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mardi 6 octobre 2026

Programme et contre-budget du Rassemblement national : des économies en trompe-l’œil, des impôts bien réels

Temps de lecture : 3 minutes

Le RN a présenté deux exercices distincts mardi au Palais-Bourbon. Marine Le Pen a d’abord dévoilé une trajectoire pour un éventuel quinquennat : 140 milliards d’euros nets d’économies d’ici 2032 par rapport à 2026, un déficit public ramené sous 3 % dès 2030, une dette redescendue de 119 à 112 % du PIB, une dépense publique sous 50 % et une « règle d’or » constitutionnelle soumise à référendum, contraignant gouvernement et parlementaires à ne pas dépasser un certain pourcentage de déficit tant que la dette ne sera pas stabilisée à un niveau acceptable. Jordan Bardella a ensuite présenté le contre-budget du groupe pour 2027, en réponse au projet de loi de finances en discussion. La trajectoire fixe le cap, le contre-budget est censé montrer comment on l’atteint.

Le programme : des économies, oui mais où ? Pour plus de la moitié, on n’en sait rien

Le RN n’a publié aucune ventilation des 140 milliards. Environ la moitié concernera les  postes cités mardi et repris par la presse : une rationalisation de la dépense assortie de la suppression de plus de 120 taxes, la sécurité sociale, l’immigration, les agences de l’État, les collectivités et 8,9 milliards de contribution européenne. Pour le reste…  aucune information  n’a été apportée.

L’importance de l’enjeu mériterait pourtant quelques éclaircissements. La dépense publique s’établit à 1 742 milliards en 2026. En retrancher 140 d’ici 2032 suppose une baisse de 8 % en euros courants, que la France n’a jamais réalisée en six ans. Si les 140 milliards s’entendent au contraire par rapport au tendanciel, c’est-à-dire par rapport à une dépense qui continue de croître, alors ce ne sont pas des économies de 140 milliards : c’est un ralentissement. Le RN ne le précise pas.

Le programme comporte par ailleurs des dépenses nouvelles laissées dans l’ombre : 2 milliards pour les aidants, 1,4 milliard de remboursement des soins dentaires, une allocation pour le troisième enfant, des avantages fiscaux dès le deuxième, un permis de conduire gratuit pour les jeunes, entre autres. On annonce 140 milliards d’économies, 30 milliards de baisses d’impôts nettes, et on ouvre dans le même mouvement de nouveaux guichets. S’ajoute une incohérence de calendrier : le déficit doit passer sous 3 % en 2030, mais les économies ne sont effectives qu’en 2032.

Le contre-budget : 35 % du redressement viennent de l’impôt

Le détail du contre-budget 2027 n’est pas encore en ligne. Le seul chiffrage publié par le RN est dans son contre-budget pour 2026, et il est instructif : 57 milliards d’économies, 31 de recettes nouvelles, 45 de baisses d’impôts, 7 de dépenses supplémentaires, soit 36 milliards de déficit en moins. Le document ne triche pas et contient de bonnes mesures : la suppression de 16,2 milliards d’impôts de production (CFE, C3S, CVAE) va dans le sens que nous défendons depuis des années, dans un pays qui prélève 3,8 % de son PIB sur la production contre 0,70 % en Allemagne.

Cependant 35% du redressement viennent des 31 milliards de recettes nouvelles. On y trouve 8,4 milliards de taxe sur les rachats d’actions, 3 sur les transactions financières intra-journalières, 0,75 sur les superdividendes et, surtout, 4 milliards d’un « impôt sur la fortune financière » qui remplace l’IFI en élargissant l’assiette aux holdings : plus de seize milliards de prélèvements nouveaux ou alourdis sur le capital. Ajoutez six milliards de « certificats d’énergie » dans un document qui baisse par ailleurs de onze milliards la TVA sur l’énergie : on rend d’une main ce qu’on reprend de l’autre, sur le même produit.

Soyons justes : 35 %, c’est moins que les 60 % du budget Lecornu. Mais c’est le même réflexe, appliqué à d’autres cibles et personne ne dira que le RN finance plus du tiers de son redressement par l’impôt. Quant à la solidité des postes d’économies, elle varie : les 7,7 milliards attendus des agences de l’État se comparent aux 540 millions qu’une commission sénatoriale juge réalistes, et les 11,9 milliards de l’immigration aux 2,1 milliards que la droite chiffrait pour ses propres mesures.

Le RN annonce 15 à 20 milliards d’économies sur les retraites, grâce à des gains d’efficience malgré le maintien de  l’âge légal à 62 ans (il est même question de 60 ans) et à la création d’un pilier de capitalisation. Or revenir sur le report à 64 ans coûte cher, et abaisser l’âge de départ à 60 ans, encore plus. Les gains d’efficience devraient donc financer tout cela avant de dégager le moindre milliard. Le contre-budget 2026 ajoutait du reste 1,5 milliard de dépense sur les retraites. Sur les effectifs publics – 5,85 millions d’agents, 21 % de l’emploi total contre 11 % en Allemagne – rien. Sur l’assurance maladie, rien non plus, alors que les administrations de sécurité sociale pèsent 834 milliards et expliquent 60 % de la hausse de la dépense primaire. Et le parti promet de ne pas toucher aux collectivités locales tout en inscrivant cinq milliards d’économies sur la dotation des régions.

Le RN a compris qu’il fallait paraître sérieux sur les finances publiques, et il est le seul à publier des chiffres. C’est à son crédit. Mais on ne redresse pas la dépense française en épargnant les fonctionnaires, la santé et le système de retraite,  puis en comblant le trou par un impôt sur la fortune et trois taxes sur la finance. Le cap est annoncé ; la moitié du chemin reste à chiffrer.

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