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jeudi 8 octobre 2026

Quand Mélenchon menace les entrepreneurs avec les paroles de Trotsky

Temps de lecture : 2 minutes

Interrogé par un téléspectateur sur LCI, Patrick Martin, président du MEDEF, a répondu qu’une victoire de La France insoumise en 2027 pousserait certains dirigeants à « fuir », et que « ce serait [son] cas » : le pays deviendrait, dit-il, « horriblement dangereux ». Jean-Luc Mélenchon lui a répliqué sur X. « La France du fric n’a pas de patrie, on le voit », écrit-il, avant d’assurer que le patron du Medef « parle en fait pour une ultra-minorité ». Puis vient la dernière phrase : « Mais mal leur en prendrait de suivre de tels conseils. Nous savons comment répliquer à l’abandon d’une entreprise. »

Ce n’est pas un argument économique, mais une menace. Et elle est formulée dans une langue qui a une histoire. En Russie, après octobre 1917, une partie des propriétaires ferme les usines, retire les fonds ou quitte Petrograd et Moscou. Le décret du 14 novembre 1917 instaure le contrôle ouvrier. Les établissements déclarés « abandonnés », ou dont les patrons sont accusés de sabotage, passent aux comités d’usine, puis à l’État. Trotsky, commissaire du peuple, assume la logique sans détour. Dans Terrorisme et communisme (1920), sa réponse à Kautsky, il justifie expropriations, travail forcé, emprisonnements et exécutions comme réponses à la résistance du capital. Les commissions extraordinaires, écrit-il, « fusillent les grands propriétaires, les capitalistes, les généraux ». Et la prison ne suffit pas : « La guerre, de même que la révolution, repose sur l’intimidation », explique-t-il. « La révolution agit de même : elle tue quelques individus, elle en effraie mille. »

Ce ne sont pas des abstractions. La Terreur rouge est déclenchée en septembre 1918, après l’attentat contre Lénine et l’assassinat d’Ouritski, chef de la Tchéka de Petrograd. Le décret prévoit l’isolement des « ennemis de classe » dans des camps de concentration ; entre septembre et octobre, dix à quinze mille otages sont exécutés. Commissaire du peuple à la Guerre, Trotsky est à l’origine du premier camp soviétique : il y fait interner des prisonniers tchèques, puis envisage d’y placer des bourgeois pour y « accomplir des tâches subalternes ».

Faut-il en conclure que Jean-Luc Mélenchon veut rouvrir des camps ? Non, et ce n’est pas la question. La question est celle du réflexe. Celui qui a passé quatre ans à l’OCI lambertiste, de 1972 à 1976, n’a pas pris ces mots au hasard. Devant un chef d’entreprise qui annonce son départ, sa première réaction n’est pas de se demander pourquoi, mais d’annoncer une riposte. C’est tout le problème : une riposte suppose un coupable, et un coupable suppose une punition. Patrick martin a bien raison d’être inquiet.

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