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samedi 6 décembre 2025

Un chef d’entreprise comme président de la République ?

Temps de lecture : 3 minutes

russie

Plusieurs sondages ont testé l’hypothèse d’un entrepreneur qui se lancerait dans la course à l’Elysée.

Challenges (22 mai 2025) a consacré sa une à Michel-Edouard Leclerc avec pour titre : « Elysée 2027 : et si c’était lui… » et une phrase du célèbre chef d’entreprise : « Je suis disponible pour la nation ». Le magazine économique dévoile en exclusivité un sondage Toluna Harris Interactive du 21 mai qu’il commente ainsi : les Français donnent « une marque de confiance envers les chefs d’entreprise toute relative ».

Le sondage demande à la personne interrogée si elle fait « plutôt confiance à un responsable politique ou à un chef d’entreprise pour faire des bonnes propositions » sur tel ou tel sujet. Il en ressort que les patrons font la course en tête, et très largement, pour la compétitivité des entreprises à 52 % contre 13 aux responsables politiques et pour l’emploi à 43 % contre 13. En revanche, pour tous les autres sujets, les répondants privilégient les responsables politiques : la fiscalité à 42 % contre 16, la lutte contre les déficits et la dette publique à 38 % contre 17, les retraites à 35 % contre 15, mais aussi la politique étrangère, l’immigration, la sécurité, la santé, l’éducation, le pouvoir d’achat ou encore l’environnement.

Le magazine, peu libéral comme en témoigne l’éditorial du directeur de la publication (« les actionnaires ont transformé les patrons en mercenaires, gavés d’actions gratuites et délocalisant largement plus que nos voisins »), se réjouit de la faible confiance des Français envers les chefs d’entreprise qui se lanceraient en politique, « une démocratie ne se (gérant) pas comme une entreprise », dixit André Comte-Sponville, l’un des chroniqueurs.

Ce sondage est à comparer à celui réalisé par le même institut et dévoilé le 7 février dernier. 70 % des répondants considéraient que « ce serait une bonne chose qu’un entrepreneur soit candidat à l’élection présidentielle » (et même 73 % des partisans de La France insoumise : pour que le patron perde l’élection ?) et 65 % qu’il soit élu, les plus jeunes étant les plus rétifs et les femmes un peu moins enthousiastes que les hommes. Les patrons étaient crédités de bonnes connaissances des entreprises, mais ils souffraient de ne pas connaître le fonctionnement de l’État et d’avoir une conception trop économique de la politique et « pas attentive à l’humain ».

Que penser de ces sondages ? Comme souvent, ils sont délicats à interpréter, ne serait-ce que parce que les répondants n’ont pas pour certains d’entre eux une vision claire du sujet. De manière générale, les Français ont un rapport favorable aux entreprises les plus proches d’eux et un rapport critique envers les entreprises les plus éloignées, a fortiori des plus grandes sociétés commerciales. Il n’existe pas dans notre pays de tradition d’hommes d’affaires qui se lanceraient dans la vie politique, contrairement aux Etats-Unis. Les sondages démontrent que les répondants voient majoritairement les patrons comme compétents dans leur domaine entendu de manière stricte et ignares dans les autres domaines.

Les grands chefs d’entreprise eux-mêmes alimentent cette méfiance. Ils évitent le plus souvent de se mêler des questions politiques, peut-être par manque d’appétence et/ou de culture, mais surtout, ce qui peut s’entendre, afin d’éviter des retombées négatives pour l’image de marque de leurs sociétés. Sans parler des effets délétères du capitalisme de connivence qui relie de manière incestueuse pouvoir et affaires (avec son cortège d’aides, de protections et autres subventions…), et qui n’incite guère à un regard critique, encore moins disruptif. Ajoutons que le fait d’être un patron, petit ou grand, ne garantit pas la compétence en matière politique. Il n’est que d’écouter Michel-Edouard Leclerc ou le chef de la CGPME pour en être convaincu.

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6 réponses

  1. bien résumé… De toutes façons, la situation (géo-)politique de la France est totalement stratifiée. C’est 50 nuances de Maastricht. Aucun homme politique n’a l’élan ni la carrure ni l’appui populaire pour changer quoi que ce soit. On se dispute pour savoir si la charia est féministe ou si la décroissance nécessite le goulag. On aura un technocrate centriste euro-socialo, ce qui restera moins grave qu’un excité fanatique mélenchoniste. La dette va continuer à grimper et l’état de se délabrer. La culture est en chute libre. Le peuple français aura disparu d’ici 30 ans. Les touristes internationaux viendront visiter la France comme on visite les pyramides.

  2. Un chef d’entreprise aurait tous les politicards contre lui et serait traité comme un parasite incongru qui vient piocher dans le gâteau que tous convoitent et se déchirent à partager. A un échelon plus bas, à quand remonte le dernier ingénieur qui était ministre de l’industrie ? Par contre un sociologue, un littéraire ou un énarque à ce poste, qui n’a jamais mis les pieds dans une usine, cela ne choque personne.

    1. Comme c’est bien dit . On comprend mieux quand on lit les décisions ubuesques prises par ces messieurs énarques ! Qui en plus , ont tous oublié le vilain mot : patriotisme .

  3. Cela trahi bien l’esprit français. Des décennies de socialisme laissent des traces dans les cervelles de gens complètement ignorants en économie. Les patrons ont mauvaise presse, pourtant l’échec patent des politiciens à gérer le pays est plus que flagrant.

  4. Cher Jean-Philippe Feldman
    S ‘il y a un domaine ou un chef d’entreprise pourrait faire merveille , qu’il soit E. Leclerc ou un autre comme m. Fournier voire François Michelin ( etc…) c’est bien le ministère des finances qu’on réserve depuis plus de 50 ans à une tapée d’incompétents qui n’ont jamais dirigé une entreprise .

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