste bon pour les gros salaires ou les charges sont payées à 100%.
Trop d allègement de charge sur les petits salaires pour les entreprises françaises.
Parce que les petits salaires sont moins taxés, oui, d’où la smicardisation
En Allemagne c’est l’inverse. La baisse des charges c’est au-dessus d’un certain niveau de salaire. Pays tiré vers le haut.
Tandis que la France est désormais un pays tiré vers le bas, baisse dans les tests scolaires, baisse de la notation, baisse du nombre d’entreprises, baisse de la sécurité…
Le salarié français bénéficie-t-il de services publics 30% plus efficaces que l’Allemand ? Evidemment que non…
Mon petit doigt me dit que l’Allemand paie également moins d’impôts et que, comme son pays est industrialisé, il paie aussi moins cher la plupart des produits qu’il achète (je me souviens d’un comparatif sur les couches, forcément comme elles sont fabriquées en Allemagne, elles sont moins chères là -bas).
Mais il paraît qu’il ne faut plus se comparer avec l’Allemagne, qu’il faut se comparer avec ceux qui étaient « derrière nous » il n’y a pas si longtemps. Encore quelques années et on se comparera avec un pays du Tiers-Monde et ce ne sera toujours pas grave.
Tout ceci est fort intéressant, mais je trouve qu’il serait néanmoins plus pertinent de comparer ce que coûtent à chaque européenne des services équivalents.
J’entends par là que, dans d’autres pays que la France, vous ne payez pas de cotisations sur votre salaire pour certains services qui ne sont pas pris en charge par l’État, certes. Mais vous allez les payer, avec le salaire qu’il vous reste, à des entreprises privées : que la somme soit versée à l’État ou à quelqu’un d’autre, ça reste un coût contraint à déduire de votre salaire.
La comparaison des restes à vivre à partir de salaires bruts équivalents pour un assortiment équivalent de services, publics ou privés, me semblerait donc infiniment plus pertinente que s’en tenir comme le fait ce comparateur aux simples cotisations sociales versées à l’État.