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jeudi 24 septembre 2026

Retraites : Bruno Retailleau parle de capitalisation, mais sans toucher au système

Temps de lecture : 2 minutes

Il faut saluer ce qui le mérite. La capitalisation n’est plus taboue : Gabriel Attal en défend le principe depuis mai, Sarah Knafo en a fait un point clé de son livre. Mais en présentant mardi soir sur LCI les grandes lignes de sa réforme des retraites, Bruno Retailleau est le premier à en donner une idée concrète : un second pilier appelé à représenter 25 à 30 % de la pension des jeunes entrant sur le marché du travail. Et il l’a justifiée par l’argument que nous défendons depuis des années : il s’agit aussi de financer nos entreprises. Rappelons que la capitalisation ne pèse que 2 % dans les pensions perçues par les ménages français, contre 18 % en moyenne dans l’OCDE.

Néanmoins, la démonstration capote très vite. Un quart de la pension des seuls nouveaux entrants, cela signifie quarante ans avant le premier effet significatif. Rien n’est dit du caractère obligatoire ou volontaire de ce pilier, de sa gouvernance, de la concurrence entre les gestionnaires, ni surtout du financement de la transition : les cotisations des jeunes partiraient vers leurs comptes individuels, bravo, mais pendant ce temps, qui paierait les pensions en cours ? Surtout, le candidat présente sa réforme comme destinée à « sauver la retraite par répartition ». Nous pensons l’inverse. La capitalisation n’est pas un renfort de la répartition, c’est ce qui doit progressivement lui succéder.

Le reste de ses propositions nous laisse aussi sur notre faim. Les paramètres, d’abord. Un âge minimal à 63 ans avec une décote de 7 % par année manquante jusqu’à 65 ans relève d’une bonne logique, celle du prix plutôt que de l’interdiction. Gabriel Attal propose, lui, de supprimer purement et simplement l’âge légal au profit de la seule durée de cotisation. L’idée séduit, mais elle remplace une contrainte par une autre : celui qui a commencé tard devra cotiser jusqu’à 66 ou 67 ans. Et elle néglige ce que Retailleau retient : l’indexation de l’âge du taux plein sur l’espérance de vie, seul mécanisme qui sorte ce paramètre de l’arbitrage politique, comme en Italie, aux Pays-Bas ou au Danemark. La pénibilité, ensuite. Le candidat annonce des consultations (encore !) avec les partenaires sociaux pour déterminer les métiers qui feraient exception. C’est exactement ainsi que se fabriquent les régimes dérogatoires. La Cour des comptes vient d’ailleurs d’y consacrer un développement accablant : les départs anticipés au titre des catégories actives coûtent 850 millions d’euros par an pour les seuls fonctionnaires civils, et sont « peu ciblés » parce qu’attribués à des corps entiers sans que soit vérifiée leur légitimité.

Et les fonctionnaires ? Encore eux, oui, qui phagocytent une bonne part du budget des retraites.  C’est l’angle mort de l’exposé de Bruno Retailleau. Pas un mot sur l’alignement de leur régime, ni sur les catégories actives existantes, ni sur les militaires qui liquident leur pension à 46 ans en moyenne, ni sur la contribution fictive de 82,28 % du traitement que l’État se verse à lui-même depuis janvier. Un candidat qui veut supprimer 600 000 postes de fonctionnaires sur deux quinquennats sans dire un mot du régime de retraite des agents restants laisse le chantier intact.

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