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mardi 29 septembre 2026

Un maire contre l’État de droit : Bally Bagayoko refuse de condamner les violences des lycéens et souhaite que le mouvement s’étende

Temps de lecture : 3 minutes

La question posée lundi soir sur LCI à Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, était simple : condamnez-vous les actions des lycéens ? Il a refusé d’y répondre. Et il a retourné l’accusation : « Les premiers qui doivent être condamnés, c’est celles et ceux qui n’ont jamais respecté la promesse républicaine. »

Rappelons ce qu’il s’agissait de condamner. Selon le gouvernement, dans la journée de lundi 180 établissements ont été perturbés, 28 ont été bloqués en Île-de-France, des mortiers d’artifice et des engins à l’acide ont été lancés. Bilan : 164 interpellations, douze policiers blessés ainsi qu’une douzaine de lycéens et huit enseignants, dont trois appartenant au personnel de direction. De l’avis même du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez,  « Ce ne sont pas des mouvements de contestation habituels, mais cela s’apparente à des violences urbaines. »

Devant le lycée Paul-Éluard de sa commune, le maire a jugé les revendications « légitimes » : il n’y a là absolument « aucune instrumentalisation », et c’est le Premier ministre qui fait preuve d’une « attitude irresponsable ». Sur ce, il a chanté La Marseillaise avec les bloqueurs. Les feux de poubelles ? Il n’en a allumé ni encouragé aucun, il a au contraire cherché à les éteindre.

Admettons. Mais ce qu’il a déclaré un peu plus tard sur un plateau de télévision, au calme et après avoir eu le temps d’analyser la situation, introduit un petit doute. Car il s’est dit convaincu que lorsque les droits sont bafoués, la violence peut être légitime, même s’il est préférable de l’éviter « pour ne pas criminaliser la jeunesse ». Pas par souci de civisme, non, mais pour ne pas se retrouver devant les tribunaux. Belle leçon, de la part d’un maire. Il a ajouté, sur le même plateau, souhaiter que le mouvement s’étende. On pourrait trouver la phrase banale : un élu a le droit de soutenir une mobilisation, et beaucoup l’ont fait avant lui. Mais elle ne vient pas seule. Elle vient après une journée d’incendies et d’affrontements et après qu’il a exprimé clairement son refus de les condamner. Ce n’est plus là soutenir une cause défendable : c’est en assumer le mode d’expression qui, lui, ne l’est pas.

Un maire n’est pas un militant comme un autre. Il est officier d’état civil et officier de police judiciaire. Il doit être exemplaire. Lorsqu’il cautionne des agressions commises sur sa commune contre des policiers et des enseignants, en  désignant comme véritables coupables ceux qui n’auraient pas «respecté la promesse républicaine », il ne fait pas de la politique : il dit aux jeunes de sa ville que la loi se discute selon le mérite de la cause. C’est exactement la définition de ce que l’État de droit n’est pas.

Il y a plus embarrassant encore, et personne ne l’a relevé. Un maire n’a aucune compétence sur les lycées. Les écoles maternelles et élémentaires relèvent de la commune, les collèges du département, les lycées de la région, en l’occurrence l’Île-de-France.

Enfin, cette incongruité n’a pu échapper au maire : une rénovation énergétique de 43 millions d’euros est en cours au lycée Paul-Eluard, confort thermique, qualité de l’air, acoustique, cinq ascenseurs neufs… La Région indique que les travaux ont été lancés très récemment, au cours de l’été. Pile le bon moment pour hurler son mécontentement et réclamer des moyens supplémentaires.

Des adolescents ont donc appris lundi, de la bouche de leur maire, un élu de la République, que brûler, casser et affronter la police pouvait se justifier si c’est pour une bonne cause. On peut même danser et chanter pour célébrer cet exploit « légitime ». Espérons que les petits jeunes qu’il encourage ainsi ne déchanteront pas, eux, devant un juge, plus vite qu’ils ne l’auraient souhaité.

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