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mardi 13 octobre 2026

Toujours plus de fonctionnaires et des rémunérations qui augmentent : une note de la Cour des comptes confirme les analyses de l’IREF-Contrepoints

Temps de lecture : 3 minutes

Parmi les propositions annoncées par Sébastien Lecornu pour faire des « économies » dans le budget 2027 figure une « année blanche » pour les fonctionnaires : le point d’indice, qui sert à calculer leur traitement de base, sera gelé pour la quatrième année consécutive. Le Premier ministre en attend environ 2 milliards d’euros. Les syndicats crient à la « paupérisation » et appellent à la grève le 29 septembre. Le gouvernement, lui, présente la mesure comme la contribution des agents publics au redressement des comptes.

Les deux récits reposent sur la même illusion : geler le point reviendrait à geler les salaires. La note publiée par la Cour des comptes le 21 septembre montre qu’il n’en est rien. En réalité, les fonctionnaires ne font aucun effort : leur rémunération continue d’augmenter. Entre 2012 et 2024, le point d’indice n’a été revalorisé que de 6,3 %, soit une sous-indexation de 75 % par rapport à l’inflation. Pourtant, entre 2012 et 2023, la rémunération nette des agents en place a progressé de 15,1 % en euros constants dans la fonction publique d’État, de 23,4 % dans l’hospitalière et de 1,5 % dans la territoriale. L’explication tient d’abord au « glissement vieillesse technicité » (GVT), qui fait monter chaque agent dans la grille avec l’ancienneté. Elle tient surtout aux mesures catégorielles, que la Cour qualifie de « compensatoires » : quand le point est gelé, l’État distribue des revalorisations corps par corps. Elles lui ont coûté 12 milliards d’euros par an depuis 2012, soit près de la moitié de la hausse de sa masse salariale. Les primes suivent le même chemin : toujours en hausse.  Ainsi entre 2015-2025, si le point d’indice n’a augmenté que de 6,3%, le montant moyen des primes et indemnités par agent a augmenté de plus de 47%. Ce que l’État dit économiser sur la rémunération fixe de ses fonctionnaires, il le dépense en partie sous forme de primes, comme nous l’avons écrit récemment. La France consacre 12,3 % de son PIB à la rémunération de ses agents publics, contre 10,7 % en moyenne dans l’Union européenne.

L’ensemble de la masse salariale publique atteint 362,1 milliards d’euros en 2024, soit 89,5 milliards de plus qu’en 2012. Et elle progresse chaque année plus vite que les prix : 2,4 % par an en moyenne contre 1,8 % d’inflation, et encore 1,3 point au-dessus de l’inflation en 2025. Ce n’est pas nouveau : dès 2023, nous avions écrit que, contrairement à ce que clamait le gouvernement, il n’y avait pas d’économies sur la masse salariale de l’État.

Toujours selon la Cour, on est passé de 83 à 85 agents publics pour 1 000 habitants entre 2012 et 2024, et l’écart s’est accentué depuis 2020. Elle donne ainsi raison à l’IREF, qui montrait dans une étude publiée en juin que les effectifs de la fonction publique augmentent plus vite que la population.

Dans ses recommandations, la Cour réclame un effort d’au moins 20 milliards d’euros d’ici 2032, avec pour « levier prioritaire » la réduction des effectifs. Ses pistes rejoignent en partie les nôtres : ne remplacer qu’un départ à la retraite sur deux dans une large partie de l’État (110 000 postes), ramener les effectifs des collectivités à leur niveau de 2014 (140 000 agents de moins) et ralentir les avancements automatiques.

Elle reste pourtant loin du compte. L’IREF propose de réduire de 10 % les effectifs de la fonction publique, pour une économie de l’ordre de 36 milliards d’euros par an. Surtout, la Cour entend agir « sans remettre en cause le modèle de la fonction publique française ». Elle reconnaît pourtant que l’essentiel de l’écart de masse salariale avec l’Allemagne (3,4 points de PIB) tient au fait que les personnels hospitaliers y relèvent du droit privé. C’est précisément ce que propose l’IREF : supprimer le statut (sauf pour les missions régaliennes de l’Etat) et rémunérer au mérite plutôt qu’à l’ancienneté.

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24 réponses

  1. Geler le point n’est pas geler la fiche. La Cour le dit : +15 % nets en euros constants à l’État entre 2012 et 2023, +23 % à l’hôpital, alors que le point n’a bougé que de 6,3 %. Le GVT et les mesures « compensatoires » (12 milliards par an) font le travail. Les primes : +47 % en dix ans.

    Masse 362 milliards, 12,3 % du PIB contre 10,7 % dans l’UE. 83 à 85 agents pour 1 000 habitants. L’année blanche de Lecornu affiche 2 milliards. La dynamique est ailleurs.

    On peut discuter le statut et le mérite. On ne peut pas dire que le gel est un effort si la grille et les indemnités le remplacent. La grève du 29 parlera de paupérisation. La note parle de substitution. Les deux phrases ne décrivent pas le même bulletin.

    1. Absolument et le salaire d’embauche des cadres du public se rapproche dangereusement du Smic, c’est pour ça que les diplômés ont tendance à commencer leur carrière dans le privé car c’est mieux payé et à revenir vers le public quand ils arrivent à des 40/45 ans car notre démographie permet au secteur privé de les remplacer par des jeunes diplômés moins chers… Et dans les pays dont on vante la frugalité ce n’est généralement pas possible, soit du fait de la démographie, soit parce que c’est très mal vu dans des pays dont les habitants sont comme des flics, ce qui explique d’ailleurs que le régalien peut tout à fait se permettre de fonctionner en sous-effectif, l’extrême inverse étant la RDA salariant la moitié de la population dans le régalien pour surveiller l’autre moitié…

  2. «  » 2,4 % par an en moyenne contre 1,8 % d’inflation, et encore 1,3 point au-dessus de l’inflation en 2025″ »
    «  » les effectifs de la fonction publique augmentent plus vite que la population. » »
    Sont forts les fonctionnaires !
    Il manque un outil pointeur pour détecter les décisions « signées » qui feront déraper les engagements des politiques et que bafouent les hauts fonctionnaires.

  3. Mais ils se plaignent, trop de travail, pas assez d’argent, stressés au boulot, etc. Il est vrai que pour le nombre de leurs journées et heures de travail il faut beaucoup de loisirs pour occupe le temps et les loisirs coûtent cher.

  4. La plus belle escroquerie pour tromper les citoyens et embrouiller les comparaisons réside dans l’usage des primes. Elles représentent en moyenne 25% de la rémunération du public !
    Une prime est par essence exceptionnelle, hors dans le public ce sont des primes garanties! Dans le privé les primes, non garanties, tournent autour des 10% du salaire brut.

  5. Dans la haute fonction publique, ils sont au moins 3 ou 4 pour un même poste : Un President, un vice President et un deux « assesseurs » ou que sais-je ! Un sérieux coup de torchon est nécessaire d’urgence.

  6. Vous devriez également écrire un article sur toutes les idioties qu’on entend sur le problème des retraites. Je ne nie pas qu’il n’y a pas un problème entre le nombre d’actifs et de retraités mais mettre tout le monde dans le même panier et faire croire que c’est L’Etat qui paie l’ensemble des pensions est d’une malhonnêteté absolue.
    La régime général du privé est subventionné par l’Etat à hauteur de 5 milliards par an pour compenser les régimes spéciaux éteints. Le régime complémentaire est auto financé.
    On est quand même assez loin du chiffre de 400 milliards beuglé par la meute à longueur de journée !
    Ce n’est pas la faute des retraités du privé si l’Etat est incapable de gérer les effectifs de la fonction publique et des retraites qui iront avec.

    1. En france le coût total du système de retraite s éleve à 422 milliards en 2025 ( source le COR)
      Merci de vous renseigner au lieu de beugler avec la meute

    2. Vous avez raison mais ils tiennent le discours qui les arrange, comme toujours.
      C’est comme pour l’abattement de 10 % des retraités qui n’a rien à voir avec frais professionnels, c’est l’abattement de 10 % lié aux rentes, retraites et pensions (comme les pensions alimentaires) cf. Avis d’imposition
      Mais c’est plus vendeur de brouiller les esprits ave les frais professionnels

  7. Si on se réfère au calculateur du « Casse du siècle », un salarié qui touche le salaire median 2200€ net coûte :
    – 4200€ à l’entreprise privée.
    – 6000€ à l’entreprise publique… c’est à dire nous!
    Cherchez l’erreur !

    1. Il n’y a pas d’erreur car les salariés du public sont des « Gaulois » Bac+5 alors que les services à la personne du privé emploient généralement des Bac-5 venant d’on ne sait où…

  8. Lorsque vous écrivez que la masse salariale publique a totalisé 362.1 milliards d’euros, ce chiffre inclut-il les cotisations – notamment retraites – à la charge de l’employeur public ? inclut-il les dotations du budget de l’Etat pour compenser les déficits divers et variés et permettre l’équilibre des comptes des différents régimes de retraite de la fonction publique et autres organismes (SNCF, EDF…) ? Merci de vottre réponse.

    1. Merci de cette question, qui touche un point souvent mal compris.

      Sur les cotisations employeur : oui, elles sont incluses. Les 362,1 milliards d’euros correspondent à la rémunération des salariés des administrations publiques au sens de la comptabilité nationale pour 2024, soit 21,7 % de la dépense publique totale. Cet agrégat additionne les salaires et traitements bruts et les cotisations sociales à la charge des employeurs publics, y compris les cotisations dites « imputées ». Or c’est précisément sous cette rubrique que figure la contribution de l’État au CAS Pensions, celle qui est calculée au taux de 78,28 % des traitements en 2025 et de 82,28 % depuis janvier 2026. Il en va de même des cotisations versées par les collectivités et les hôpitaux à la CNRACL, dont le taux est passé à 34,36 % en 2025.

      C’est d’ailleurs ce qui explique une bonne part de la progression du chiffre depuis 2012 : quand l’État relève de quatre points le taux du CAS Pensions, la masse salariale publique augmente mécaniquement sans qu’aucun agent ne soit recruté ni aucun salaire revalorisé.

      Cela rejoint directement ce que nous écrivions hier à propos de la communication de la Cour sur les retraites des fonctionnaires. Elle y démontre que cette contribution employeur n’est pas une vraie cotisation : une fois retirés les 22,1 milliards de déséquilibre démographique, les 3,9 milliards de départs anticipés, les 1,7 milliard de majorations pour enfants et les 0,4 milliard d’invalidité, le taux d’équilibre réel tomberait à 44,1 % pour les civils. Autrement dit, une vingtaine de milliards logés dans les 362,1 milliards ne sont pas un coût salarial mais une subvention au régime de retraite.

      Sur les dotations d’équilibre aux régimes : non, elles n’y sont pas. Les subventions versées par le budget de l’État aux régimes spéciaux, SNCF, marins, mines, regroupées dans la mission Régimes sociaux et de retraite, sont des transferts sociaux, pas de la rémunération de salariés. Elles apparaissent ailleurs dans la dépense publique. Il n’y a donc ni double compte, ni omission : ce sont deux lignes distinctes. Le régime des industries électriques et gazières, dont relève EDF, est un cas encore différent, puisqu’il est financé principalement par une contribution tarifaire d’acheminement acquittée par les consommateurs, et non par une dotation budgétaire.

      Les pensions elles-mêmes, 65,1 milliards versés en 2025 aux seuls retraités de l’État, ne figurent pas non plus dans les 362,1 milliards : ce sont des prestations sociales.

      Le paradoxe que vous pressentez est donc réel, mais il joue dans l’autre sens : la masse salariale publique est gonflée par une cotisation retraite artificielle, ce qui rend l’agrégat peu comparable au privé, tandis que le financement du déséquilibre démographique reste, lui, invisible dans les documents budgétaires. C’est exactement ce que la Cour demande de corriger, en isolant la contribution d’équilibre dès la loi de finances pour 2027.

      1. Ouf… j’ai tout lu !
        Et je me demande si une seule feuille de paye pour tous les citoyens ne serait pas la solution, car quelle différence y a t il entre un patron privé et un patron public?
        … une feuille de paye complète, sans part patronale évidement.

      2. Merci pour ces informations complémentaires. Alors qu’il y a 1 an, les médias s’acharnaient sur les « boomers », coupables de tous nos maux budgétaires, certains journalistes et particuliers ont cherché à comprendre ce qui se cachait derrière ces chiffres alarmants. Aujourd’hui, grâce à votre travail dinvestigation et de compréhension, les informations commencent à sortir dans les médias. On découvre que dans la fonction publique, il y a 0,9 actif pour un retraité, que 30 milliards du budget de l’Education Nationale sont consacrés aux retraites des enseignants etc, que l’Etat (cad nos impôts) abonde 65 milliards en 2025 ou 2026 pour équilibrer les regimes de retraite des agents du public etc…

  9. Merci Nicolas pour la qualité de vos analyses.
    Les chiffres s’appuient sur le revenu des fonctionnaires … mais pas leur niveau de vie qui est valorisé par tous leurs avantages … non fiscalisés!
    Alors oui : remettre en cause le Statut et la promotion par ancienneté!

  10. On lit ici beaucoup de poncifs de jaloux, c’est regrettable.
    Le fait que les fonctionnaires (6 millions, catégorie drôlement hétérogène, non ?) se plaignent peut tenir sur plusieurs points :
    – Éducation nationale : une hiérarchie du « pas de vague » et d’un arrivisme frénétique qui ne met en avant que les projets et « ce qui se voit », couplée avec la mise à l’écart de toute autorité de l’enseignant, plus une population associable à l’immigration africaine qui se tient assez mal…
    – Police : une autorité pointant un pistolet dans le dos de ses hommes, leur demandant de faire acte de force vis à vis de violents tout en se contenant (aidée en cela par une magistrature hors-sol). Des jeunes (associables à l’immigration africaine ou proche asiatique) qui les méprisent, les frappent et sont traités avec la plus grande humanité par la justice. Des moyens matériels déliquescents…
    – Santé hospitalière : deux populations, ceux qui sont sortis du cadre opérationnel et qui donnent des directives, décident de tout, et sont le mieux payés, puis ceux (souvent celles) qui sont au terrain avec des moyens limités face à une population violente et exigeante (souvent liée à une immigration incontrôlée, etc) violente et exigeante…
    AVec ces trois administrations, oui, il y a de la souffrance, et non, on ne peut ni ne doit traiter de façon monolithique le problème.
    Pour finir, je reviendrais sur la médiocrité de la Cour des Comptes, qui ne sait que proposer ce qui était déjà un échec sous Nicolas Sarkozy, c’est à dire la suppression d’un poste sur deux. C’est très exactement ce que peuvent proposer des responsables technocratiques hors-sol : si on ne supprime pas d’abord les missions sans objet, on ne réduira jamais les effectifs. Or, l’essentiel des missions sans objet sont tenues par ces mêmes technocrates ou leurs proches…

    1. Actuellement tout le monde voit la déliquescence de la fonction publique qui ploie sous la bureaucratie et le corporatisme
      Activons la subsidiarite à la place de notre jocabinisme suranné d un autre temps
      Ce qui manque à la fonction publique ce ne sont pas des moyens comme le répète en boucle les permanents syndicaux mais une stratégie claire sur 5 ans

    2. Dans les entreprises du privé, à partir d’une certaine taille, il existe une équipe de contrôleurs internes directement rattachée à la DGle chargée de s’assurer que les procédures sont respectées, que les organisations en place sont en phase avec les objectifs de l’entreprise. Cette même équipe rédige un ensemble de recommandations à mettre en place sur la base d’un calendrier précis. Un Comité d’Audit se réunit régulièrement et s’assure que les recommandations proposées sont mises en place.
      Il suffirait de faire de même avec la Cour des Comptes.

  11. Il s’agit aussi de ne pas mettre tous les fonctionnaires dans le même sac , il y a les bureaucrates et ceux qui soignent où ceux qui sont censés nous protéger de la racaille en tout genre et qui prennent les coups que personne ne défend pas même la hiérarchie .

  12. Plusieurs remarques concernant la France et l’UE :
    1° Plus il y a de fonctionnaires et plus il y a de bureaucratie et donc moins de productivité. Il faut donc faire comme dans les entreprises , réduire l’administratif au minimum.
    2° La croissance du nombre de fonctionnaires se répercute sur la productivité des entreprises. Par exemple, un plombier doit consacrer environ 15 heures par semaine pour la paperasserie liée à la demande de fonctionnaires. On peut se demander son utilité ?
    3° Je ne connais pas une SEULE administration qui ait réalisé ce que l’on appelle un « Business Process Reengineering ». Les processus en place sont pour une grande partie obsolètes, inadaptés et ne s’appuient pas sur une simplification grâce à l’informatique. Il suffit de voir ce qui se passe dans la police et dans la justice !
    4° Après avoir eu « la chance » de participer à une mission de simplification des processus dans une administration, le DG de cette dernière m’a dit : On ne peut pas mettre en place ce que vous proposez car je vais avoir tous les syndicats sur le dos !!!! Alors, on est très mal parti avec cet état d’esprit !!! Par respect pour les dirigeants de cette administration je tairai son nom !

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