Il faut lire Stiglitz pour mieux comprendre les affres dans lesquelles veulent nous précipiter les néo-keynésiens qui ne cessent de vouloir faire grandir l’Etat-providence.
Dans son article du Journal des Libertés (No.26 – automne 2024), Jean-Pierre Chamoux, professeur émérite à l’université Paris-Cité, nous explique que dans l’ouvrage de Joseph E. Stiglitz « The Road to Freedom: Economics and the Good Society », l’auteur oppose frontalement sa vision d’une société juste à l’héritage libéral représenté par Friedrich Hayek. Le titre du livre, en écho ironique à The Road to Serfdom, annonce le ton : une charge idéologique contre le néolibéralisme, accusé d’avoir sapé les fondements démocratiques des sociétés occidentales, en particulier celle des États-Unis. Le livre déploie un plaidoyer pour une liberté conçue non comme un droit individuel inconditionnel, mais comme une construction sociale redistributive. Stiglitz entend démontrer que la vraie liberté n’existe pas sans égalité réelle, et que seule une action volontariste de l’État peut garantir cette condition.
L’ouvrage débute par un constat sombre : une régression mondiale de la liberté, selon l’auteur, corrélée à la montée des autoritarismes, de Trump à Orban. Dans cette optique, Stiglitz présente Hayek et Friedman non comme des penseurs du libéralisme, mais comme les précurseurs involontaires d’un nouveau fascisme économique. Cette rhétorique alarmiste s’appuie sur une lecture extensive des travaux keynésiens et sur les idéaux du New Deal de Roosevelt, auquel il voue une admiration sans réserve.
Stiglitz affirme que la liberté véritable ne peut émerger que dans une société où les inégalités ont été fortement réduites. Il propose une redistribution non seulement des revenus mais aussi de la liberté elle-même, perçue comme une ressource rare à partager. À cette fin, il appelle à renforcer l’État-providence, imposer une réglementation et une fiscalité correctrice. Il considère les inégalités économiques comme le fruit d’externalités négatives qu’il convient de compenser, en s’appuyant sur des outils keynésiens traditionnels.
Mais cette ambition redistributive suppose aussi un façonnement des individus : leur éducation, leur culture politique, voire leurs valeurs doivent être orientées vers la solidarité et le bien commun. Ce projet impose une forme de contrainte, que Stiglitz justifie par une vision presque missionnaire de la société « bonne ». Il n’hésite pas à mobiliser des concepts ambigus — tolérance, solidarité, justice sociale — en leur assignant un rôle normatif et structurant, quitte à en ignorer les tensions internes.
Jean-Pierre Chamoux, dans sa critique, souligne les nombreuses faiblesses de cette approche. Stiglitz, selon lui, confond l’analyse avec le militantisme. Il néglige les transformations récentes de l’économie, notamment le rôle des marchés bifaces dans le numérique, et omet les dynamiques concurrentielles fondées sur l’innovation. Il caricature ses adversaires idéologiques, tout en s’exonérant lui-même de ses erreurs passées — notamment son rôle dans la crise des subprimes ou son soutien au modèle pétrolier vénézuélien.
En définitive, The Road to Freedom s’apparente plus à une profession de foi politique qu’à une analyse économique rigoureuse. Stiglitz s’y fait le porte-voix d’une gauche démocrate américaine en quête de régénération morale et sociale. Il oppose la solidarité au capitalisme, la contrainte à la liberté, et esquisse un projet mondialiste aux contours flous, nourri de bons sentiments mais peu soucieux des réalités. À travers ce livre, il promeut une utopie sociale-démocrate mâtinée d’activisme progressiste, sans jamais réellement interroger ses propres présupposés. Sa route de la liberté est précisément la route de la servitude que Hayek dénonçait.
D’un autre côté la liberté passe aussi par la sérénité. Et le New Deal fut justement un des rares cas dans l’histoire où des mesures législatives ont permit de rétablir un équilibre socio-économique face à des inégalités croissantes. L’histoire et la littérature montrent parfaitement que les inégalités économiques au sein d’une société sont facteurs majeurs de tensions. On ne peut être serein au sein d’une société rongée par les tensions, la société devient faible et peu propice à contrer les guerres économiques et autres problématiques auxquelles elle doit faire face dans une monde en perpétuel mouvement. Les économistes montrent aussi que les inégalités économiques sont néfastes pour l’économie globale d’une société. Ce sont des réalités que l’on ne peut négliger, ce serait ne pas prendre en compte les leçons de l’histoire. Et l’histoire montre que les crises se sont toujours, et bien trop rarement, résolues par des mesures législatives pour rétablir un équilibre face à des inégalités économiques trop importantes. C’est grâce au New Deal qu’une crise pu être évitée et faire repartir la prospérité pour des décennies. Une société remplit de tensions ne permet pas la liberté, Hayek parle justement de juste conduite, elle pourrait être comprise de bien des manières et rejoint la clef de voûte de la philosophie libérale classique qu’est la responsabilité associée à la liberté. Ne pas chercher à réduire les inégalités économiques si elles deviennent trop importantes est une attitude irresponsable, elle nie la réalité des choses humaines tout autant qu’une société qui se voudrait entièrement égalitaire.
Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral
Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.
Gérer le consentement
Pour offrir les meilleures expériences, nous utilisons des technologies telles que les cookies pour stocker et/ou accéder aux informations des appareils. Le fait de consentir à ces technologies nous permettra de traiter des données telles que le comportement de navigation ou les ID uniques sur ce site. Le fait de ne pas consentir ou de retirer son consentement peut avoir un effet négatif sur certaines caractéristiques et fonctions.
Fonctionnel
Toujours activé
L’accès ou le stockage technique est strictement nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de permettre l’utilisation d’un service spécifique explicitement demandé par l’abonné ou l’utilisateur, ou dans le seul but d’effectuer la transmission d’une communication sur un réseau de communications électroniques.
Préférences
L’accès ou le stockage technique est nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de stocker des préférences qui ne sont pas demandées par l’abonné ou l’internaute.
Statistiques
Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement à des fins statistiques.Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement dans des finalités statistiques anonymes. En l’absence d’une assignation à comparaître, d’une conformité volontaire de la part de votre fournisseur d’accès à internet ou d’enregistrements supplémentaires provenant d’une tierce partie, les informations stockées ou extraites à cette seule fin ne peuvent généralement pas être utilisées pour vous identifier.
Marketing
L’accès ou le stockage technique est nécessaire pour créer des profils d’internautes afin d’envoyer des publicités, ou pour suivre l’utilisateur sur un site web ou sur plusieurs sites web ayant des finalités marketing similaires.
Une réponse
D’un autre côté la liberté passe aussi par la sérénité. Et le New Deal fut justement un des rares cas dans l’histoire où des mesures législatives ont permit de rétablir un équilibre socio-économique face à des inégalités croissantes. L’histoire et la littérature montrent parfaitement que les inégalités économiques au sein d’une société sont facteurs majeurs de tensions. On ne peut être serein au sein d’une société rongée par les tensions, la société devient faible et peu propice à contrer les guerres économiques et autres problématiques auxquelles elle doit faire face dans une monde en perpétuel mouvement. Les économistes montrent aussi que les inégalités économiques sont néfastes pour l’économie globale d’une société. Ce sont des réalités que l’on ne peut négliger, ce serait ne pas prendre en compte les leçons de l’histoire. Et l’histoire montre que les crises se sont toujours, et bien trop rarement, résolues par des mesures législatives pour rétablir un équilibre face à des inégalités économiques trop importantes. C’est grâce au New Deal qu’une crise pu être évitée et faire repartir la prospérité pour des décennies. Une société remplit de tensions ne permet pas la liberté, Hayek parle justement de juste conduite, elle pourrait être comprise de bien des manières et rejoint la clef de voûte de la philosophie libérale classique qu’est la responsabilité associée à la liberté. Ne pas chercher à réduire les inégalités économiques si elles deviennent trop importantes est une attitude irresponsable, elle nie la réalité des choses humaines tout autant qu’une société qui se voudrait entièrement égalitaire.